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MONTÉ COMME PAS UN...

GARE À LA BÊTE, PHILIP JOSÉ FARMER
ÉDITIONS CHAMP LIBRE / CHUTE LIBRE # 5, 1975

Quel rapport entre Harald Childe, ex-détective privé, et Forrest J Ackerman, grand papa de Vampirella ?
Le premier a réchappé de peu au volume initial de la trilogie des Exorcismes (cf. Comme Une Bête, Chute Libre # 3, 1974) mais reste obnubilé par les créatures qui le peuplait. Il cherche des explications, fout les pieds là où il ne le faut pas et porte en son nom la solution aux deux inconnues d'une équation.
Le second, collectionneur suprême et manitou incontesté du fandom S-F ricain, vient de se faire dérober une pièce unique, une peinture signée Bram Stoker représentant Dracula - Graal absolu pour ce dingue de fantastique - et va tenter par tous les moyens de la récupérer.
"Tel Buck Rogers sur la piste des voleurs de chevaux, FJA n'aurait pas de cesse que la justice n'ait triomphé !"
En guise de décors, un Los Angeles by night et sous la pluie qui abrite dans de cossues villas d'étranges bestioles aux mœurs sexuelles importées d'un autre monde.
Childe assiste en voyeur à un coït surnaturel avant d'en devenir la victime, Ackerman poursuit inlassablement son précieux tableau et Farmer mélange, emmielle et embrouille tous les carburants d'une litterature pulp vendue au kilo : polar de private investigator, fantastique à poils et à crocs, science-fiction galactique et surtout, surtout, érotisme grotesque et farfelu.
Par exemple, une pine verruqueuse qui ne bande jamais mais balance des orgasmes électriques, un corps qui se fragmente comme un puzzle et dont chaque partie - con, utérus, bouche, poumons, etc. - reste indépendante des autres en se mouvant sur de multiples petites pattes ou encore, véritable star du bouquin, une Jeanne D'Arc réincarnée en extraterrestre et qui cache dans son vagin la tête miniaturisée de son acolyte Gilles de Rais.
"On se croirait en pleine science fiction, tu ne trouves pas ?"
Ackerman, qui ne goutait guère à la S.F. nouvelle vague, devait tirer une sacrée tronche à la lecture de cette farce dont il est le protagoniste malgré lui, faire-valoir kidnappé à la réalité. On est loin des classiques de ses chouchous Heinlein, Asimov et Van Vogt.
Normal, c'est du Farmer.
Et faire cohabiter conventions et déviances, c'est son affaire, à Farmer - surtout en cette période (fin 60, début 70) qui le vit multiplier provocations monstres et grands écarts improbables - je pense, entre autre, à cette nouvelle parue dans le numéro 2 d'Univers (J'ai Lu, 1975) et qui conviait les deux Burroughs en réécrivant l’œuvre Tarzanesque d'Edgar Rice selon le style machine-mollesque de William Seward.
Ici, Tarzan fait une courte apparition (" Tarzan ? Foutredieu ! Oh, après tout, pourquoi pas ? Les bananes, les grosses queues, etc. Il va de soi que le Seigneur de la Jungle se doit d'être monté comme pas un.") et l'humour infiltre les paragraphes sous un camouflage badin (à la manière de cet extraterrestre qui, page 184 " avait jadis semé la terreur dans l'Allemagne médiévale par ses exploits de Loup-Garou. Au cours des vingt dernières années, il avait travaillé au service des impôts de Los Angeles.") mais la prose reste sage, très sage... trop sage ?
Pas vraiment. 
Gare à la Bête n'a rien d'un récit d'avant-garde. C'est un feuilleton un peu bancal qui se découvre une masse de pulsions torrides dans le moteur et les assouvit en suivant sa propre mécanique science-fictive, aboutissant à cette logique lubrique, ces partouzes rituelles indispensables aux transports spacio-dimentionnels, lointain écho de l'Orgone cosmique cher à William Reich.
Au final, ne reste qu'un étonnant défouloir d'idée et d'images qui, loin de sa réputation sulfureuse désormais bien éventée, brasse structures alimentaires et ambitions artistiques jusqu'à effacer partiellement leurs frontières respective et enfanter ce drôle de gadget littéraire, vestige d'un temps où tout était possible sans qu'il soit question d'une quelconque nécessite ou qualité.

Ci-dessus : Forrest J Ackerman - "il se voyait parfois comme un Léviathan de la grande mer de la S.F., ou une sorte de Hollandais Volant des routes de l'espace" - Gare à la Bête, page 106.

"Je possède [...] environ 100.000 livres, magazines sur la S.F. et le Fantastique. Dans ma maison, j'ai 13 pièces et 3 garages entièrement remplis de livres. Je possède également 30.000 photos, des illustrations originales et des documents uniques." - Horizon du Fantastique # 13, 1970.

INTERSIDERAL INTERRUPTUS

SIDÉRELLE, JEAN LOUIS VILIER
ÉDITIONS DU JAPYX, 1971

Le porno intersidéral, c'est sidérant. Mignonne, il n'y a pas à minauder : des extraterrestres, des fusées, des pistolasers et du cul, beaucoup de cul - sous toutes les coutures et en compagnie de toutes les formes de vies possibles - animales, gazeuses, mentales, à tentacules et attentatrices...
...à la pudeur !
Malheureusement, j'ai beau remuer le bocal dans lequel repose ma cervelle, du porno intersidéral, du porno science-fictif, je n'en trouve pas énormément d'exemples littéraires...
Il y a, bien entendu, les romans de Dominique Verseau (pseudonyme de Jimmy Guieu). Il y a aussi le génial Tout Feu Tout Femme signé Gilles Derais, troisième et dernier volume de la série des Benoit Lange, indispensable pour tout esprit malade... et... et...
...voyons voir...
...Rentre Tes Blancs Mutants, vingt-et-unième numéro d'OSSEX, écrit par Alain Lacombe et Serge Poulenc, dans lequel Eve Drum se tape quelques spécimens de nos friends from Frolix 8 (salut Phil K. !)...
...Science Et Vit de Philarète de Bois-Madame (pseudonyme de Jean Pierre Bouyxou), avec ses jumelles Barbarellesque azimutées et ses hordes de Schtroumpfs qui s'entreschtroumfduculent en schtroumflalaïsant...
...Les Potins de la Comète, toujours aux éditions de la Brigandine, un texte de Benjamin Rupert, pas encore lu mais dédié à Robert Sheckley et s'ouvrant sur "les espaces insondables des galaxies éternelles"...
...La Chair de L'Étoile, d'Alan Floor, collection Eroscope, chiant comme du Ursula K. Le Guin...
...et, j'y viens, j'y suis, ça y est :
Sidérelle, de Jean Louis Vilier, publié aux éditions du Japyx.
Un petit mot sur ces dernières : elles sont fameuses pour leurs couvertures au délicieux psychédégueulis typique des seventies, et furent fondées par Pierre Delalu, un homme de grande classe, proche d'André Guerber et de Roger Dermée.
Rien que de très normal.
Mais reprenons.
Sidérelle, c'est donc un roman de porno sidéral avec un peu de sidéral et beaucoup de porno. Ça pèse 250 pages en moyen format (du 13,5 par 21,5 centimètres, parfait pour se mesurer la zigounette) et c'est l'histoire d'une jeune fille un peu candide mais super jolie.
Pour citer l'atroce individu / fin connaisseur (rayer la mention inutile) qui, page 32, sodomise sauvagement notre tendre héroïne :
"Quelle harmonie de formes, quelle douceur de peau, quelle rondeur d'épaule, quelle cambrure de reins, quel volume de croupe !"
Une super jolie jeune fille, disais-je, que cette Sidérelle. Et qui vit sur une planète (surement la terre dans le futur des années 70) où l'amour est prohibé par les autorités mais néanmoins pratiqué en catimini, à l'hypocrite, par des rustres, des goujats, des lesbiennes et des minables.
Sidérelle, elle, est plutôt du genre sensuelle éclairée. Dans un monde parfait, elle aurait été abonnée à Plexus et aux intégrales de Regine Deforges. Pendant 50 pages, elle subit donc divers outrages sans piper (enfin, si, justement... en pipant... mais pas des mots) puis elle se décide à dire que c'est marre et se casse dans l'espace, à bord d'une fusée de location, direction la planète Orgasmus qui (d'après les boniments de l'office du tourisme) porte vach'ti bien son blaze.

