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RÉGRESSION À MAIN ARMÉE

L'HOLOCAUSTE CALIFORNIEN, DON PENDLETON
PÉRIL EN FLORIDE, DON PENDLETON
FUREUR À MIAMI, DON PENDLETON
GDV / L’EXÉCUTEUR # 45, 46 & 48, 1983/84

Pour le lecteur décérébré que je suis, c'est toujours un maousse plaisir que de s'envoyer en plein été une triple ration d'aventures viriles en provenance directe de l’Amérique reaganienne des années 80.
En fait, c'est un peu comme de s'ouvrir un pack de 33 export bien tièdes et bien secouées, un après midi ensoleillé, dans un parc au gazon constellé de déchets plastiques et de crottes fossilisées. Cette même sensation d'un bonheur bon marché, à la portée du premier gogo venu et pourtant si inaccessible au commun des mortels, cette bande de nazes qui, sous les conseils des numéros estivaux des revues littéraires, préfèrent investir dans ces putains de polars norvégiens et autres pavés prétentieux à 30 euros la ramette de 500 pages.
L’Exécuteur, lui, ne paye pas de mine. Ne coute pas lerche non plus. Ni à produire, ni à consommer. C'est du discount usiné à la chaine et qui affiche fièrement son systématisme dès la couverture.
Une poulette denudée au dessus d'un titre interchangeable, basé sur cette imparable équation du roman populaire qui combine un mot violent avec une indication géographique.
Résultat instantané sans trop se fouler : Massacre à New-York, Carnage Canadien, Destruction à Berlin, Atomisation Napolitaine ou encore Choucroute garnie chez Grand-Mère.
Le programme du bidule est aussi limpide que ce qu'évoque le sur-blaze du héros mis en scène. Lorsque l'on s'appelle L’Exécuteur, on n'est là ni pour cueillir des pâquerettes, ni pour conter fleurette... mais plutôt pour faire bouffer les pissenlits par la racine à ses ennemis.
Un secteur d'activité qui ne connait pas la crise.
Après 38 numéros passés à dézinguer du rital mafieux, Mack Bolan, dit L’Exécuteur, est racheté par les éditions Harlequin, via leur filiale Hunter, spécialisée dans la litterature virile, et chanstique de cible.
Fini les magouilleurs moustachus, place à l'extermination des terroristes de tout poil et toute obédience.
"En abandonnant sa guerre personnelle contre la Mafia, Bolan n'avait pas songé un instant à jouir enfin d'un repos bien mérité. Au contraire, il avait délaissé un ennemi pour mieux s'acharner sur un autre, plus insidieux, plus redoutable encore : le terrorisme.
Un monde où s'opposent les races, les religions, les idéologies, offre un terrain  idéal pour les fanatiques, paranoïaques, mégalomanes cherchant à semer la terreur parmi leurs frères humains. Et depuis trop longtemps, des bandes de ces nouveaux cannibales, agissant souvent sans idéologie ou politique cohérentes, tenaient le monde en alerte, laissant les pays libres impuissants devant la montée inexorable de la violence.
L'heure avait donc sonné pour Mack Bolan d'entrer dans l'arène..."
Mais revenons-en à la triple ration du jour. Je débute avec L'Holocauste Californien (en V.O. : Flesh Wounds).
Mack Bolan et sa petite amie, Rose d'Avril (ça fleure bon le Harlequin, ça !) y combattent une joyeuse bande de réactionnaires d'extrême-droite qui fument des joints tout en écoutant Pink Floyd.
Sacré cocktail.
Mais on est pas là pour finasser.
L'auteur, un certain Ray Obstfeld, enchaine les chapitres comme d'autres empilent les niveaux d'un shoot'em up retro. Il a la plume ultra-balourde (chez lui, les voitures freinent constamment des quatre roues !) mais s'exerce parfois (et avec un certain talent de scribouillard anémique) à la douce poésie du plomb brulant qui déchire implacablement la viande des corps honnis.
Ainsi, en page 40 :
"les balles dessinèrent un trait vertical parfait depuis le bas de son sternum jusqu'à la naissance de son cou, le thorax du gars s'ouvrit béant, comme une orchidée à l'instant de sa floraison."
Un peu plus tard, page 126, c'est un nouveau thorax qui, sous le coup d'une nouvelle rafale verticale, s'ouvre cette fois "comme une grenade bien mûre."
Quant au boss de fin, un vilain espion soviétique ayant projeté de bazarder une pluie de napalm sur un festival de country-rock, il a droit, page 201, à une balle de Beretta en plein dans la tronche. Résultat : sa gueule s'ouvre alors "comme un feu d'artifice de chair, d'os et de sang mêlés."
C'est beau.

