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LA NULLITÉ TOUTE NULLE

LE MYSTÉRIEUX RADAR, COMMANDANT RENÉ
SOGEDIDE / ENQUÊTES # 2, 1954

On ne pourra pas dire que je n'étais pas prévenu. Au contraire. Je savais très bien ce qui m'attendait. Les bouquins du commandant René, j'y avais déjà touché, j'en étais même plusieurs fois récidiviste, parfaitement au courant de leur potentiel néga-jouissifs, de cet anti-plaisir qu'ils te distillent à longueur de ligne.
Car il faut bien l'avouer, l'affreux gradé, question roman de gare d'espionnage années 50, question roman de gare tout court, c'est la nazerie ultime.
Et ne va pas lui chercher de concurrents.
Ce mec était imbattable, ce mec radioactivait la nullité à t'en faire péter un plein régiment de compteurs geiger et ce n'était pas de cette nullité amusante, trépidante, renversante, façon Roger Maury ou Frankie Bellinda, qu'il irradiait, le gonze, mais bien de cette nullité nulle, de cette nullité qui n'a rien à donner, de cette nullité sur laquelle rien n'est à sauver.

La nullité toute nue.
Je le savais, et pourtant ça ne m'a pas empêché d'y replonger. C'est ainsi, c'est comme ça et je ne me referais pas, j'ai passé l'age. J'ai la volupté du vieux papier. À peine je touche un 200 pages qui tombe en mietes et me voila parti, plus possible de me contenir, faut que je le lise le bidule, que je ligote la chose.
Et c'est encore pire lorsque la couverture est enjolivée d'une belle pépée bien pulmonée et bien croquée - ce qui est ici le cas.
Elle s'appelle Glady, la belle pépée bien pulmonée, Glady Kennedy, et l'auteur, tout en se pignolant la matière molle, nous la décrit par le menu en page 11 :

"C'était l'aimable silhouette d'une femme mince, svelte, aux jambes fines, magnifiquement galbées, au bassin étroit, à la poitrine ferme, bien en place, que l'on devinait dure sous la canadienne grise au col de fourrure relevé... Des cheveux d'un blond artificiel, agressif, s'étalaient et tranchaient sur la fourrure. Nez au vent, cigarette aux lèvres, mains dans les poches de la canadienne, la femme allait d'un pas décidé, garçonnier, sans rien de disgracieux, de saccadé, qui en rompit l'harmonie. La fumée de la cigarette s'élevait en bouffées capricieuses, selon un rythme qui scandait la chanson sifflotée par la jeune femme. Une chanson qu'elle fredonnait malgré elle, machinalement, une chanson dont elle ne pouvait se libérer et qui traduisait peut-être un état d'esprit : je l'ai tellement dans la peau..."
Et Gladys Kennedy, lorsqu'elle ne chantonne pas de vieilles rengaines idiotes en fumant son clope, Gladys Kennedy officie comme secrétaire pour le compte de Billy Johnston.
Billy Jonhston qui, lorsqu'il ne se pinte pas la gueule dans des boites à entraineuses de Berlin ouest, veille sur une usine ricaine installée en Allemagne.
Usine ricaine installée en Allemagne qui, lorsqu'elle ne produit pas des grilles pains et autres sèche-cheveux, sert de paravent aux expériences top secrètes du professeur Erzeber.
Professeur Erzeber qui... eh bien, qui ne fait rien d'autre que de mener à bien ses recherches sur un mystérieux radar sans antenne.
Mystérieux radar sans antenne que le professeur Erzeber décrit à Billy Johnston en ces termes (et ce, pendant que Glady Kennedy tape des lettres à la machine et que l'activité de l'usine ricaine installée en Allemagne bat tranquillement son plein) :