"Ah !" que tu soupires en te frottant les paluches, "l'espace infini, ses monstres globuleux, ses pirates galactiques, ses planètes hostiles, ses astéroïdes fumants, ses spatioports mal-famés avec du Hawkwind à fond les ballons et..."
ET JE T'ARRÊTE TOUT DE SUITE, MON POTE !
REDESCENDS SUR TERRE !
Bicause, dans Sidérelle, tout ça, y'a pas. Le trajet en fusée dure 40 pages et l'auteur le passe uniquement à te scribouiller des descriptions puissamment tartignoles de collisions entre organes intimes, genitoires, trous, chibres et zobs à bulles dans la cabine occupée par Sidérelle.
Merci Jean Louis.
Puis Siderelle débarque sur Orgasmus, page 100, et paf, ça recommence, puissance dix mille et des poussières de barzums quantiques.
Trous et chibres coulissant, sperme jaillissant, zobinoux bondissants, foutre grandiloquent et simultanéité orgasmatique qui laisse tout le monde pantelant.

"Bourre, disait-elle d'une voix rauque, bourre, défonce-moi... aahh... j'ai mal et je jouis... je hais et j'adore... je crains et je désire... Viens en moi, ne m'épargne pas !"
Et en effet, en 150 pages d'une gigantesque partouze cent pour cent humanoïde-friendly sur Orgasmus la bien nommée, rien ne nous sera veritablement épargné.
Sauf la satisfaction de lire un bon porno intersidéral.
Car c'est bien simple, il n'y a rien de veritablement science-fictif dans Sidérelle. Juste quelques mots, de-ci de-là, pour faire semblant. Pas de monstre concupiscent à l'horizon, pas de pseudopodes caressants dans les parages, rien de fantaisiste, de fou, de dingue, d'hallucinant, de déroutant, bref, de sidérant.
Jean Louis Vilier aurait très bien pu te raconter l'histoire d'une jeune et jolie nénette qui prend le direct Paris / Béziers, se fait bourrer sur tout le trajet par divers passagers puis débarque en pleine féria du 15 aout, pile à l'heure de l'apéro gang bang du club de rugby local, que ça aurait été exactement la même chose.
T'esquisses les prémices de ce délice ? Non ? T'as de la chance. La déception fut grande, très grande - à la mesure de l'ennui ressenti.
Mais de cela, je commence à avoir l'habitude.
Reste que je n'en démordrais pas, et qu'un roman titré Sidérelle avec une planète baptisée Orgasmus et une couverture aussi joliment moche, ça aurait vraiment mérité un bien meilleur traitement que cette pauvre routine pornographique à la sauvette.
Bilan : encore un truc qu'il va falloir écrire soi même !

UNE ADDITION À LA FLANC

TU PAIERAS DE TA CHAIR, LARRY SAUNDERS
ÉDITIONS DE LA TARENTE, 1952

Au rayon des éditions de la Tarente et de leur collection sexy noire et rouge si chère au cœur des esthètes de la vraie chose littéraire - celle qui réchauffe les pognes pendant les longues soirées d'hiver, celle qui se déguste avec un pack de 33 export tiède, celle qui ne vous fera certainement pas passer pour un intello auprès de vos proches mais qu'importe, ce sont tous des cons, vos proches, celle qui - ah, on me fait signe de m'arrêter... donc, au rayon des éditions de la Tarente, très clairement, parmi la masse de scribouillards qui y scribouillaient, Larry Saunders n'aura jamais brillé, tout occupé qu'il était à torcher salingue sa saloperie alimentaire violemment tartignole et méchamment assommante.
Et pourtant, pourtant, oh oui pourtant, lorsqu'il s'en donnait la peine, lorsqu'il y mettait les formes, lorsqu'il arrêtait de chier incontinent des intrigues nulles serties d'une prose molle, il n'y avait pas à bisquer, le gonze se montrait sacrement doué.
Pour preuve les premières pages de ce Tu Paieras De Ta Chair - premières pages qui t'alpaguent par le paletot et ne te lâchent plus d'un poil.
Je laisse d'ailleurs Larry te bonnir himself son couplet - il n'y a rien de mieux qu'un p'tit coup d'échantillon gratis pour accrocher le clille potentiel.
Vas-y, Larry, c'est ton tour !

"Quarante jours ! Quarante jours que je suis là, dans la cage à damnés, attendant la minute... Quarante jours qu'ils m'ont foutu là dedans avec la jacquette noire et les chaînes aux panards... Quarante jours, oui. J'ai fait le compte sur le mur avec des petits traits. Et puis ces fiottes de gardiens sont là pour me faire penser au truc. Pas de danger que je l'oublie...
Quarante jours ! Dans cette pourriture de tôle de New-Jersey, ça dépasse jamais quarante-cinq... Les vaches, la bande de vaches. Demain, ce soir peut-être, une racaille de journalistes et de jouisseurs de la vue vont rappliquer, je le sais, à onze heures du soir, pour pas que les copains s'en gourent !
Ils vont s'amener comme en excursion, à la chambre de mort, dans le petit pavillon... Entrez, gentlemen, c'est au bout du couloir, la porte en face... Je vois la gueule du gardien-chef en train de leur dégoiser le boniment, rapport au pourboire...
Je sais aussi... On va les passer à la fouille, les beaux gars et les gonzesses qui vont se rincer l'œil de mes saloperies de grimaces. Faut pas qu'ils aient des appareils photos. Faut qu'on croie que le pauvre rétamé est exécuté sans douleur... Mort instantanée. Douceur de l'humanité... La grande République américaine gardienne des mœurs austères et des traditions. Ah, merde !
Oui, c'est moi qui vous le dis, des pourris, rien que des pourris. Des enfilanthropes qui s'en balancent pas mal. Seulement, ça corse l'existence de voir griller un condamné... Ça sent bon, le cochon roussi pour ces têtes de traîne-en-fiacre !
Et un innocent encore !... Ça sent meilleur ! Oui, un innocent ! J'ai eu beau le gueuler, le hurler, le rabâcher, ils se sont tous foutus de ma gueule. Fallait un coupable. Les durs de la renifle qui sont des mous de la conscience, m'ont balancé au juge. On m'a refilé un avocat à col de zinc qu'avait peur de le froisser en plaidant. Quand le président du tribunal l'engueulait, il se serait quand même foutu à quatre pattes pour lui lécher les orteils. Et comme je le traitais de menteur, de lâche et de fausse couche, il a eu l'air d'essuyer sur son échine la poussière de mes paroles et m'a laissé tomber, dédaigneux :
- On ne peut pas défendre l'indéfendable !"
C'est bon, Larry, c'est bon, tu peux t'arrêter, je crois que tu les as dans la fouille, les lecteurs. Faut dire que t'y as mis le paquet. Ton truc, on dirait un bouquin des éditions du Scorpion - éditions du Scorpion qui, je le rappelle, furent aux éditions de la Tarente ce que le foie gras est au pâté de campagne premier prix.
Et c'est là que le bat blesse.
Car il a fallu que t'y replonge, dans le pâté, Larry.
20 pages d'abattues en pétroleur grand style, paf, et t'en peux plus, faut que tu redevienne merdique, avec une historiette idiote de sexy polar mal dégrossi.
Je veux pas donner l'impression de trop me plaindre mais dans le genre, ça ne vaut pas un George Maxwell ou un MacDougald, ton bidule.

Enfin, arrêtons les frais et passons au résumé.
Donc, le héros, Jocker Briggs, s'évade de taule (normal) puis tombe dans les griffes de la terrible Lamia Verdale, une criminelle qui ressemble comme deux gouttes d'eau à la pin-up que Giordan a dessinée sur la couv' du roman.
"Ah, la garce ! Je crois que c'est la plus belle fille que j'aie jamais vu. Seulement, avec elle, faut y aller mollot. Elle a le pétard facile, et un tableau de chasse à faire frémir les moins trouillards."
Cheftaine d'une horde de péquenots reclus dans un no-man's land montagneux, elle donne dans le faux bifton pour arrondir ses fins de mois mais ne rechigne pas à payer de sa personne... si cela lui est demandé convenablement.
Dominatrice mais sensuelle. Sanguinaire et voluptueuse.