Tout aussi bas du front, Péril en Floride (Paramilitary Plot, signé Mike Newton) s'affirme dès ses premières lignes comme un super-hit de la littérature commando.
C'est bien simple, dans ce bouquin, il n'y a pas d'histoire. Ou plutôt : pas de scénario. Juste 220 pages de Mack Bolan qui fait tonner, au fin fond des Everglades, son Beretta, son Auto-mag et son M-16 modifié.
Blam blam blam ! Tchaka-tchak ! Badaboum !
Face à lui, un trio de méchants machiavéliques et leur armée de mercenaires patibulaires. Les affreux séquestrent un vieux scientifique et menacent de répandre sur Saint-Domingue un virus mutant issu du bacille de la peste. Heureusement, à la toute fin, ils sont réduits en bouillie par notre héros chevauchant gaillardement un hélico. Ra-ta-tat ! Tchaka-zooooum ! Méga-boum !
Le style rappelle particulièrement celui des premiers Don Pendleton, avec ces longs paragraphes emphatiques et ces phrases qui t'en foutent plein la vue, façon "une fois de plus, Mack Bolan avait rendez vous avec l'Enfer" ou encore : "Il avait rendez-vous avec des prédateurs infiniment plus dangereux que les grands fauves qui hantent la jungle. Il avait rendez-vous avec le mal, l'injustice, la violence..."
Que du bonheur !
Les amateurs des Exécuteurs # 10 (Châtiment aux Caraïbes) ou # 25 (Le Commando du Colorado) seront largement rassasié, question infiltrations, explosions et dézingage de masse.
Je termine rapidement avec Fureur à Miami (Blood Dues, toujours signé Mike Newton). Des trois, c'est le moins distrayant. Bolan s'y farci des truands cubains et des mafieux à moustache comme au bon vieux temps des années 70... et c'est justement là que le bat blesse. Ça ne vaut pas Typhon sur Miami (L’Exécuteur # 4, auquel ce volume fait souvent référence) et c'est parfois presque aussi mauvais qu'un épisode signé Gerard Cambri.
Surtout, ça manque de blam blam blam, de ra-ta-tat, de zoum-zoum-whaap, de takataka-brrraaap-a-bam et de fiouuuu-kraaaakaaatchoum-bim-boum, bref, ça manque de punch.
Et là, pour le coup, j'ai envie de dire : Aaaarg !

L'EXÉCUTEUR FRANÇAIS # 2 : FRANK DOPKINE

Un ancien auteur des éditions de la Brigandine reconverti en faux adaptateur de franchise burnée chez Gérard de Villiers, le profil n'est pas courant. En matière de populaire pour adulte, il s'agit presque d'un grand écart.
Mais l'effet est heureux.
Car si Frank Dopkine ne brilla jamais vraiment à la Brigandine, y assurant simplement un honnête rendement dans l'alimentaire pas dégueulasse du polar porno à second degré gauchisant, sa récente arrivée sur l'Exécuteur a par contre le don de revigorer une série trop longtemps maintenue sous la tutelle de Gérard Cambri, ce phagocyte outrancier et mal-fagoté du champs lexical pendletonnien.

Bien entendu, dans ce genre codifié à l'extrême, Dopkine ne renouvelle rien. À l'image de la police dans ce film de Luciano Ercoli, il a les mains liées. Les esprits simples peuvent souffler : le carcan est intact. Mack Bolan s'attaque encore et toujours à la mafia. 40 ans que ça dure, on ne change pas une équipe qui stagne.
Aux États Unis, l'éditeur (Gold Eagle / Hunter) avait eu la bonne idée de légèrement faire évoluer le schéma, direction le terrorisme international, correspondance Amérique du sud ou Afrique du nord.
En France, Gérard de Villiers préféra le rétrécir
, forçant nos auteurs nationaux à tricoter leur 220 pages mensuelles sur des tissus d'intrigues aux surfaces microscopiques.

Ainsi, depuis son lancement au début des années 80, la version française de l'Exécuteur est en animation suspendue et c'est à l'aune de ce niveau assez peu bandant qu'il faut apprécier le travail des nouveaux auteurs maison.

Vu sous cet angle, Frank Dopkine s'affirme donc comme un grand professionnel. Son triptyque " Massacre à Snohomish River / Du Plomb pour une Balance / Poker Mortel à Chicago " (Exécuteur # 263, 264, 266) en est d'ailleurs une assez jolie preuve. Le boulot est effectué avec soin, consciencieusement, et l'écriture se fait bien moins laborieuse que chez ses confrères. Surtout, si Dopkine met les formes, il n'en renie pas pour autant les traditionnelles expressions toutes faites, ces punch-lines en kit, marque de fabrique de la série.
"Au son de l'Automag, c'était une marche funèbre qui invariablement se jouait."
Rien ne dépasse. Ou plutôt : rien ne se perd, rien ne se fait. La tonalité est conservé, le divertissement assuré. Dopkine en profite alors pour s'attarder sur les décors et approfondir le contexte.
L'Amérique de ses romans l'Exécuteur est celle de l'ultra-consumérisme contemporain. On y roule en SUV, on y communique via i-phone et on y vit en quartiers résidentiels ultra-luxueux. L'effet, appuyé, assure aux textes un artifice de véracité.