"...il s'agit d'une découverte capitale. La puissance qui possédera ce radar sans antenne aura une supériorité incontestable sur des adversaires qui, eux, utiliseront toujours les radars du modèle courant, fussent-ils même les plus perfectionnés... Cet appareil, à peine plus volumineux qu'une machine à écrire et qui tient dans une valise, compose l'unique matériel nécessaire à capter toute interférence..."
Ainsi conté, ça peut sonner choucard mais faut pas se berlurer. C'est nul. C'est d'autant plus nul que passé le chapitre 3 - et la disparition mystérieuse du non moins mystérieux radar - le roman s'enlise dans une enquête au rythme aussi apathique que le système nerveux d'un moribond avalant son aller simple pour la grande maison de repos, là-haut, dans les nuages, à la droite de Saint Pierre.
Et c'est d'ailleurs tellement minable que le commandant René se voit obligé, à la fin du roman, de payer de sa personne et d'apparaitre as himself pour tout expliquer à ce ramassis d'abrutis et d'incompétents que sont ses personnages.
Car c'était le professeur Erzeber, ce gros malin, qui avait caché le mystérieux radar au fin fond d'une des armoires de son labo.
Pourquoi ? Parce que !
Et personne n'avait pensé à fouiller dans le labo.
Pourquoi ? Parce que !
Quand au commandant René, il en profite pour se rembourser ses frais de déplacement en s'offrant une petite séance de bête à deux dos avec cette belle pépée bien pulmonée de Gladys Kennedy.
Pourquoi ? Parce que ! Parce que...
"...je ne me fais pas prier pour peloter la brune après la blonde et m'attarder à trousser la rousse..."
Quel coquin, ce René !

TERMINUS DE LA RIGOLADE

LA MORT EN CARNAVAL, GEORGE MAXWELL
SOGEDIDE / LE JAGUAR, 1954

Après s'être tartiné des piles et des piles de mauvais romans, il est toujours étonnant de constater que la Spy-Fiction, cette sous-production populaire pas très fameuse, a connu en son temps quelques pics de qualité. Étonnant parce que l'espionnage, j'en dis constamment du mal et pourtant, ce genre ne peut être uniquement réduit aux lourdeurs de Frankie Belinda, à la retenue ennuyeuse de Paul Kenny ou bien aux multiples délires alcoolisés de tacherons anonymes puisqu'on y trouve aussi de bons romans d'action et d'aventures qui, en 190 pages, résument efficacement tout ce que ce genre de production peut contenir d'exceptionnel. Il y a les Yves Dermeze en SEG, les Gil Darcy à L'Arabesque et (le firmament du genre à mes yeux) Le Jaguar de George Maxwell.
"Un passé tumultueux, des dangers sans nombre courus sur tous les continents, une volonté à toute épreuve, au service d'un système nerveux en acier trempé, et un nombre de missions, plus périlleuses les unes que les autres aux différents degrés du contre-espionnage américain, lui avaient forgé un tempérament à la mesure de ce qu'on attendait de lui, et surtout de ce qu'exigeaient les circonstances.
Pour l'heure, il n'était rien moins question que de contrer l'infernal Jaguar sur son propre terrain !"
La Mort En Carnaval, premier épisode de la série, est approximativement identique aux autres Jaguars que j'ai pu lire précédemment. Oui, oui, je l'avoue, j'ai effectué mes lectures dans le désordre mais c'est pas important, on y comprend rien de toute façon. Le Jaguar, c'est du pulp sans aucune autre prétention que le divertissement écervelé. C'est rapide, voire même ultra-nerveux, avec une unité de temps resserrée à l'extrême et des péripéties sans cesse renouvelées.
L'écriture, comme d'habitude chez Maxwell, est à la fois dénué de toute qualité littéraire apparente et pleine d'un style percutant, vulgaire, unique. L'auteur y met à profit les ficelles qui faisaient déjà leurs preuves sur ses Môme Double-Shot : pas d'intrigue nette, pas de pourquoi ni de comment, juste un délirant enchaînement d'action, de courses poursuites, de pugilats et de sexe.
Mais si les enjeux de ce premier volume sont particulièrement abstraits, l'histoire est par contre toute simple. Le Jaguar, anti-héroïne violente et cruelle, vole les documents confidentiels d'un militaire haut-gradé sud-americain. Pour le compte de qui ? On s'en tape. L'important, c'est que son ennemi de toujours, l'agent de la CIA super-bright et misogyne Frank Richard, se lance à ses trousses. Après, c'est une accumulation sans fin de retournements de situation, de double-crossing en tout genre et de tortures physiques à la sexualité exacerbée et aux finalités troubles.
"Il plaqua ses lèvres aux siennes, éperdu de désir, noyé, submergé de folie érotique et ne s'aperçut pas que les mains fines et nerveuses de la femme encadraient sa face violacée, congestionnée, aux yeux désorbités.
Mais il ne put s'écarter à temps ! Comme une hydre elle l'avait enveloppé, assimilé à elle sans qu'il s'en rendit très bien compte, et maintenant, il tentait désespérément de se dégager. Mais elle tenait bon. Pris par la langue, qu'elle broyait entre ses dents tranchantes, Walter tenta de nouer ses mains à son cou. Les deux pouces du Jaguar lui entrèrent en même temps dans les yeux..."
Car si George Maxwell fut calmé après l'arrêt forcé de ses Môme Double-Shot et son transfert à la Sogedide d'André Martel, il exhale tout de même de cette Mort En Carnaval les habituels relents de fantasmes cradingues qui firent la réputation de l'auteur. Et outre cet accouplement de mante religieuse vorace (bien plus explicite dans les paragraphes suivants), s'y trouve aussi de nombreuses tortures prolongées (au fouet, au clope, au couteau), de l'explosion de crane à coup de tatane et un hilarant frotté de croupion de clébard au piment rouge. Du grand art !
Bref, si vous voulez vous faire une meilleur opinion des romans d'espionnages, le Jaguar est un morceau de choix. Malheureusement, il est aussi unique en son genre.