"Et elle avait l'air d'aimer ça... On avait pas besoin de lui tenir la tête pour la faire rester en ligne," confie notre héros alors que Lamia lui taille cette plume qu'il espérait tant.
Côté lecteur, le panard est moindre. On se tient parfois la tête... mais à deux mains, afin de combattre l'accablement.
Pour Joker, à contrario, c'est la belle vie. Il se tape plein de nénettes, le simili-arcan, histoire de passer le temps, de combler les pages. Alors, hop, Une grosse dondon, quelques freluquettes, une lesbienne. Ça dure 150 pages puis faut en finir, boucler l'affaire, terminer le bouzin. Les flics débarquent, ça dézingue, bam, bam, bam, coups de colts, fuite, résolution expéditive, happy end.
À la fin, Lamia meurt, achevée par Joker alors que le corps de la redoutable greluche est secoué par un orgasme retentissant.

On va pas s'en aller la plaindre.
Elle, au moins, a pris son fade jusqu'au bout.

DU STUPRE ET DU SANG !

VAS-Y CHÉRIE, MAC DOUGALD
VOLUPTÉS MORTELLES, MAC DOUGALD
ÉDITIONS DE LA TARENTE, 1953 / 1952

Dans le genre du sexy-noir, et plus particulièrement aux éditions de la Tarente, j'ai un certain faible pour le dénommé Mac Dougald, pseudonyme toujours pas éventé d'un petit rigolo à la plume alerte et à la binette imbibé du style Série Noire, avec ses p'tits durs Peter Cheneyisés qui causent en slang francisé dans une Amérique que l'auteur n'a surement jamais visité mais fantasme comme un dingue en y enchevêtrant culs pardessus têtes tous les poncifs du genre, exactement comme George Maxwell pour ses Môme Double Shot, mais sans l'hystérie.
Rien n'est vrai, tout sonne faux, violemment saturé, bariolé, personne n'est dupe et c'est justement là que se niche tout le charme de la chose.
Ça, et l'humour. Et aussi l'attrait irrésistible qu'exerce sur moi les mauvaises fréquentations littéraires, ces romans à quat'sous pleins de stupre et de sang.

Du stupre et du sang, on en trouve une certaine quantité dans Vas-Y Chérie, l'histoire d'un valet de chambre cambrioleur à plein temps, Albert Lewin. Un type très sympathique, soit dit en passant, d'autant plus sympathique qu'il vient de réussir le coup de sa vie : dérober les diams à madame Van Houten, une vieille carne über-friquée.
Pour notre homme, c'est du nanan, le truc fumant, de quoi se la couler douce des siècles durant.

Malheureusement, dès le chapitre 2, c'est la tuile. Albert se fait chaparder son bazar par Joyce, une Belle Blonde Bien Balancée. Furax mais ne s'avouant pas vaincu, il se démène comme un dingue et remet illico le grappin sur la B.B.B.B.
S'en suit pendant une bonne vingtaine de pages une gigantesque partie de catch érotique où toutes les prises sont permises, surtout si elles concernent les zones géographiques d'en dessous la ceinture. Coups de bambous et bambous dans l'trou. De la sueur et des ahanements. La trique et le gourdin.
Albert, comme il se doit, viole Joyce et Joyce, comme il se doit, se met à aimer ça. C'est le début d'une grande histoire d'amour - la B.B.B.B. l'affirme d'ailleurs en pages 113 et 114 :
" Tu n'auras pas besoin de me forcer pour que je partage tes étreintes, ce soir, j'en ai envie comme jamais je n'en avais eu envie jusqu'à ce jour. "
Et moi, je verse une larme. C'est beau, c'est doux, c'est tendre.
Mais 'ttention, il n'y a pas que du sentiment, dans Vas-Y Chérie, il y a aussi de l'action, de la bagarre, des morts et des fusillades.
Car la petite Joyce a d'anciens amis truands qui aimeraient bien eux aussi se foutrent la fortune à la vieille Van Houten dans la fouille. Nos deux tourtereaux doivent donc protéger leur bien mal acquis à la sueur du colt et des méninges. Rien que du très classique. Ça se clôture même sur une happy end ensoleillée, avec les méchants qui pisenlisent par la racine et les gentils qui, désormais mariés, coulent des jours paisibles à la campagne.
Chaudement recommandé. Si, si !

Mais du stupre et du sang, on en trouve surtout dans Voluptés Mortelles. C'en est même le sujet central du roman, le stupre et le sang - comme si Mac Dougald s'essayait à une réflexion sur sa condition de lumpen prolétaire des mauvais genres.
Le héros, Archibald Longwood Junior, exerce un turbin alimentaire, reflet de celui de l'auteur : il est journaliste, nourri quelques rêves de gloire et se voit bridé dans son art par son rédacteur en chef :
" Ce qu'il me faut, jeune homme, c'est du stupre et du sang ! Les lecteurs, ils s'en foutent de votre histoire idiote ! Ils s'en foutent !... Assassinez-moi une bonne vieille, après l'avoir consciencieusement violée, découpez son corps en quarante morceaux, et apportez-moi la photo de chaque morceau ! Voila ce qu'ils veulent, les lecteurs ! Tout le reste, ils s'en foutent !... Du stupre et du sang, un point c'est tout ! "
Ainsi drivé par son patron (et aidé par son auteur), le mecton se lance donc dans le sensationnel.
Un soir, alors qu'il se détend le gland dans une partie fine de la jeunesse dorée Américaine, le voila qui découvre le corps sans vie d'une de ses amies, la belle Barbara. Elle vient de se faire violer puis étrangler par un sadique.
L'occase en or, le truc inespéré, l'aubaine leaubich !
Archibald écrit un article à faire frémir les mamies et mouiller les gamines. Pour sa pomme, c'est du tout cuit. Il devient le chouchou de sa feuille de chou, se voit assigner une assistante-secrétaire ultra-gironde et se lit même d'amitié avec le commissaire du coin, un type pas commode mais fort utile puisqu'il refile pleins de tuyaux croustillants à notre héros.

Néanmoins, pas question de se reposer sur ses lauriers.

"Vous avez accroché le lecteur, vous le tenez à la gorge, ne le lachez pas, autrement il vous haïra..." lui lance le redac' chef, dans une belle imitation des mantras de Mickey Spillane.
Et de son côté, le meurtrier poursuit ses exactions. Viols et meurtres, stupre et sang. De nouvelles victimes, donc de nouveaux articles en perspective.

" Vous aviez raison [...] l'assassin se croit maintenant un surhomme, dispensateur de la vie et de la mort, et il continuera à tuer jusqu'à ce qu'on le prenne... Pourvu que cela ne dure pas trop longtemps, et qu'il ne tue pas trop avant d'être pris... Mais il faudra qu'il tue encore ! C'est nécessaire, autrement on ne saura jamais qui il est..."
Bref, t'as surement pigé la coupure, Voluptés Mortelles est un texte malicieux, une sorte de parc d'attraction (abandonné) du roman poubelle. L'auteur est là pour se marrer aux dépends de la " litterature malsaine et pornographique " - dans le collimateur de son pistolet à eau, c'est James Hadley Chase et ses imitateurs qui défilent. " Méfiez-vous, petites filles " fait-il dire à son tueur en série.
Hélas, ce qui s'affirmait dans les 120 premières pages comme un petit bijou de dérision se plante magistralement sur son dernier tiers - comme si Mac Dougald n'avait plus d'inspiration, comme si il avait déjà tout donné et bâclait sa copie en mode érotisme graveleux pour tenir la longueur.
Fini le dynamitage rigolard des schémas habituels, fini l'ode aux écrivains à sensations, place à la triste romance de gogues privées avec ces interminables séances de jambes en l'air qui égrènent du vide.
La déception est immense, d'autant plus immense que le lecteur était accroché, bien accroché. C'était brillant et c'était drôle. Parole ! Je pensais tenir entre mes pognes un chef d'oeuvre oublié du quinzième rayon.
Encore raté !