Mais Dopkine ne se contente pas d'un gadget de modernité.
Dans
ses bouquins, avec la fin de la décennie 2000, c'est la crise financière et ses conséquences qui redéfinissent le terreau d'angoisse et de violence sur lequel l'Exécuteur va désormais affronter ses ennemis.
Analystes financiers, traders sans scrupules, spéculateurs retranchés derrière les écrans de leurs laptops, la mafia se diversifie et les rouages des magouilles se font plus complexes.
Mais c'est justement là où, paradoxalement, le bat blesse : l'intérêt majeur qui caractérise l'approche de Dopkine en constitue aussi le principal défaut et, à trop alambiquer le conflit, il en vient aussi à en diluer partiellement l'intérêt.
Subsiste alors l'impression d'un manquement. Car la force des 38 premiers romans de Don Pendleton résidait dans leur simplicité et leur outrance. C'était de la litterature comic-book, droit au but et sans fioritures : opérations commando, coups de mortier, blitz ravageurs.
Chez Dopkine, l'aspect cartoon guerrier passe à l'as. Fini le Shoot 'em up retranscrit en prose, fini les récits se résumant à l'histoire d'un mec qui appui sans discontinuer sur des gâchettes, fini ces coups d'éclats tellement constants qu'ils en deviennent routinier.
Et peut être n'est-ce pas plus mal. Car à l'arrivée, après 220 pages d'un bouquin aussi vite lu que vite oublié, force est d'avouer que même si cela manque un peu de muscle, l'auteur a parfaitement honoré le contrat-type du roman de gare pour hommes.
Surtout, après plus de vingt années d'une production faisandée, Frank Dopkine a enfin rendu Mack Bolan l'Exécuteur à nouveau lisible.
Et ça, ce n'est pas rien.

L'EXÉCUTEUR FRANÇAIS # 1 : GÉRARD CAMBRI

L'OPÉRATION TEXANE, DON PENDLETON
PLON / L'EXÉCUTEUR # 56, 1985

En 1982, Gérard de Villiers terminait l'importation en français des 38 premiers Exécuteurs originaux.
Pour le lecteur, qu'il soit Français ou Américain, la coupure a son importance. C'en était désormais terminé de la mafia. Don Pendelton vendait sa boutique et son enseigne à Hunter, la filiale virile de ces gonzesses d'Harlequin. Après 8360 pages d'exterminations brutales, de destructions massives et de mitraillages effrénés, Mack Bolan changeait de structure.
Fini le blitzkrieg en free-lance, place au boulot de commando pour l'Oncle Sam. Les truands moustachus bouffeurs de spaghetti, notre héros venait tout juste de les annihiler sur 15 générations et des poussières. La place était nette, il y fallait du renouveau.
C'est ce que fit Hunter. L'Exécuteur devenait vengeur planétaire, avec une préférence pour les pays sous développés.

Vous quittez Mafia-City, merci de votre visite.
Prochain arrêt : Terrorisme international.
Population : ça devrait fortement décliner le mois prochain.
Mais du coté de chez Gérard de Villiers, on ne l'entendait pas vraiment comme ça. Ce changement de cap, ça chamboulait sévère la formule maison. Et si ça continuait, son altesse sérénissime le prince Malko n'allait pas tarder à se faire méchamment marcher sur les plate-bandes.
La concurrence, contrairement à ce que l'on peut dire, c'est mauvais pour le commerce. L'Exécuteur international, avec sa cargaison de canons et de munitions, il débarquait comme un chien dans un jeu de quille dans l'affaire. Son shoot-em-up littéraire ravageant des contrées moyen-orientales, ça sentait salingue pour le bizness GdV. Sans compter le lecteur franchouillard qui, bien habitué à son déssoudage mensuel de ritals à la demi-douzaine par cageots, se voyait alors attribué sans en être consulté de l'arabe revendicateur dans sa publication favorite en guise des figurants homologués.
ouais, visualises sa tronche :



J'AI DEMANDÉ UNE PIZZA, PAS UN KEBAB, MERDE !

Pour de Villiers, il ne restait donc qu'une seule solution. Embaucher un auteur français. Et surtout : lui faire usiner de l'Exécuteur comme avant. De l'Exécuteur qui zigouille du mafieux. De l'Exécuteur à la papy.
Cet auteur, ce fut Gérard Cambri.
Comme quelques autres, il traquait le filon depuis plus d'une décennie mais il avait pour lui quelques avantages. Il aimait photocopier, il venait d'être viré par le Fleuve Noir et il était tout prêt à rempiler pour dézinguer du pourri via sa machine à écrire.
L'opinel entre les dents, le contrat dans la pogne, il s'attaqua ainsi à sa mission.
À la manière d'un comic What If de la Marvel, l'Exécuteur Français venait de naitre.
Première case : le Gardien, toujours aussi chauve, vêtu de sa seule toge romaine mais à l'allure très digne, et posant cette question brulante : ET SI MACK BOLAN N'AVAIT PAS ARRÊTÉ DE BUTER DE L'IMMIGRÉ ITALIEN ?
J'ai une cinquantaine d'exemples dans mes cartons mais je vais te la faire simple. Je n'en prend qu'un seul. D'autres viendront peut être. Celui-ci, d'exemple, c'est le # 56. L'Opération Texane.
Un beau morceau.
Gérard Cambi, alors déjà signataire de 6 Exécuteurs fort minables, nous sort le grand jeu.