SEMAINE NOIRE # 7 : EN VRAC ET EN QUATRIEME VITESSE !


SYMPHONIE EN 6.35, ANGE BEAUCAIRE
HACHETTE / LE POINT D'INTERROGATION, 1955

Avec une couverture pareille, n'importe quel bouquin est une déception - surtout si l'auteur ne fait pas dans le pop-corn hardboiled sexiste et brutal façon Mickey Spillane.
Manque de pot, Ange Beaucaire est plutôt versé dans le Simenon, ou le Boileau-Narcejac - le roman policier réaliste, le roman d'enquête minutieuse. Et pour ce qui est de la minutie, Beaucaire n'y va pas de main morte : 280 pages en petits caractères (je prends de mauvaises habitudes avec mes Flammes d'Or aux typos pour aveugles) remplies d'expertises balistiques, de filatures, d'interrogatoires à la régulière, le tout entrecoupé par les suppositions et les doutes quotidiens de nos inspecteurs face à une affaire de grand banditisme à l'ampleur considérable.

À part ça, pas de bastons, pas de règlements de comptes, tout juste quelques petites courses poursuites effectuées par de véritables gentlemen du volant. Et je ne parlerais même pas de l'absence totale d'érotisme. L'amateur du saint-diptyque ultra-violence + porno vintage ferait mieux de retourner lire du George Maxwell.
Les autres apprécieront une description passionnante et détaillé à l'extrême du Paris des années 50, le véritable personnage principal de ce roman.
"La place Pigalle était comme le métro. Chartois avait toujours trouvé que, de jour, elle n'était plus qu'une annexe de la zone, un espace misérable, un decors inachevé et sordide. Avec ses maisons laides, biscornues, plantées de guingois, que l'on eût dites construites en carton-pâte. Avec sa fontaine ignoble entourée d'arbres squelettiques, pitoyables. Avec la masse noire, sinistre, du cabaret Le Sphinx. Avec les enseignes géantes découpant sur le ciel, comme des puits de pétrole, leur ossature métallique : Les Naturistes, Nu-Du-Pigall's. [...] Au millieu de cette médiocrité agressive, il n'y avait qu'une fausse note : la façade respectable et digne, singeant l'antique et le cossu bourgeois, de l'hotel Royal-Pigalle, dernier bastion du mauvais goût academique livré à l'assaut des monstres du bas-fond."
Passé outre la roublardise du titre et de la couverture, c'est tout de même une excellente surprise.