(...Ce qui ne m'empêchera néanmoins pas de chaudement (bis) le recommander, ce Voluptés Mortelles, ne serait-ce que pour ses savoureuses 120 premières pages.
Et le reste ?
Eh bien... tu n'aura qu'à l'écrire toi-même ! )

FUMES, C'EST DU MAURY !

VIANDE À L'ENCAN, DAN CURTISS
PROMODIFA / MYSTEROTIC # 1, 1974

Si tu fréquentes régulièrement ce blog, tu y as sans doute déjà lu à de multiples reprises le nom de Roger Maury, mon scribouillard foireux favori, le champion du 190 pages dinguement débile, magnifiquement machiste et sublimement stupide.
Il œuvra approximativement dans tous les genres possibles de la litt' pop' virile, du roman de guerre qui tache (WARSEX !) au sexpionnage qui colle (CRAC !), en passant par le fantastique bas de gamme et l'érotisme tiède.

Et sous le pseudonyme de Dan Curtiss, il s'essaya au polar brutal, façon Mike Hammer.
Son premier forfait dans le genre fut titré Du Plomb En Souvenir et enquillait sans vergogne tous les pires clichés que ce grand fou de Spillane avait pu inaugurer vingt et quelques années plus tôt dans sa première livraison des enquêtes de son detective marteau.

Sexe, violence, sadisme, racisme et misanthropie de bazar généralisée. Tout y passait, greatest-hits de conneries jouissives que l'auteur enfilait à la queue-leu-leu sur ce fil d'intrigue préchauffé qui veut que la vengeance soit un plat qui se prépare au micro-ondes et se déguste avec un soufflant chambré en obus d'artillerie.

Mais venons-en au roman qui nous intéresse aujourd'hui. Viande À L'Encan. C'est à la fois le troisième bouquin signé Dan Curtiss et le premier texte de Roger Maury à paraitre chez Promodifa, cet éditeur filou pour le compte duquel notre homme pondra une bonne quatre-vingtaine de volumes en moins de 4 ans, recyclant à tout-va ses vieux manuscrits, y rajoutant de-ci de-là du cul et du sang puis modifiant les titres et noms des protagonistes afin de parfaire la supercherie.
Pour le coup, Viande À L'Encan est un texte original. Rien à voir avec les Jo Brix ou les Jacky Fray. C'est du Maury première fournée.
Le héros s'y nomme comme l'auteur, Dan Curtiss, et c'est un detective privé. Il enquête sur le kidnapping d'une jeune fille et son aventure démarre sur les chapeaux de roue.

Première page, premier paragraphe, il n'a pas fait deux pas dans le corridor qu'un hurlement le fige sur place. C'est Jenny, sa secrétaire. Elle vient de boire le bouillon de onze heure et roule dans l'escalier principal. Il lui manque un œil et sa cervelle se repend sur le parquet.
Surtout "elle n'a pas de slip, et je sais ce que cela signifie," lance Dan, désormais super en rogne et le Bull Gun en pogne.

(Un Bull Gun, à ma connaissance, ça n'existe pas. Mais c'est pas grave. J'imagine que l'auteur pensait à un Taurus Tracker, ou peut être à un Smith & Wesson comme celui que cradingue Harry agite sous le nez des demi-sels qu'il coince dans sa série cinématographique, en grinçant entre ses dents son fameux make my day...)
Bref, Dan bondit, Dan s'élance et Dan rattrape le salaud qui vient de violer et tuer Jenny. Ce dernier confesse alors son crime, avec moult précisions sur comment il s'y est pris pour bien prendre son pied avec sa zigounette dans la gisquette. Pendant deux bonnes pages, Dan s'en rince donc les esgourdes, de ce monologue salingue, puis, une fois son fade intellectuel consommé, il se venge et plante le type avec un coupe-papier.
"La lame crève son sexe, le fait éclater dans un jaillissement de sang.
[...] Rapidement, je retire le stylet puis je laboure toutes les parties de son corps qui ont touché Jenny. Je lui tranche la langue. J'entaille son ventre. Je sectionne ses testicules... Quant à ses mains, ses horribles mains qui ont caressé le ventre de mon amie, j'en écrase chaque doigt à grands coups de talon."
La page 16 vient tout juste de sonner à l'horloge du clocher et déjà Mickey Spillane est dépassé.
VRROOOUUUM ! Dans le genre furibard et improbable, Maury a un circuit d'avance.
Nous sommes ici en présence d'un grand, d'un très grand malade.

Et ce n'est pas fini.

Page 17, la femme de feu-le violeur de Jenny débarque dans la pièce. Dan en est tout éberlué because elle porte "une paire de seins dont la proéminence m'abasourdit." Et de rajouter : "Jamais je n'ai vu un tel volume de chair..."
Quant à la môme en question, on pourrait croire qu'elle va s'émouvoir de la mort de son tendre époux (là, juste à tes pieds, mignonne !) mais non. Elle préfère sauter sur la bistouquette à notre héros en lui susurrant : "faites-moi l'amour, Dan."
Le Dan n'a pas besoin de se faire répéter deux fois la consigne. Il hisse le mat. Et Maury de se déchainer enfin dans une longue scène de cul, parfaite pour faire reluire toute la panoplie des expressions consacrées.
"Cogne, Dan ! Je t'en supplie, cogne !"
...hurle la gisquette en se faisant travailler la marmotte à grands coups de butoirs.
Et puis, une fois l'acte consommé, la voila qui se voit proposer par notre homme la place de secrétaire que Jenny a laissé vacante (pour cause de décès) quelques pages auparavant. Elle accepte. Elle s'appelle Esther. Nous sommes en page 28, le premier chapitre est bouclé, le roman lancé, le lecteur déjà essoufflé.


Heureusement pour ceuzes qui souffrirait du battant et de la binette, la suite se déroule à un rythme un peu moins échevelé.
Impossible de délirer constamment, il faut bien de temps à autre faire avancer l'intrigue. Maury alterne donc enquête et scénettes de gambettes en l'air. En grand professionnel de la saloperie littéraire format poche, il fait même concorder les deux.

Ainsi, page 31, Dan déniche le nom et l'adresse d'un complice des méchants kidnappeurs. Il va pour sonner à sa porte et c'est la maman du type en question qui ouvre.
Elle est encore bien conservée
, la MILF, équipée tout luxe, façade imposante, ananas saillants et puis, certains signes ne trompent pas.

"Je sais ce dont cette superbe femelle a besoin et je le lui dispense aussitôt."
BANCO ! 6 pages de cul dans la fouille. 2 tours de circuits supplémentaires dans le râtelier à Spillane. Puis l'enquête reprend. Dan déniche la planque d'un des méchants kidnappeurs et se décide de faire parler le salopard en violant sa nana.
"- Regarde bien, Corto. Je vais la sodomiser devant toi et tu en portera seul la responsabilité."
Corto, qui a lui aussi beaucoup lu de Mickey Spillane, rugit "J'aurai ta peau !" à notre héros tandis que la polka se fait galamment grimper, direction septième ciel via l'entrée des arsouilles.
La purée déchargée, les choses sérieuses reprennent. Dan apprend que les méchants kidnappeurs font aussi chanter une richissime duchesse. Il s'en va donc rencontrer la poule pour lui proposer ses services. En la voyant ("Imaginez ce qui se fait de mieux dans le genre et multipliez par dix"), il se décide aussi à lui proposer quelques va'z-et-viens pistoneurs dans les recoins intimes.
Pas de bol, ça rate (les standingues sociaux du mâle et de la femelle étant non-compatibles sur ce coup là) mais notre héros se rattrape sur la jeune sœur de la duchesse, une fille ouverte d'esprit (et de cuisses) à la question prolétarienne - surtout, une fille qui sait ce qu'elle veut :

"- Je veux que chacun de mes pores adhères aux tiens, que tu m'écrases contre toi, que tu m'éventres."
Quant à moi, je fous le turbo à mon résumé. (Sinon, on y est encore demain soir...)
Donc, la duchesse débarque alors que Dan termine sa petite affaire sur la gamine. En résulte une engueulade puis un catfight entre les deux nénettes, furies déchainées et hystériques, pages 114 à 117.
"Très suggestif, ce combat !" pense Dan tout en se rebraguettant, page 115. De son côté, Maury patauge un peu dans la semoule. Il torche trois nouvelles scenes de sexe comme d'autres se curent le nez. C'est appliqué mais laborieux.
Ainsi, pages 132 à 134, c'est une petite sodomie rapidement expédiée, pages 151 à 155, une levrette dinatoire et pages 157 à 158, un viol à la sauvette, commis par le vil Corto sur la personne de la fille kidnappée et que Dan interrompt juste avant la culmination du plaisir.