J'ai dis que je faisais simple, je fais simple : Tu connais Ikea ? OK.
Alors, imagines ça en version littéraire dans une boutique discount.
"Dis au revoir à tes couilles et prépare-toi pour le grand saut."
Les phrases sont en kit et l'intrigue suit la cadence. Son Opération Texane, à Gérard Cambri, c'est du deux-en-un - un mélange de Panique à Philadelphie (L'Exécuteur # 15) et du Masque de Combat (L'Exécuteur # 3). Pour faire bonne mesure, notre bricoleur de roman de gare du dimanche y adjoint quelques bribes du Siège de San Diego (# 14 : une apparition du Death Squad) et quelques pincées sensuelles de Violence à Vegas (# 9) en la présence de Toby Ranger, la nana du FBI qui aime à se fringuer country.
Cambri, on ne pourra pas lui retirer ça, ronéotype son turbin amoureusement. Et il n'oublie rien dans la tambouille. Le fils du capo dans le # 15 se nomme Jack le Gosse ? Qu'à cela ne tienne. Dans l'Opération Texane, c'est Frank le Gosse. Même comportement, même mort. Idem pour l'allié providentiel, le petit mafieux coquebin. Benny Peaceful devient Max Charley.
Cambri pompe à tout va. Des scènes entières, sans finesse et sans s'en cacher. On en vient même à se demander pourquoi donc qu'il l'a écrit, son bouquin.
Pour la thune, OK.
Mais à ce niveau, ce n'est plus du plagiat, c'est du montage à la photocopieuse.

Cambri-Pendleton singe donc Pendleton-Pendleton. Il le singe jusqu'à se fondre moelleusement dans son ombre. Plus besoin d'astiquer les touches de la Japy, il ne s'agit désormais que de régurgiter à la gueule du lecteur les mêmes schémas, encore et encore.
Malheureusement, comme si tout cela n'était pas déjà suffisant, l'art mimétique de Gérard Cambri accuse de nombreuses cassures dans sa quête d'une fluidité originelle. On y trouve bien quelques "nuées de frelons rageurs" et autres "courtes giclées d'ogives rageuses" pour faire frémir le peuple mais les détails, plus importants sur la longueur, regorgent d'erreurs.
Des détails comme, par exemple, s'échiner à nommer "amici" les membres de la mafia ou encore ne pas savoir écrire correctement Striker, le nom de code para-militariste de l'Exécuteur.
Quant au style, pourtant rudement bien étudié question grossièreté brutale (cf. la citation du dessus, en gros), il lui manque toute l'efficacité propre à l'auteur imité.

Où sont les petites phrases qui font mouche ? Du coté de chez SCUM, certainement.
N'est pas Don Pendleton qui veut. On le savait déjà. Mais toutes ces preuves supplémentaires que Cambi nous apporte demeurent sacrement éprouvantes. L'Opération Texane, c'est 220 pages d'emmerdement total, car déjà expérimenté ailleurs. Le lecteur ne baille pas d'ennui, il a simplement envie d'exterminer le responsable du marasme qu'il vient de s'enquiller deux heure durant.

Terminons donc sur une note joyeuse.
En 2004, après avoir sévi sur presque 100 volumes de la collection, Gérard Cambri se retrouva débarqué de son job par Gérard de Villiers. L'infortuné auteur pondit alors, sur son site perso et sous pseudonyme, une diatribe vengeresse intitulée Arnaque et Harlequinade.
Pourtant, l'arnaque et l'Harlequinade, c'en était bien lui le coupable, en torchant de pareils bouquins.
Je n'avais pas osé précédemment mais je me le permets aujourd'hui :

Gérard Cambrise les couilles.

ESPÈCE DE FILS DE...