ECHEC AU PORTEUR, NOËL CALEF
HACHETTE / LE POINT D'INTERROGATION, 1956

Je vais éprouver quelques difficultés à dire la même chose de cet Echec Au Porteur signé Noël Calef, l'auteur d'Ascenseur Pour L'Echafaud et de divers autres trucs à l'eau de rose pour mectons sensibles. Je vais donc expédier ça en vitesse.
Le roman entrecroise le joyeux quotidien de deux gamins parisiens et une sombre affaire de traffic de drogue - pour résumer grossièrement, c'est l'histoire d'un intermédiaire un peu trop honnête qui, pour les beaux yeux de sa petite amie, veut échapper à sa misérable condition mais ne réussi qu'à s'empêtrer irrémédiablement dans un engrenage meurtrier.
Ça se veut à la fois humaniste et tragique mais ce n'est que difficilement palpitant, pas très bien cousu et surtout, extrêmement prévisible. Quant au final, il est totalement idiot : depuis le début, nos truands (un camé boiteux et un allemand) s'étaient emmêlés les pinceaux avec leur bombe maquillée en ballon de football. Et vous appelez ça des durs ?
Je le sentais venir depuis un bon moment mais j'espérais que l'auteur soit assez malin pour éviter cette chute. Raté.

Sinon, le bouquin reçut le Prix du Quai des Orfevre en 56, et fut adapté au cinéma en 58 avec Serge Reggianni dans le rôle du pauvre type passeur de drogue. À ce que j'en sais, les scénaristes auraient réécrit la fin. Un signe qui ne trompe pas.


J'VEUX MON BLE, GEORGE MAXWELL
LE CONDOR / LA MÔME DOUBLE-SHOT, 1953
DES HOURIS ET DES MÔMES, GEORGE MAXWELL
SOGEDIDE / MISS ONE-SHOT, 1956

Toujours une histoire de gamins, mais celle-ci ne boxe pas dans la même catégorie. Avec J'Veux Mon Blé, fini les somnolences aux cotés de gentils petits parisiens à la Robert Doisneau, voici du vrai sale gosse de la zone. Du pauvre, du malade, du détraqué, de l'excité qui veut faire comme les grands : voler, tuer, baiser et se droguer. Et plantée au milieu de cette horde de débraillés en culottes courtes, la Môme Double-Shot, tombée dans cette galère par le plus grand des hasards narratif - c'est à dire en écrasant malencontreusement un gamin ivre mort.
Ça n'a rien de joyeux et ça ne s'améliore pas au fil des pages : Maxwell aborde sans prendre de gants des sujets comme la pédophilie et la délinquance juvénile puis, à la moitié du bouquin, abandonne carrément son héroïne pour se concentrer sur les profils désespérés de sa petite troupe de voyous. Le roman verse alors, de temps à autres, dans un misérabilisme plombé mais se rattrape toujours, quelques lignes plus loin, par des évocations poétiques inattendues et saisissantes, à l'image du fabuleux paragraphe final.

"...Une bribe de chair vivante arrachée à ces Babels vertigineuses et systématiques, illuminées telles des cathédrales et décomposées comme des sépulcres; ces bouts du monde où fleurissent à chaque pas les fleurs vénéneuses des désillusions, avant d'engendrer les fruits amers et pourris des renoncements universels..."
Jean Rollin considérait J'Veux Mon Blé comme le meilleur roman de George Maxwell - ça reste à voir. J'Veux Mon Blé est avant tout un George Maxwell atypique, à mille lieux de ses habituels délires déviants surexcités.
C'est aussi un Double-Shot presque entièrement délaissé par son héroïne et pâtissant néanmoins de cette filiation encombrante. Il est certain que l'auteur aurait été plus à l'aise sur un autre format que celui de sa série phare pour l'évocation de ses destins sordides.
Derrière le vernis sexy et hardboiled qui faisait sa réputation, il y a toujours eu chez George Maxwell quelque chose de plus profond, et qui ne fut jamais pleinement développé. Un peu comme si André Helena s'était contraint à produire uniquement du 180 pages pour la Flamme D'Or. Un beau gâchis ? Pas du tout.