Pas très heureux de se voir ainsi privé de son bazardage de purée, Corto voit rouge et fonce sur notre héros.
PIF ! PAF ! POUM !
Car, il n'y a pas que du sexe et de la détection, dans Viande À L'Encan. Il y a aussi du baston, de la bagarre, du jeu de main jeu de vilain bien sanguinolent et sauvage. D'autant plus sanguinolent et sauvage que Dan Curtiss semble avoir une prédilection pour les coups portés en dessous de la ceinture.
Quelques exemples glanés au fil du texte :
"Je le cogne au bas-ventre d'un terrible coup de genoux." (page 43)
"Deux manchettes en travers de la gorge, un atémi sous le nez et, pour finir, mon genou dans son entre-cuisse." (page 62)
"Des deux mains, je saisis le bas-ventre de mon adversaire et je lui écrase les testicules." (page 90)
"Pour finir, j'ajuste la pointe de mon soulier en plein dans ses testicules." (page 162)
D'une certaine manière, et je trouve qu'il est très important de souligner cet aspect du roman, ici, tout tourne autour du service trois-pièces.
Son astiquage, son essorage, son entretien et ses petits malheurs.

Car dans Viande À L'Encan, si il y a le robinet à moustache du héros qui se vide de plaisir, il y a aussi ceux des méchants qui dérouillent de douleur. Grosso modo : il y a celui qui se fait cajoler par de belles gonzesses et ceux que l'auteur prend un malin plaisir à exploser.
C'est le yin et le yang des bijoux de famille, une certaine idée du karma appliqué aux parties sensibles, éros et dans ton os.

Mais reprenons et concluons. Ainsi, après avoir bien tanné comme du vieux cuir les roustons de ses adversaires 180 pages durant, Dan Curtiss peut enfin s'en aller. Plus que 10 pages à remplir et, comme (presque) toujours dans les romans Promodifesque de Roger Maury, il reste à notre héros une dernière formalité à effectuer, une dernière poulette à pratiquer - parce qu'elle lui résistait, parce qu'il se la gardait pour la fin, parce que voila, c'est comme ça, ça fait parti de la formule.
Dans Viande À L'Encan, cette nana-là, c'est la duchesse. Et de confier, alors qu'il plonge enfin son membre roide dans le cratère en feu de la bourgeoise :
"Pour moi, sa possession équivaut à me hausser jusqu'à une société vers laquelle il ne m'était pas encore permis de loucher."
C'est beau, c'est fort, c'est grand.
Dan Curtiss, casseur de burnes et working class hero du plumard.
Je répète. C'est beau, c'est fort, c'est grand.
Normal : c'est du Maury !

GARÇON, ENCORE UNE AUTRE !

QU'EN PENSES-TU MIGNONNE, JACK NORTON
CEP / COLLECTION ORAGE, 1954

En regardant la couverture, le titre, le nom de l'auteur et la poupée qui s'y affiche pas denudée d'un pouce (mais elle lève bien haut les gambettes alors ça va) tu te dis surement :
Putain ! Encore une connerie avec du charnel dedans.
Et, je dois l'avouer, tu n'as pas tout à fait tort. D'autant plus que ce bouquin a déjà fait l'objet d'un précédent billet : il s'agissait de Elle Sait Ce Qu'elle Veut, signé Willy New (en français dans le texte : Zizi Nouveau, exactement comme le Beaujolais du même nom) et publié une année plus tôt aux éditions du Fétiche.

Dans cette nouvelle version de ce sublime roman (" parfait manuel du savoir vivre à l'usage des geinteul'mènes sensibles et modernes que nous sommes " écrivait alors un grand critique littéraire), le héros n'est plus Jack Norton (ici devenu "pseudonyme en chef") mais un certain Jones Collet.
Et tout comme Jack dans Elle Sait Ce Qu'elle Veut, Jones est un agent du F.B.I. en mission de routine.
Et exactement comme Jack, il drague toujours une garce dans un train en direction de Pampelune, se bagarre encore avec des mastards poilus, butine tout autant de gonzesses à grosses poitrines et petites vertus et, oui, viole bel et bien une danseuse de Flamenco à la fin du chapitre 8, faisant ainsi naitre à grands coups de pistons rageurs la volupté et le plaisir dans les recoins intimes de cette dernière avant de la congédier "dans une attitude orgueilleuse du mâle qui a vaincu."
Inutile d'en rajouter, le rapport complet des faits est disponible ici.

Quant à ceuzes qui trouvent que mon humour de répétition est foireux, sachez que :
petit 1) je suis entièrement d'accord avec vous,
que petit 2) je n'ai pas prévu de recommencer mes conneries avant un bon trimestre,
et que petit 3) vous pouvez néanmoins vous estimez heureux puisque, tel un gros flemmard à la Jack Norton, j'aurai très bien pu recycler l'intégrale de mon antépénultième billet en y changeant simplement le titre de l'œuvre évoqué, le pseudonyme de l'auteur responsable du forfait et le nom des protagonistes s'y trouvant plongés et que vous n'y auriez surement vu que du feu, bande de gros nazes que vous êtes.
J'ai pas raison ?

GARÇON, LA MÊME CHOSE !

UN MÂLE SÈME LA TERREUR, JEAN LEBLOND
LE TROTTEUR / COLLECTION PAPRIKA # 1, 1952

En regardant la couverture, le titre, le nom de l'auteur et la poupée pas trop denudée (mais c'est déjà un bon début) qui s'y prélasse de pied en cap, je me disais :
Voila un roman d'humour charnel.
Et en lisant la chose, je me suis vite rendu compte que je n'avais pas tort : Un Mâle Sème La Terreur, c'est bien un roman d'humour charnel.
(Et là, tu te dis que je te prends pour un con en réécrivant quasi-à-l'identique le billet précédent mais non, je te rassure, pas du tout, c'est simplement qu'encore une fois, nous avons affaire à un texte tournant autour de la thématique du viol plus ou moins consentant alors autant ne pas se gêner et ré-utiliser les mêmes formules, ça va vite et ça m'arrange.)
Ainsi, dans Un Mâle Sème La Terreur, un peintre barbichu se voit affublé, par le plus grand des hasards, d'une réputation de satyre insatiable. Lui qui ne cherchait à la campagne que le calme propice à son inspiration, le voila désormais accusé par toutes les femmes du cru (et des régions avoisinantes) d'être un amant en série, un féroce de la bagatelle, un décapeur de petites culottes, un exité qui sauterait sur tout ce qui bouge. Car elles sont nombreuses à prétendre s'être fait husardées à la sauvage par notre artiste du dimanche, et l'auteur de noter au sujet de ces petites polissonnes :
" C'étaient pour elles le moyen de satisfaire un besoin d'évasion, de laisser germer et se développer la graine d'une fantaisie érotique. Être violée ! Elles en rêvaient toutes à côté du mari peu fréquent [...], les pucelles dans le lit où elles se sentaient rongées par une sensualité trop ignorante encore; sans parler des filles affranchies par quelques essais qui les avaient plutôt déçues.
- Quoi ! Ce n'était que cela !
Tandis que ce rôdeur à barbe roussâtre devait connaitre des pratiques qui vous secouaient de la tête aux pieds en passant par le lieu géométrique de la volupté. Aussi toutes, au réveil, se demandaient si elles sortaient d'un songe ou si vraiment elles avaient servi de proie à ce mâle ravageur. Elles mentaient donc, mais avec encore un peu de conviction, ne sachant plus faire de discrimination entre les courses inutiles après cet être lubrique et les fables de leur imagination en plein dévergondage, les réclamations de leur chair insuffisamment fêtée. "
Bref, c'est l'Après-midi d'un Faune revu et corrigé en comédie campagnarde, Nijinski agitant ses gambettes pour le compte d'Emile Couzinet ou bien encore l'affaire DSK en pleine France profonde, avec ses paysans idiots et ses filles élevées au grain.
Néanmoins, si l'ensemble se lit sans trop de difficultés, je m'y suis bien moins amusé qu'avec Pourquoi Pas Celle-Ci, autre roman de Jean Leblond, lui aussi publié en collection Paprika, lui aussi donnant dans le genre de l'humour charnel mais, pour le coup, foutrement mieux troussé que ce fort anecdotique Mâle semeur de semence.