LES BOUCHERS DU PARADIS, JACK HILD
HARLEQUIN / S.O.B. # 3, 1985

Hé, ho, t'énerve pas mec, t'énerve pas ! c'est pas à toi que je causais, non, non, j'te jure, je faisais que répéter ce qu'ya d'écrit sur mon bouquin. Tiens, là, regarde :
"S.O.B. Trois initiales redoutés que leurs ennemis traduisait par Son Of A Bitch, fils de p... car leur guerre, comme toutes les guerres, était féroce."
Ça donne la trique hein ?
Bon, molo molo, t'emballes pas trop quant même, hein ! Parceque S.O.B., ça veut surtout dire Soldiers Of Barabas. Tu piges l'astuce gars ?
Non, non, pas le dresseur de bourrin à la con, là. Ça, c'est Bartabac. Barabas, lui, c'est un super-militaire qu'il a fait le vietnam, genre, ya bien trois siècle de ça et depuis, histoire qu'on lui pisse pas trop sur les pattes, ben, il s'est associé avec 10 gonzes super balèzes et tous ensembles, y refont les 11 salopards et y flinguent du connard de terroriste dans des pays vraiment trop chelou, du style ouceque t'aimerais pas y foutre les pinceaux, quoi. Ouais ouais, j'te jure - à moins qu'tu sois versé dans le, genre, tourisme sexuel quoi, et qu't'as pas peur de te chopper le palu-machin, là, hein ?
Bref. j'en été où, moi, bordel ?
Ah ouais, ouais, le bouquin... ouais... ben franchement, j'vais te dire, franchement, il était pas si mortel que ça, le bouquin.
Bon, déjà, Barabas, il y est tout seul, dans son bouquin. Les 10 gonzes, c'est à peine si t'en vois 3 à la fin. Ouais, vraiment, j'étais super-deçu. J'te jure. Et en plus, les 3 de la fin, y sont un peu minables sur les bords.
Ensuite, ben, y s'passe pas grand chose quand même. Des fois, y se tirent dessus pour faire style, mais la plus part du temps, ils arrêtent pas de causer de trucs que t'en a un peu rien à battre.
Et puis surtout ya les méchants qui sont vraiment trop foireux. De vraies lopettes les gusses ! Moi à leur place, putain j'te jure, ça ferait déjà une paye que j'l'aurai flingué le Barabas ! Mais eux, non, y zarretent pas de se baliser les grelots pour un oui ou pour un non !
Bon, quand même, j'veux pas te dégoûter du truc. Dans le genre, j'ai lu pire. Ça vaut peut être pas un Exécuteur d'la bonne période mais après une grosse cuite, un dimanche oucequ'ya rien à la télé, j'ai connu pire.
Et puis, franchement, si t'as lu ce billet en entier - qui est tout de même bien éprouvant - 215 pages de littérature Chuck Norris, ça ne devrait pas te faire peur, hein ?

ÇA VA BLITZER !

FUSILLADE A SAN FRANCISCO, DON PENDLETON
PLON / L'EXECUTEUR # 11, 1976

Peut-on rester insensible à la franche connerie sous testostérone d'un épisode de la série L'Exécuteur ? Je veux dire, à moins d'être une femme, un pacifiste ou bien un type pas très viril aux encoignures... Non, vraiment, c'est impossible. On ne peut pas resister. Voila un gars, l'Exécuteur, dit Mack Bolan, qui passe ses 220 pages mensuelles à dézinguer comme un enragé du mafieux pourri, soutenu par une écriture aussi lourdement sentencieuse que le staccato d'une batterie de mitrailleuses le soir au fond de la jungle vietnamienne. Que demander de plus ? De la finesse ? Laissez-moi rire.
A titre d'exemple pratique, saisissons-nous de Fusillade A San Francisco, onzième volume des très répétitives aventures de Mack Bolan. Ouvrons l'ouvrage en page 7, chapitre 1. "Le moment de faire la guerre était venu." Ça, c'est la première phrase du bouquin. Ça donne le ton mais la suite est bien meilleure, jugez un peu :
"Mack Bolan était prêt. Il allait blitzer, provoquer un orage terrifiant plein d'éclairs et de roulements de tonnerre, faire pleuvoir la mort et la destruction, laisser ruisseler la peur et la panique. Il allait passer à l'attaque."
Voila une introduction géniale, saisissante, totalement sturm und drang, totalement jouissive, totalement... totale ! Un paragraphe entier, juste pour dire au lecteur : "Mack Bolan allait buter des mecs, comme d'habitude."
Et comme d'habitude, ça ne tarde pas. Page 11, Mack Bolan fait exploser un tripot. Page 13, Mack Bolan achève les survivants. Page 17, sa mission terminée, le roman peut commencer. Un Exécuteur, période guerre à la mafia (c'est à dire les 38 premiers volumes), suit toujours le même schéma. L'affaire est réglée comme du papier à musique. Mise en bouche d'une vingtaine de page en un court assaut commando mené par l'Exécuteur. Puis une pause de 60 à 80 pages pendant laquelle 1) les mafieux font des tractations entre eux 2) Bolan rencontre (mais sans arrières pensées aucunes) des filles de petites ou moyennes vertus 3) la police du coin patauge. Le lecteur patiente donc jusqu'au milieu du roman, moment parfait pour lancer un deuxième baroud solo, plus long et plus violent. Bolan dessoude ainsi la moitié des truands de la ville qu'il visite et fait très peur aux autres qui redoublent de tractations. Ensuite, ça s'enchaîne implacablement. Les filles qu'il avait rencontré se font kidnapper, les mafieux multiplient les coups bas, Bolan délivre les gonzesses, tue quelques dizaines de salauds de plus, prépare sa prochaine attaque. Nous sommes page 180, c'est l'heure de l'ultime assaut contre la place forte des vilains avant l'épilogue. "Il ne baissa son arme qu'après avoir vidé le chargeur. Ils étaient tous morts, étendus, déchiquetés. Un monstrueux tas d'ordure."
Et tout cela, ad vitam æternam.
(putain, waouw, du latin, quelque culture que j'ai !)
Mais la routine n'empêche pas les variations qualitatives. Somme toute, en oubliant l'excellence tapageuse de son introduction, Fusillade A San Francisco est un Exécuteur plutôt décevant : trop de sous-intrigues disparates (les chinois) et trop de protagonistes inutiles (les chinois), le tout conclu à la va-vite par une révélation finale calquée sur le volume précèdent, Châtiment Aux Caraïbes, un morceau de bravoure para-militariste bas du front bien plus recommandable que cette Fusillade San Franciscaine gentiment médiocre. Mais la médiocrité n'empêche pas le plaisir, c'est ce que je me répète chaque matin.