Quant au coup du gosse des rues qui tourne mal, Maxwell le retentera trois ans plus tard - cette fois pour sa série Miss One-Shot, une version light de la Môme pour faire plaisir à des censeurs pas très friands de viandes sanguinolentes et de sexes moites.
L'intrigue des Houris et Des Mômes est approximativement la même que celle de J'Veux Mon Blé, minus la violence et le sexe. Bref, un traitement plus aseptisé. Pour continuer sur le parallèle avec André Helena, disons qu'il s'agit d'un Noël Vexin des petits jours. Ce qui, au demeurant et pour du George Maxwell, toujours très punchy et efficace, reste extrêmement lisible.
Pour le reste, on peut apprendre dans le premier chapitre que George Maxwell détestait le film Les Diaboliques et adorait les bouquins de William Irish. C'est dit.


C'EST POUR LE 15, BEVIS WINTER
LE TROTTEUR / ESPIONS ET AGENTS SECRETS, 1953

Je me rappelle plus trop de celui-ci. Pourtant, je l'ai lu il n'y a pas si longtemps, à peine deux ou trois semaines... Ce qui ne veut pas dire que ce fusse mauvais. Loin de moi cette idée ! Vite lu, vite oublié n'est pas du tout un gage de médiocrité. En fait, je me rappelle très bien du début, c'est les derniers chapitres qui me sont un peu nébuleux, quant tout part en sucettes d'espions avec le démantèlement d'un complot contre le président le jour du 4 juillet. Ou un truc dans le genre.
Bref, ça commençait plutôt bien, sans casser trop de briques. Comme le dit si bien l'éditeur en quatrième de couverture, Bevis Winter c'est "le nouveau Peter Cheney, qui est loin d'ennuyer son monde". Et ça commence comme du Peter Cheney sur roulette, en vitesse douce, sans ennuyer grand monde.
Notre héros, un journaliste miteux, retrouve son voisin de palier, un bon copain de boisson et accessoirement un agent super secret des USA, étendu dans sa chambre, raide-mort de mort pas naturelle. Du coup, notre journaliste, flairant le papier du tonnerre à refiler à son éditeur acariâtre (et aussi parce que c'est un citoyen américain plutôt modèle malgré un petit penchant pour l'onanisme cérébral), se décide à reprendre l'affaire en main. Un boulot consistant principalement à se faire allumer la tronche par des agents ruskoffs et prendre contact en loucedé avec des agents du FBI, le tout sans perdre une miette des rondeurs féminines que l'auteur fait généreusement défiler dans le décor.

"Ça me permettait de reprendre ma petite observation du relief de la mignonne... Je me serais bien offert un lolo ! Ça avait l'air ferme comme de la matière plastique, ces trucs-là, mais le nylon est assez transparent de nature, et je voyais bien que de la matière comme ça, c'était de la bonne bidoche frissonnante !"
Une bien belle observation, tout en minutie et délicatesse. Merci monsieur.

SEMAINE NOIRE # 5 : COUP DOUBLE & ONE-SHOT

COUP DOUBLE, COMMANDANT RENE
SOGEDIDE / ENQUETES, 1955

En 1954, après la défection pour cause de censure des éditions du Trotteur, apparaît la Sogedide et ses superbes couvertures-serrures, un drole d'éditeur aux publications mensuelles uniquement portées par deux auteurs antinomiques : George Maxwell, rescapé du pilonnage de ses môme double-shot trop hardcore pour l'époque, et Commandant René, un huluberlu sévissant dans le faux témoignage politico-romancé.
J'ai, pendant un petit moment (quelques minutes), observé une théorie comme quoi René et Maxwell auraient pu être le même homme. Mais c'était juste avant l'ouverture de Coup Double, mon tout premier Commandant René (et, de par mon dévouement masochiste au roman poubelle pour quai de gare, certainement pas mon dernier).