TANT QU'IL Y AURA DES ZOBS

ELLE SAIT CE QU'ELLE VEUT, WILLY NEW
ÉDITIONS LE FÉTICHE, 1953

En regardant la couverture, le titre, le nom de l'auteur et la poupée pas tout à fait dénudée (mais c'est déjà un bon début) qui s'y montre de pied en cap, on se dit :
C'est un roman d'amour charnel.
Mais en lisant la chose, on se rend vite compte de son erreur. Car Elle Sait Ce Qu'Elle Veut, c'est un roman d'espionnage.
Avec, je te rassure, de gros morceaux d'amour charnel dedans.
Le héros s'y nomme Jack Norton. Et c'est un espion. L'agent numbeur ouno du Fédéral Bureau of Investigation. Présentement, il se trouve dans un train, en plein pays basque et direction Pampelune. Face à lui, bien assise sur la banquette, trône une mousmée tout ce qu'il y a de plus tonitruant, une nénette entièrement constituée d'un matériel de premier choix - matériel de premier choix que l'auteur va s'ingénier à nous décrire sous tous les angles et pendant de très longues pages.
Ainsi alléché par cette description épicée, notre agent secret en oublie carrément sa mission (qui consiste à récupérer de mystérieux documents en Espagne) et ne pense plus qu'à se farcir la gonzesse, subito presto. Il en a la gueule d'un Will Coyote affamé, apercevant dans sa ligne d'horizon ce grand Géocoucou de Bip Bip et lui préparant un nouveau piège ACME imparable.

Pas de chance, ça rate.
Car la gonzesse est une garce et la gonzesse est, le lecteur l'avait déjà deviné, une espionne ennemie !
S'en suivent donc 180 pages d'une intrigue qui voit Jack Norton traquer mollement la dame pré-citée, combattre quelques mastards poilus (Espagne oblige) et tomber de temps à autre quelques poulettes à gros parechocs et petites vertus (Espagne oblige).
Autant dire que l'on s'y emmerde copieusement.
À la fin, on apprend tout de même que l'espionne ennemie n'était ni espionne ni ennemie mais juste une journaliste très friendly que notre héros s'empresse alors de coucher dans son page pour y procéder à quelques palpations orgasmatiques.

De cette jaffe tiède et sans saveur, pas très éloignée qualitativement de certains romans La Tarente, je retiendrais néanmoins la petite explosion d'ultra mauvais goût à la fin du chapitre 8, un truc à réciter dans la rue (ou à publier sur un blog) afin de se faire traiter (insigne honneur !) d'affreux jojo phallo-salaud par tout le contingent des mémères MLF et des poulettes modernes dénuées d'humour et de légèreté.
Donc, dans ce chapitre 8, une danseuse de flamenco essaye de jouer un mauvais coup notre héros.
Ce dernier, sentant venir un rebecca bien salingue, satane directos la polka, lui arrache les vêtements puis se met à la travailler au corps, en pleine rue, et à grands coups de gourdin.
Traduction : il la viole, "brutalement, avec la vigueur d'un animal en rut."
Et là, il se passe ce qu'il se passe habituellement dans tous les romans pour mecs lorsqu'un viol se passe, c'est à dire qu'il se passe que la fille se met à apprécier ça !
"La femme devint consentante, suppliante. Révoltée au début, puis passive, elle rythmait son émoi avec le désir de celui qui la possédait."
Puis :
"La fille acceptait de plus en plus la loi du mâle. Avec ses bras [...], elle enlaçait le dos de l'homme, collant son ventre, forçant de tous ses muscles pour que le plaisir vienne plus rapidement."
Et enfin, elle déclare :
"- Tu vas me faire mourir, chéri..."
Mais chéri est un gros chameau et "l'air satisfait, dans une attitude orgueilleuse de mâle qui a vaincu, Norton s'arracha à l'étreinte de la putain qui cherchait à le retenir et lui murmurait à l'oreille des mots d'amour, car elle était définitivement conquise. Il se leva, rajusta ses vêtements, puis, jetant un regard narquois sur celle qui était toujours allongée dans l'herbe, il lança calmement, en articulant bien ses mots :"
"-... Cela n'empêche pas que tu es une salope..."
Quelle distinction ! Quelle classe ! Quel homme !
Et l'auteur d'en rajouter une ultime couche en faisant cracher son héros aux pieds de la gonzesse, humiliée... mais conquise !
Bref, Elle Sait Ce Qu'Elle Veut, c'est peut être chiant à 90 % du temps, mais ce chapitre 8, il n'y a pas à renauder, c'est un vrai bonheur, un déchainement cognitif (du verbe "cogner"), le parfait manuel du savoir vivre à l'usage des geinteul'mènes sensibles et modernes que nous sommes.
T'es pas d'accord ?

C'EST D'LA BONNE, BÉBÉ !

CULBUTES, JOHNNIE FAGG
NOUVELLE COLLECTION CITER, 1963

Ce fut par un gros coup de gluck, quelque chose de méchamment leaubich, que je mis la main sur le Culbutes de Johnny Fagg.
Je trainais mes compas au vieux marché de Bruxelles, la gueule morne et le larfeuille triste. Zonage intensif dans le secteur. J'enquillais en métronome décérébré les mêmes allées, les mêmes stands - parapluies, mobilier, vêtements, 33 tours, poubelles diverses, verroterie hors de prix - lorsque ma mirette gauche, sans même prévenir les ciseaux et le reste du maigre corps qui va avec, accrocha un bouquin qui (le pauvre !) s'ingéniait à extraire un coin de sa carcasse défraîchie du tas d'immondices auquel il se voyait déjà promis.
Johnny Fagg, Culbutes, que ça disait.
Et le dessin d'une chaste poulette vaguement salope pour t'emballer le tout. Sur le moment, j'en étais resté un peu interloqué, les chasses encore toutes troublées par les excès de bibine en solitaire d'hier soir. Au ralenti, le robo.

Johnny Fagg... Johnny Fagg... voyons...
Le "Fagg" de la personne, cul de cigarette ou préférence sexuelle, évoquait vaguement quelque chose à ma mémoire défaillante alors en pleine séance de sieste éthylique.
Fagg, Fagg, Fagg... Je repris conscience lorsque l'arabe responsable du stand se mit à gueuler à la cantonade "cinquante, cinquante, deux pièces un euro, allé, pas cher, pas cher ! "
Pas cher, certes, mais Johnny Fagg... Johnny Fagg...
Et ça m'est revenu d'un coup. J'avais déjà causé de lui sur ce blog. Sur le Müller-Fokker. Son roman n'était pas signé Johnny Fagg mais Regis Lary. Par contre, Johnny en était bien le narrateur. Il nous y expliquait d'ailleurs que son nom de famille signifiait 'dingue.'
Dingue mon cul, oui. Mais dingue tout de même. Dingue du cul. Dingue de la prose aussi.
Je tends donc le bras, saisi le machin, ouvre la chose.
"À Dorothy Pétard,
la seule femme qui subit mes étreintes sans s'avouer vaincue et sut me mettre à genoux, les drupes vides, le nerf détendu, le priape aux abois !
Mon souvenir ému, Johnnie Fagg."
Johnnie, pas Johnny. Mais sur le moment, je n'y prêtai pas attention. J'empochais le zinzin, en saisissais un second pour faire bon poids (un sexy-nazi, Jouet pour Guerriers aux éditions de la Pensée Moderne - elle a bon dos, la pensée moderne...) et filais mon euro au vendeur. Pour un peu, je lui aurai fait une grosse bise qui claque, à cézigue, tellement j'en avais la nénette dans tous mes états.
Johnny Fagg, bonhomme ! Réalises ! Réalises un peu...
MAIS RÉALISES BON DIEU !
Certains romans sont comme des Graals. Et certains Graals, eh ben, tu ne sais même pas qu'ils existent. La beauté de la vie. La surprise à chaque coin de rue. Le trésor dans chaque poubelle. Suffit de se pencher.
Johnny Fagg. Ou plutôt Johnnie Fagg, puisque c'est ainsi qu'il inscrit son nom dans ce roman. J'en tremblais. Mais déjà je reprenais ma lecture, en mettant les adjas.
Page 9.
Johnnie se repose dans une chambre d'hôtel.
Il vient de toucher des droits d'auteur pour son précédent ouvrage, Les Mémoires d'un Bandeur, et en dicte la suite à Pamela Stankow, son éditrice.