LE BLITZ DE BOSTON, DON PENDLETON
PLON / L'EXÉCUTEUR # 12, 1976

Tant que nous y sommes, et avant que je fasse une dépression, abordons rapidement le volume suivant, Le Blitz De Boston, un épisode assez satisfaisant en dépit d'une introduction fort sobre. Il nous faut en effet patienter jusqu'au quatrième chapitre, page 57, pour que des voitures explosent, des maisons s'effondrent et des mafieux moustachus se fassent trouer la couenne comme des malpropres. C'est long, mais ça vaut néanmoins le coup d'attendre. Car page 57, Mack Bolan déloge une horde de mafieux de leur club-house à coup de mortier.
"Toutes les trois secondes le mortier toussait et un morceau d'enfer planait au dessus du parc avant de s'écraser avec une explosion dévastatrice. Après l'envoi du dernier obus il observa les résultats qui auraient rempli de fierté une compagnie d'artilleurs. Puis il saisit de nouveau le détonateur à télécommande et fit sauter le club."
La finesse, une valeur en baisse.
En tout cas, page 57, le bouquin est enfin sur ses rails. Pendleton, ouvrier consciencieux de la littérature pour mectons frustres, honore syndicalement son contrat. Le Blitz De Boston porte bien son titre mais n'ira pas faire trop de zèle sur le terrain de la surenchère. Quoi qu'il arrive, un roman l'Exécuteur sait rester carré, propre, droit, sans excès.
Donc, dans cet épisode, Mack Bolan, notre one-man army proto-punisher favori, est à la recherche de son jeune frère et de sa petite copine, kidnappés (tiens donc !) par un mafieux pas très futé. Je dis pas très futé puisque le gonze malfaisant, non seulement il ne sait pas quoi faire de ses otages (un comble !) mais en plus il ira jusqu'à faire croire à Bolan qu'il les a tués ! Mauvaise idée, ça.
"Ce n'était plus une guerre.
Ce n'était plus une exécution.
Ce n'était plus l'Exécuteur s'acheminant sûrement vers l'ennemi.
C'était Mack Bolan, le frère de Johnny, l'amant de Val, qui fonçait sur les meurtriers des êtres qu'il avait aimés, qui allait les tuer.
[...] Et pour une fois, il allait tuer avec plaisir."
Bref, voila l'Exécuteur en super-rogne, qui détruit tout sur son passage, extermine les pourris par centaines et délivre les otages à la fin. Comme d'habitude, en somme ?

Oui, comme d'habitude. Un roman totalement con, prévisible, routinier, avec des gars qui se canardent comme si il s'agissait d'un sport olympique, du mobilier urbain qui vole en éclat à chaque nouvelle bataille et un flot intarissable d'hémoglobine sicilienne qui menacerait presque en fin de roman de submerger la ville.
Étrangement, aussi idiot que cela puisse paraître, c'est une formule dont je n'arrive pas à me lasser.

C'ETAIT MIEUX AVANT...

SABRER N'EST PAS JOUER, DON PENDLETON
PANIQUE A REYNOSA, DON PENDLETON
VAUVENARGUE / L'EXÉCUTEUR # 248 & 249, 2008

Après m'être administré, coup sur coup, deux très bons Pendleton des débuts, respectivement le 6 et le 18 de la collection, je me suis posé une question, essentielle, "ça vaut quoi, l'Exécuteur aujourd'hui ?"
La réponse fusa, avec rapidité : pas grand chose, non, vraiment pas grand chose.
Mais développons, développons.

1980, Don Pendleton, l'original, premier du nom, commence à se lasser de sa série à succès. Des romans de l'Exécuteur, le bonhomme en a allongé 37 sur une période de 11 ans. Pas vraiment une sinécure que de se renouveler à ce rythme... et avec une donne de départ aussi basique. Car, après 38 romans, Mack Bolan dit l'Exécuteur a approximativement dessoudé tout les membres de la mafia en activité, ceux à la retraite, leurs complices de tout bords, leurs associés, leurs femmes, leurs moujingues, leurs animaux de compagnie et tout les cousins éloignés jusqu'à la cinquième génération. Un petit peu comme Charles Bronson dans les trois derniers Death Wish, ce n'est plus l'essoufflement, c'est une apoplexie foudroyante qui guette au détour de chaque épisode.
Bref, Pendleton décide de l'écraser. Un dernier petit tour en forme de semaine sainte apocalyptique et il brade sa série et son nom d'auteur à Hunter Books, filiale masculine de Harlequin.
Voila donc Pendleton transformé en house-name derrière lequel séviront inlassablement des hordes de ghost-writers en frais locatifs, véritables machines à écrire sans âmes officiant dans tout les azimuts de la litt' pop', du western à l'espionnage en passant par la science-fiction. Salut Stakhanov. En un peu moins de 30 ans, la franchise Mack Bolan effectue un bond de 600 (et des brouettes) épisodes. ça fait beaucoup de salades pour un gars dont le seul et unique hobby consiste à maraver sans sommations des truands italiens.
Mais voila, il y a un twist. La grosse surprise. Dès son transfert chez Hunter Books, Bolan saute le requin, pour paraphraser les fans de Happy Days. Changement d'activité radical et Fini les pizzaioli qui magouillent, bonjour les terroristes internationaux. Les russes, les chinois, les cocos - au départ. Ensuite, un peu de tout. L'Exécuteur se globalise méchamment. Aujourd'hui, ce sont les Arabes et les Mexicains qui ont les faveurs des Pendleton Anonymes.