Pour faire vite : Coup Double est un mauvais roman d'espionnage aux enjeux moralistes ponctués de scènes érotiques en faisant le digne ancêtre des SAS et autres Brigade Mondaine de grand-père. Ça débute avec un prologue "naturaliste" sur la drogue et la prostitution. Comme tout le monde le sait, toutes les activités répréhensibles sont interdépendantes. Bref, Commandant René nous explique en détail le trafic de coco dans le paris chaud. En un mot : édifiant.
"Le mécanisme de la drogue est assez particulier. Il y a d'abord le drogué, ensuite, le premier revendeur puis le demi-grossiste et finalement le grossiste. Ce dernier se ravitaille à l'étranger généralement."
Et là, on passe aux choses sérieuses ! Jacques Millard, jeune assistant du Commandant très porté sur la bagatelle et narrateur suppléant pour ce volume, découvre que le marché de la drogue cache un plus gros poisson : le terrorisme international. Aucun pays ne sera cité par le Commandant mais mon petit doigt me conseille de regarder vers l'est - à moins que ce soit encore un coup des arabes, nos méchants habituels.
Millard prend alors le premier train pour Marseille, le pays de la pègre, des espions et des petites pépés pas farouches capables de faire l'amour plusieurs fois par chapitre, n'importe où, n'importe quand. Pour lui, c'est le pied.
Il s'infiltre alors dans l'entourage d'un caïd local et remonte lentement l'organisation, jusqu'à atteindre le niveau drogue et terrorisme. Entre temps, conscience professionnelle oblige, il s'offre aussi pas mal de bon temps avec ces petites garces de Murielle et Sonia.
"En une minute elle fut aussi nue qu'un ver et cette fois (il) ne put résister au désir de prendre cette femme. il se pencha et tomba littéralement sur elle (!!!).
Son corps fut accueilli par un autre corps affolé qui se mit à se lover sur le lit comme une pieuvre aux milles tentacules.
Dans un océan de félicité, les deux êtres montèrent ensembles vers les hauteurs suprêmes de l'étreinte.
Il la regardait maintenant se rhabiller, Si Murielle était une maîtresse femme, Sonia pouvait sans conteste
se vanter d'être dix fois supérieure."
Notez que notre homme est un rapide. Il remettra tout de même le couvert quelques paragraphes plus tard. Ça, c'est du zob. Quant à l'enquête, elle se conclura par un K.O. du lecteur et la mise en échec des méchants par la D.S.T., une organisation bien de chez nous.


COLT LÜGER ET BERETTA, GEORGE MAXWELL
C'EST VOUS LE TUEUR ?, GEORGE MAXWELL
SOGEDIDE / MISS ONE-SHOT, 1956

Pendant ce temps, dans la même collection et après un petit détour dans le registre de l'espionnage en folie (le Jaguar), ce vieux filou de George Maxwell reprend le chemin du hard-boiled sexy pur et dur avec une toute nouvelle héroïne, Miss One-Shot, la fille de la légendaire Môme Double-Shot, accompagnée de l'ancien acolyte de maman, le Gorille Charly.
Niveau continuité, j'ai un peu du mal à y croire. La dernière fois que j'ai lu du Môme, Hope Travers avait bien moins de trente ans et pas de gamine à charge. Mais c'est pas grave, c'est du Maxwell et la logique ne peut avoir aucune prise sur le génie de cet auteur.
A moins qu'il ne s'agisse d'une ruse un peu pataude pour faire revivre le succès de la Môme Double-Shot sans pour autant passer par la case interdiction de publication. Allez savoir. les années 50, c'est un peu le far-west de la littérature de gare...

Mais reprenons. Colt, Lüger et Beretta, 4eme volume des aventures de Miss One-Shot, débute de manière assez abrupte, avec une série de courses poursuites dont on ne comprend pas vraiment l'enjeu et surtout, la forte impression de débarquer en plein milieu d'une histoire dont les circonvolutions précédentes nous sont totalement inconnues. Et pourtant, aucun souci - c'est bien une nouvelle aventure chaotique de Hope, pardon, Pearl Travers, au prises, dans ce volume, avec ce gigantesque nid de vipères juridico-sentimental qu'est le monde du cinéma hollywoodien.
Au menu donc, des actrices qui se font chanter, des secrétaires qui tentent de percer via la promotion canapé, des producteurs qui magouillent, des scénaristes à la ramasse et du truand pour faire payer l'addition. Le tout sous la forme d'un mystère à l'ancienne avec explication et résolution en chapitre final. Car contrairement aux autres séries de George Maxwell, Miss One-Shot a des allures de whodunit bancal.