"Mais ma petite chérie d'Éditrice de mes couilles, faudra voir à t'occuper de ma queue pendant que je te dicte, car moi j'ai besoin de bander quand je parle à une femme ! "
Ainsi, branlé par Pamela, voila notre homme qui nous raconte comment, à tout juste seize berges, il devint donneur de sperme à plein temps dans la clinique du Docteur Cornélius Pedalus.
"Le Docteur Pedalus, comme son nom l'indiquait, était pédéraste."
Et le Docteur Pedalus, comme son nom ne l'indique pas, est barbu. Pour ceux qui ont pu lire le Une Belle Gonzesse de Regis Lary, c'est exactement comme jouer du piano debout. Ça veut dire beaucoup. Ça veut dire que Pedalus, sans prévenir la galerie, se met à sucer l'immense vit de Johnnie avant de promptement se faire entrouduculer par notre homme.
"Pardonnez-moi cher lecteur, j'étais jeune, je n'avais encore aucune idée du bien et du mal..." nous confira d'ailleurs ce dernier avant de ré-aiguiller sa torche brulante dans le droit chemin : le fourreau humide des jolies gisquettes.
Et moi, j'étais scotché, accroché, éclaté comme j'avais déjà pu l'être précédemment par Une Belle Gonzesse de Regis Lary. J'hallucinais, je prenais mon pied.
Chaque page, chaque phrase, chaque mot relevait d'un régal aussi ahurissant qu'enthousiasmant. J'en arrivais même à en savourer les espaces ponctuant chacun de ses signes constitutif du roman. Je me perdais dans la trame du papier que mon pouce moite faisait gondoler.
Tu te moques de ma pomme ? Essayes moi donc un peu ce bouquin.
Tu ne le trouve pas ? Alors imagines le Vernon Sullivan de Et On Tuera Tous Les Affreux qui, un jour de disette, se décide à torcher un roman bassement pornographique pour pouvoir répondre au blot de sa conso hebdo de coco.
Inventif mais fauché. Il ne raconte rien mais le raconte bien. Il se permet même un coup de rif gratos envers le nouveau roman à la Robbe-Grillet, page 29. Puis reprend l'écriture de son bouquin de cul, de son bouquin vulgaire, de son bouquin d'amour par devant par derrière comme si de rien n'était.
"Ma queue était superbe, semblable à un minaret damascène se dressant au-dessus de ses coupoles rondes."
Il se fait à la fois rude et poète, mais toujours débridé. Et jamais sérieux. Il anticipe en quelque sorte le meilleur de la Brigandine, la politique en moins.
"Ma fusée est prête à se satelliser dans sa chagasse " écrit-il lors d'une saillie. Puis d'envoyer la purée. Page après page, les même rengaines jouissives. Johnnie Fagg est un écrivain porno fou lancé à toute berzingue sur les touches de sa japy comme d'autres percutent des murs.

"Bander et foutre, c'était mon gagne-pain, " rajoute-t-il. Et de continuer, le mors aux dents, infatigable dans son œuvre de connerie sexuée jusqu'à un grand final aéroporté qu'il bâclera en maestro du je-m'en-foutisme rayonnant.
Bâclée, oui, la fin.
Car on ne lira pas sa conversation à l'Islam pour pouvoir troncher quatre gamines d'un coup tout comme on ne lira pas non plus la suite de ses ébats avec Dorothy Pétard en mode partouze les trous (copyright moi-même).
Mais on est heureux. Ou plutôt : j'étais heureux.
Et je le suis toujours.
Tous les soirs, de ces pages, je m'en frictionne le corps. En râlant. ENCORE ! ENCORE ! Et en me questionnant.
Qui a écrit ce chef-d'oeuvre ? Qui se cache sous ce pseudonyme multiple ? Johnny Fagg, Johnnie Fagg, Regis Lary...
S'agissait-il d'un pote à Eric Losfeld ? De Pierre Genève ? D'un dangereux malade échappé d'un asile ?
Peut être découvrira-t-on la vérité un jour...
En attendant...
ENCORE ! ENCORE !

RAYON QUI TUE ET SEXE EN KIT

COSAQUE-STORY, PAUL KENYON
EPP / EROSCOPE # 5, 1975

Troisième aventure de la comtesse / espionne / top model / milliardaire Penny S. - Pénélope Saint John Orsini pour les initiés - Cosaque-Story se présentait sous des auspices qui ne m'excitaient que très mollement l'éponge à phosphore.
C'est bien simple, les récits se déroulant derrière le rideau de fer, ça a plus tendance à m'engourdir le palpitant qu'autre chose. Heureusement (et pour suivre l'habituel adage Spillanien) le premier paragraphe du premier chapitre sut parfaitement capter mon attention.
Il s'agit d'une description de Pénélope par le menu. Et ce n'est pas du menu enfant dont je te cause. On a des formes et du charnel. on a surtout des chevilles "longues et fines et d'une ligne si mélodique qu'on songeait à un poème mis en musique."
L'affaire est dans le sac. C'est balourd et engageant, ridicule et séduisant.
Pénélope, la fille aux gambettes en tracé sinusoïdal non saturé, fait l'amour avec un cinéaste Norvégien de bis auteurisant puis se trouve lancée sur la piste d'un mystérieux rayon laser qui bousille du satellite russe et ricain.
"Très probablement un laser à gaz dynamique" nous informe un spécialiste en la matière, page 111. "On injecte un mélange de bioxyde de carbone chauffé dans un tube à une vitesse supersonique pour obtenir une réaction très puissante par laser."
Ça fait peur. D'autant plus que l'inventeur de ce super faisceau annihilateur se nomme le Professeur Thing.
Le blaze en impose. L'apparence aussi.
Chinois et albinos, il représente le super-vilain typique des productions Lyle Kenyon Engel : un être monstrueux, imbu de sa personne, affligé de quelques encombrantes tares physiques et gonflé du désir maladif de tout détruire.

"Il était extraordinaire. Sa silhouette décharnée et filiforme, étirée jusqu'à la caricature, semblait surgi des phantasmes mystico-morbides d'un Gréco."
N'oublions pas l'essentiel : dans l'orbite creuse de son œil droit scintille un rubis rouge !
Death is a ruby light, dixit le titre original - ou comme le veut la formule anglo-saxonne : God is in the details. Chez Kenyon, le gâteau est toujours sauvé par sa cerise.

Pendant ce temps, la comtesse traverse la Russie. Fait équipe (dans tous les sens du terme) avec Alexei, un espion communiste. Rencontre de méchants autochtones qui la violent sauvagement sous une tente.
L'auteur se permet quelques phrases audacieuses (" son sexe était armé, braqué et prêt à faire feu ") et nous éclaire, de la page 120 à 122, sur le passé romantique et professionnel de notre héroïne.