Ainsi, dans Sabrer N'est Pas Jouer (Hard Pursuit, signé Douglas P Wojtowicz), Bolan est mandaté par les USA pour mettre fin aux activités d'un islamiste barbu et sa bande de ninja Al-Qaida montés sur meules Honda. Mais n'est pas American Ninja IV qui veut et cet Exécuteur-là se traine sur 250 pages d'un ennuyeux marathon désertique écrit par un rescapé des forums de fan-fiction. En résulte quelques séries de références prétendument branchées mais véritablement lourdingue au Seigneur Des Anneaux, aux films de John Woo, à Matrix. Ce genre de chose...Le reste, entre deux explosions d'hélicoptères au bazooka, est comblé par d'interminables listing d'armes à feu. J'appelle ça de la virilité poudre aux yeux. Dans le style action, Sabrer N'est Pas Jouer est saboulé comme une romance pour ado mal paluché et se défargue de sa camelote sans entrain ni étincelles.

Comparé à l'affreux du paragraphe precedent, Panique à Reynosa (Hostile Crossing, Jerry vanCook), second Exécuteur nouvelle donne du mois, s'en retrouve un peu mieux troussé mais ne se montre certainement pas plus glorieux dans son déroulement. C'est un enchevêtrement peu inspiré de grosses ficelles éculées et de câbles d'ascenseurs hors-services, une jaffe indigeste dans laquelle surnagent quelques bribes d'action pachydermique et de psychologie tendance paté en croute de série télé.
Cette fois, les mexicains sont à l'honneur. De satanées ordures, avec leurs magouilles politiques et leur trafics. Drogues, armes, immigrants. Tout le monde connait leur mauvaise réputation. J'ai vu pas mal de reportages sur le câble, ça concorde vachement avec les faits que rencarde ce machin.
Heureusement, comme dans Invasion USA, Bolan est là pour empêcher les piques-assiettes basanés de surpeupler son beau pays, d'y travailler au noir pour un salaire de misere et de dealer de la chnouf à la jeunesse incrédule afin d'arrondir les fins de mois difficiles.
Mais comme si ce point de départ n'était pas suffisant (moi, en tout cas, ça me suffisait amplement, les mexicains), l'auteur s'empresse de rajouter à son gros bordel une bande d'étudiants américains gauchistes révolutionnaires en manque de spring-break et qui, avec l'aide des méchant mexicains mafieux (faut bien qu'ils servent à quelque chose, ces crouillats-là), decident de foutre à feu et à sang les états unis.
Dit comme ça, Panique à Reynosa peut donner l'impression d'auticher le palpitant à moindres frais mais c'est en vérité un sacré concentré d'emmerdement littéraire dilué à l'extrême - à éviter de toute urgence. D'ailleurs, cette dernière constatation s'applique aussi à Sabrer N'est Pas Jouer comme à l'ensemble - enfin, j'imagine mais je n'irai pas vérifier - de la production Hunter.
Bref, si le Don Pendleton original faisait dans le sous-Mickey Spillane, avec cette même roublardise, ces légers accents réactionnaires et toute la panoplie populaire qui va avec, les franchisés Hunter, eux, font dans le sous-Tom Clancy. Forcement, l'ersatz a moins de charme. Et même en tenant compte de l'augmentation pulmonaire des moulures de couverture dont nous gratifie pour les éditions françaises ce bon vieux Gérard de Villiers, ça ne passe pas. Sincèrement, mieux vaut investir dans un hors-série des filles de playboy. Ou dans l'un des 38 premiers Exécuteur, tous disponibles en grosse quantité chez les mauvais bouquinistes pour quelques dizaines de centimes.

DANS TA FACE !

ASSAUT SUR SOHO, DON PENDLETON
TEMPÊTE AU TEXAS, DON PENDLETON
PLON / L'EXECUTEUR # 6 & 18, 1975/1977

Contrairement à ce que pourraient nous faire croire les sublimes couvertures concoctées par ce gros roublard de Gerard de Villiers, toujours aussi efficace lorsqu'il s'agit de refourguer sa camelote de supérette au français moyen, la série L'Exécuteur ne raconte pas (mais alors pas du tout !) les péripéties possiblement palpitantes d'un vieux pervers épiant de jeunes californiennes dévergondées avec la lunette de visée d'un fusil de sniper.
Désolé de vous décevoir, les mecs.