C'est cet aspect qui prévaut largement dans C'est Vous Le Tueur ? - un titre qui, pour une fois, ne trompe pas sur la marchandise puisqu'il est question d'assassinats dans un petit cirque miteux. Tombés par hasard sur ce spectacle, alors qu'il roulaient vers une autre aventure possiblement plus palpitante, Pearl et Charly décident de se la couler douce et d'élucider cette sombre affaire à la manière de Sherlock Holmes, les bastons et la bad-ass attitude en plus.
"Pas d'histoires maintenant. Le Beretta gicle tout seul dans ma griffe, et je croche tout de suite la détente pour soulager mon copain.
Un pruneau chacun dans les quilles des plus proches. Deux cris de douleur. Charly se défait du troisième. Un autre est à terre depuis un moment, écorniflé par la première bastos du Gorille. Un suivant s'est pris un marron sur le blair et gît également à plat ventre un peu plus loin, la frime en meringue.
- Arrière tous ! je tonne en tirant un coup en l'air, cette fois, ou parole d'One-Shot, je vous dequille l'un après l'autre."
Comme souvent chez Maxwell, le roman se déroule en une seule nuit. Un procédé qui d'habitude donne énormément de punch à sa narration. Et pourtant, ce C'est Vous le Tueur reste très calme dans ses largeurs, sans effusion de testostérone, avec juste une petite accélération à 30 pages de la fin avec l'habituelle course poursuite à 200 K/M suivie de sa fusillade dans le désert. Avant ça, c'est juste Pearl et Charly rodant autour du cirque avec le shérif local qui compte les macchabés et quelques individus douteux qui manigancent des sales coups dans leur coin.

Bref, le moins bon des Maxwell que j'ai pu lire - ce qui n'en fait pas pour autant un mauvais roman. C'est suffisamment pittoresque, envolé et rétro pour en faire une lecture extrêmement agréable. La description des numéros de cirque, bien qu'un petit peu longuette, est très amusante. Le reste, par contre, joue beaucoup plus la retenue. C'est du George Maxwell expurgé de ses délires transgressifs, des explosions gore et sexuelles, sans gros mots (juste une lettre suivie de trois petits point) ni ultra-violence. Du George Maxwell pour gosses.
Faites que la bibliothèque Verte les réédite au plus vite !

SEMAINE NOIRE # 1 : UN CLASSIQUE U.S. ET DEUX BIJOUX FRENCHIES


LE JAGUAR A TOKIO, GEORGE MAXWELL
1955, SOGEDIDE

Voila un truc degoté par hasard dans une brocate d'arrière pays. Le dixieme volume du Jaguar, une serie narrant les aventures d'une espionne dont je vous laisse deviner le nom et signées par un certain George Maxwell, faussement anglo-saxon malgrès des titres originaux (ici, Deadly Hate!) inventés de toutes pieces. D'ailleurs, la faute de frappe du titre français est d'origine. Par contre, le titre figurant en haut de chaque page interieure est écrit sans cette erreur - ce qui n'est pas le cas pour le texte de l'auteur, où on a droit à du tokio de partout.
A ne plus savoir où donner de la tête mais ce n'est pas très grave, ça donne un certain cachet à l'oeuvre. Et ça ne depareille pas non plus avec un style d'écriture de commande pas forcement bien fagoté mais
nerveux, rapide, brut de decauffrage et rempli à ras bord de phrases aux tournures plus qu'étranges voire pas du tout correctes par endroits. Une bonne chose : ça rajoute encore plus de punch à un roman qui n'en manquait déjà pas.
"La fille était juché devant le comptoir sur un haut tabouret. Elle était brune, les cheveux courts et plats, semblables à une épaisse couche de ripolin, ou un casque de laque. Elle avait croisée haut ses jambes. Un regard d'homme un peu sournois aurait rapidement conclu qu'elle nourrissait de noirs desseins !
Because, elle n'avait pas de slip."
Un début aussi parfait ne saurait mentir. D'ailleurs, les 50 premieres pages forment un véritable petit bijou d'intensité, égarant le lecteur dans un chassé-croisé improbable, ou plutôt : imprevisible.
La suite... eh bien, j'avourais que, n'ayant pas eu l'occasion jusqu'à present de lire les 9 precedents volumes de cette serie, j'ai eu quelques difficulter à saisir la majorité des enjeux. Resumons ce qui ne m'a pas (trop) paru abstrait : nous avons des japonais ambigüs et des chinois malfaisants au prises avec un
savant nazi traqué par des espions américains, eux même infiltrés par des espions allemands travaillant pour le compte d'un agent russe, et le jaguar dans un quadruple jeu de dupe, le tout pour un tresor de guerre à l'emplacement codé dans des toiles dont on ne saurait dire s'il sagit des originaux ou de copies effectuées par les japonais ambigüs d'un peu plus haut. Je resume grossierement mais tout se termine bien à la fin, avec beaucoup de cadavres. Bref, une lecture revigorante.
Pour info, l'illustration, encadré par l'habituel trou de serrure, est signée Alex Pinon, cover-artist attitré des ouvrages de Sogedide. J'en parlerais surement une autre fois.