D'ailleurs, puisqu'on en est justement à l'heure des mises au point, faut que vous le sachiez, le niveau de chasteté littéraire d'un volume de L'Exécuteur est étonnamment élevé. Vous l'achèterez peut être pour la photo de couverture mais vous ne trouverez rien de semblable à l'intérieur.
Bien entendu, vous aurez droit, de-ci de-là, à quelques nymphettes blondes vaguement exhibitionnistes, des jeunes filles de millionnaires capturées par les méchant "avec des jambes fines et interminables, des cuisses soyeuses [et] des seins agressifs comme des obus" (les jeunes filles, pas les méchants) mais ça n'ira pas plus loin. Pour le sexe, il faudra repasser, ou plutôt toquer à la porte des publications voisines.
L'Exécuteur, ce n'est ni la Brigade Mondaine, ni La Police Des Mœurs et encore moins SAS. C'est simplement de la testostérone garantie coït-free pour gros puceaux burnés, les aventures ultra-énergiques d'un ex-marine, vétéran du Vietnam, fétichiste de l'armement à outrance, adepte des combinaisons noires intégrales, spécialiste de la blitzkrieg en solitaire et bien décidé à exterminer sans pitié tout les membres de la Mafia, l'organisation responsable de la mort brutale de sa petite famille. Bref, L'Exécuteur, c'est le Punisher avant la lettre et sans le crane de mort sur la poitrine.

La meilleure série Plon/GdV/Vauvenargue avec l'Implacable.
Le super pied.

Ainsi, dans les 38 premiers volumes de la série, tous (excepté le 16) signés de la main du Don Pendleton original avant qu'il ne cède les droits à Harlequin/Hunter et sa horde de ghost writers for hire, Mack Bolan dit l'Exécuteur traque du mafiosi à travers l'ensemble des états unis, de Pittsburg à Detroit, et parfois même à l'international comme en témoigne le présent volume, Assaut Sur Soho qui, vous l'avez deviné, se déroule dans le Londres groovy des seventies.

Cet épisode, sur l'ensemble de la série, fait en quelque sorte figure de fill-in, une pause entre deux massacres et, si il n'en est pas moins désagréable, manque singulièrement de punch.
Primo, Bolan est franchement déprimé. "Depuis un certain temps, sa vie se déroulait avec une violence constante qui finissait par sembler monotone; il avait fini par accepter le fait sinistre que chaque lieu où il se trouvait devenait un champ de bataille."
Et donc, bourré de tranxene, Bolan ne fout malheureusement pas grande chose à Soho. Tout juste se charge-t-il de deux ou trois petites fusillades de pas grand choses, presque bâclées dans l'exécution, et puis s'en va. Ce n'est pas un assaut, c'est une sieste.
Le lecteur, avide de spectaculaire abrutissant, en restera sur sa faim.
Ensuite, Le club SM, les sex-shops, les boites branchées du Soho 70, tout ça n'est que vaguement effleuré, comme si il s'agissait d'un arrière-plan flou, indistinct, sans le moindre intérêt. C'est, faut l'avouer, pas franchement bien campé. Pendleton, auteur de droite dans l'absolu, semble préférer des décors moins fantaisistes pour raconter son histoire générique - une histoire qui se résume toujours à : Mack Bolan débarque dans un coin envahi par des mafieux, en bute certains, se fait traquer par d'autres, les bute à leurs tours, fait tout sauter à grand coup d'explosifs comme au bon vieux temps du 'Nam puis s'en va, ailleurs, vers de nouvelles aventures identiques.
A ce train là, on peut admettre que notre héros soit ,de temps à autre, quelque peu blasé par ses fonctions.

Mais moi, blasé ? Pas du tout !
Car les frasques pyrotechniques de l'Exécuteur sont toujours servies à grand renfort de catch-lines du tonnere et de fin de chapitres fulgurantes. Et à ce petit jeu, Tempête Au Texas peut faire figure de morceau de choix, avec son introduction en forme de baroud d'honneur
bigger than life : Bolan débarquant au milieu des puits de pétroles texans, dézinguant du rital comme si la réalité s'était soudain recalculée à l'image d'une cartouche d'arcade Metal Slug III, tandis que l'auteur, ce merveilleux robot du recit de gare ultra-calibré, balance à tout-va de petites fulgurances jouissives et immatures du type :
"Il y avait quelque chose de pourri au royaume du Texas. Bolan le savait, mais il ne savait pas exactement ce qui pourrissait l'air texan."
Plus fort que les haïkus à mémé !
Et le reste est à l'avenant, surtout si vous appreciez le chant du lance rocket, le soir au fond du bois. Car L'Executeur old-school Pendleton-style, ça ressemble un peu à une bonne vieille bande de la Cannon - un truc bien troussé, sans trop d'excès mais avec suffisamment de gueule pour garantir le spectacle. Ce n'est peut être pas à la hauteur d'un SCUM mais ça vaut largement mieux que les 900 pages habituelles d'un Dantec desormais bien incapable de reproduire le prologue de son Babylon Babies.
Ce dernier exemple étant totalement gratuit, on va faire plus simple : vous aimez Charles Bronson periode Golan/Globus ? The Exterminator ? Le Punisher entre les années 80 et 90 ? Alors Mack Bolan, c'est du tout cuit pour vos gueules, les mecs.