COMME UNE FLEUR, RICHARD STARK,
(THE HUNTER) 1962, SERIE NOIRE

Le gros classique de la nouvelle vague des crime story, celle de la fin 50 / debut 60 où s'entrecroisent froidement dérision et violence dans des histoires amorales assénées avec autant de style qu'une droite telescopé en pleine gueule. Ici, Richard Stark, en fait pseudonyme viril (parceque totalement hard-boiled) de Donald Westlake, mettant en scène pour la premiere fois les aventures de celui qui deviendra bien vite son personnage emblematique : Parker, une brute épaisse sans prenom, denuée de toute compassion, revenu se venger de sa femme et de son ex-associé après un coup foireux et 6 mois de taule. S'ensuit une implacable traque dans le New York des marginaux, des gagne-petits froussards et des putes au grand coeur, des gangsters et de leur syndicat nationnal. Et Parker, reglant ses comptes minutieusement, dérouillant tout ce beau monde, comme une fleur.
"Les femmes le regardaient et frémissaient. Elles devinaient que c'était un salopard, que ses mains puissantes étaient faites pour gifler, qu'aucun sourire n'adoucissait son visage quand il regardait une fille. Elles devinaient et remerciaient Dieu du mari qu'il leur avait donné. Pourtant elles frémissaient. C'est qu'elles savaient comme il devait, la nuit, s'affaler sur elles : comme un arbre."
Pour la petite histoire, John Boorman adapta le bouquin au cinéma sous le titre Point Blank, avec Lee Marvin dans le role de Parker. Une des bases du Neo-Noir aux cotés du Samourai de Melville et de Branded To Kill de Seinju Suzuki. On a aussi eu droit à un affligeant remake, Payback, avec un Mel Gibson en mode comique du plus mauvais effet. Un director's cut serait sorti dernierement et en effacerait certaines tares. J'ai du mal à y croire...
Et pour plus d'informations sur tout ça :
http://www.violentworldofparker.com/main.htm


CES MESSIEURS DE LA FAMILLE, NOËL VEXIN,
1956, DITIS / LA CHOUETTE
"Elle planta ses yeux dans ceux de Valentin, et, sans un mot, commença à faire glisser sa jupe. Puis elle defit son corsage et apparut dans une étroite combinaison de satin noir, où son corps ondulant prenait une allure serpentueuse."
Fausse premiere publication de Noel Vexin (un bouquin en collaboration d'André Helena, son vrai nom, le precede de quelques numéros) dans la mythique collection de romans noir La Chouette chez Frederic Ditis, Ces Messieurs De La Famille est un petit polar envolé, sautillant (!!!) qui voit le jeune Valentin, avocat sans le sous, coureur de jupons inveteré et frimeur maladif, tenir en échec une sublime veuve noire au lesbianisme implicite et son gang de corbillards reconvertis en gangsters tendance bras cassés.
Pourtant derriere l'apparente légèreté de l'ensemble, quelques details sordides, évocations à peine masqués de la drogue chez les classes moyenes et des avortements clandestins, l'élèvent bien au dessus du simple divertissement bon marché callibré en 190 pages. Fortement recommandé, ne serait-ce que pour la sublime couverture de Giovanni Benvenuti (l'une des plus belle de la collection ?) et la premiere apparition de Valentin et Roberte, les heros attachants des romans de Vexin pour La Chouette.