Les fanas de la série apprécieront l'ensemble à sa juste valeur. Les autres passeront leur chemin mais d'eux, on s'en contre-barbouille grassement l'œilleton lunaire.
Car Cosaque-Story, ça ne vaut peut être pas Opération Extase, ça ne vaut peut être pas non plus Dépravez-Moi Ça mais ça reste très distrayant et ça rempli largement son contrat : emballer du 220 pages de récit pornospionnage premier degré, sans valeur ajouté et sans autres fioritures qu'un style ampoulé, du sexe en kit et quelques menues idées rigolotes.
Je l'écrivais plus haut : c'est balourd, c'est engageant, c'est ridicule et c'est séduisant.
Et si ça ne te suffit pas, désolé, mais je ne peux rien de plus pour toi...

DU BÉBÉ NOIR SANS PLAISIR

JULIE LA ROUSTE, JUDITH GRAY
LA MOTARDE DE DIJON, NUMOS
ÉDITIONS DU BÉBÉ NOIR / PLAISIR, 1980

On trouve de tout dans les bouquins porno des éditions du Bébé Noir et de la Brigandine. Du recit fantastique au roman feuilleton, de la science-fiction débridée à la farce situationniste hilarante, le lecteur curieux s'y dégotera largement de quoi alimenter sa petite cervelle détraquée. Mais si il y a bien un genre qui truste la masse des 120 (et des poussières) bouquins publiés par cette double maison d'édition, c'est sans aucun doute possible celui du néo-polar léger, ou plutôt du detective novel parodique adapté au climat des années fin septante début quatre-vingt.
Feutre gris, imper' mastic, loulou de banlieues et combines de bourgeois en temps de crise.
Raymond Chandler dans Ciel Lourd, Béton Froid.
C'est l'imagerie d'Épinal du flic privé
, mec minable mais sympa, biberonnant du bourbon en attendant dans son bureau miteux, les pieds sur un bureau branlant, une hypothétique clientèle.
Et sa secrétaire sexy qui renaude contre son manque d'activité.
Et enfin le clille tant attendu qui débarque, avec sous le bras une tortueuse affaire de mœurs propre à remplir les 190 pages du bouquin en question.

Ce type d'ouvrage, aux éditions de la Brigandine et du Bébé Noir, on peut le dénicher dans les textes de Frank Dopkine, Luc Vaugier, Florent Massada ou encore Sebastien Gargallo.
Intrigue prémâchée, style réchauffé, ambiance rigolarde. Du Série Noire sans étincelles, même si suffisamment distrayant pour susciter une certaine sympathie.


Du coup, en ouvrant Julie La Rouste, signé par une certaine Judith Gray, pseudonyme masquant fort probablement un auteur bien masculin, j'espérai tomber sur autre chose que du sexy polar parodique.
D'abord, la couverture, et sa nana bardée d'accessoires improbables, Barbarella post-apocalyptique dans une prod' porno fauchée.
Ensuite, le premier chapitre et sa sacro-sainte scène de viol dans laquelle la victime, d'abord récalcitrante, humiliée, flagellée et troussée par un papy pervers sadique, prend son fade. "Elle comprit à l'humidité qui la gagnait que la jouissance était imminente."
Enfin, le chapitre suivant. La présentation au lectorat de son héroïne du jour, Julie Santiago, dit Julie La Rouste.

"Depuis deux ans, [elle] faisait partie du petit nombre d'agents triés sur le volet auxquels Lomax confiait les missions difficiles ou dangereuses."
L'air de rien, je jubile. Je m'imagine être tombé sur un roman de sexpionnage. Une combinaison de Gilles Derais et de Dick Wood. Le panard absolu, en quelque sorte.
Malheureusement, chapitre 3, tous mes espoirs s'effondrent. Julie La Rouste n'est ni plus ni moins qu'un porno polar Brigandinesque de plus. Rien à signaler. Julie enquête, Julie piétine, Julie baise, Julie flingue et enfin Julie triomphe.
En une heure trente ça passe très bien mais faut pas s'arrêter en cours de route sous peine de ne plus avoir suffisamment de motivation pour reprendre sa lecture.

Même topo pour La Motarde de Dijon et sa sauvage Platinette en couverture. C'est du bouquin de detective de cul, un peu plus formaté que le précèdent mais un peu plus énergique aussi dans son déroulement.
Le héros se nomme Francis Norton. Privé de son état, il est chargé par un mafieux à la retraite d'apprendre qui à tué le colonel Moutarde dans la chambre à coucher avec la corde à piano. Est-ce Mona, Ken, Liliane, Claudia ou Chris ?
Page 40, t'es fixé mais ça n'empêche pas l'auteur de poursuivre sa narration et ainsi, tel Julie Santiago dans Julie La Rouste, voila Francis Norton qui enquête, qui piétine, qui baise, qui flingue et qui, enfin, triomphe.

Entre les deux bouquins, c'est un peu le jeu des sept erreurs. Notons, pour l'exemple, qu'en page 50 de ce Motarde de Dijon, nous retrouvons l'exacte même scène de rançon qu'en page 172 de Julie La Rouste.
L'équation s'impose. Numos = Judith Gray ? Va savoir.
Dans tous les cas, Numos = Frank Reichert.

On découvre la chose au tout début du roman. Chapitre 2, page 17.

"Francis Norton se balançait nonchalamment sur sa chaise, les pieds sur son bureau. Il lisait une excellente bande dessinée, Ballades pour un voyou, en sirotant un verre de Jack Daniels."
Je te la fait courte : Ballades pour un voyou, c'est une bande qui paraissait dans Charlie Mensuel à la fin des années soixante-dix. Dessinée par Golo et scénarisée par Frank Reichert (alias, entre autres, Luc Azria, Luc Vaugier et Gilles Soledad), elle connut un album en 79 aux éditions du Square avant d'être reprise en 81 par Dargaud dans leur collec' BD Roman.
Un plus un égale deux, c'est toujours ça de pris : une nouvelle identité d'auteur apprise. Sur un doublet de 190 pages, ça fait pas bezef' comme rendement mais que veux-tu, la pioche ne peut pas être constamment excellente.
Et puis, soyons raisonnable : question litterature de délassement, celle qui n'a pour seule et unique prétention l'équarrissage temporel sans moulinage à outrance des méninges, j'ai ligoté bien plus tartignolle que ces deux bouquins-là.
Alors, deux Bébé Noir sans plaisir ?
Faudrait p'tet pas abuser, Robo !

LA POLITIQUE D'EN DESSOUS LA CEINTURE

LE DÉFI IMPOSSIBLE, BLAKELY ST JAMES
ÉDITIONS CARRERE / COLLECTION ROMANCE, 1985

D'habitude, je n'aborde pas de sujets politiques sur ce blog. C'est mal poli et puis, ce n'est pas mon créneau. Comme l'écrivait Pierre Genève, "la droite, la gauche, quand je m'y suis intéressé, c'étaient celles de mon boxeur favori."
Mais cette fois, l'occasion était trop belle.

Je veux dire : reluques moi un peu cette couverture ! Une blonde qui écoute l'océan. Magnifique ! Ses petits roberts sont barrés par une bande noire. Sublime ! Mais l'essentiel - oui, l'essentiel ! - se déroule un peu plus haut. Très exactement dans la bande bleue, qui figure au dessus de sa tronche.
LES DESSOUS DE LA POLITIQUE AVEC KRISTINA !
Le programme est alléchant, tu trouve pas ? De la politique et du cul. pourquoi personne n'y avait pensé avant ?
Je ne parle pas des éditions de la Brigandine et de leurs superbes farces
porno-polars mais de choses plus concrètes, plus directes.
Par exemple : Les Pensées de François
Mauriac présentées par Pamela Anderson. Ou bien l'intégrale des œuvres de Mitterrand en collection Playboy. Ou encore les éditoriaux polémiques de Minute illustrés par des transsexuels, les grands discours de Pierre Poujade en roman-photo cochon, le petit livre rouge de Mao en fumetti elvifrance.
Rien que d'y penser, ça me fait saliver.
Ah oui, ça, ça aurait intéressé les masses et la fente des urnes s'en serait retrouvé toute tourneboulée... surtout lorsqu'un programme politique se voit énoncé avec l'implacable fermeté des deux phrases suivantes, page 28 :

"Tu veux que je t'enfonce ma grosse bite dans le cul. Tu veux que je te baise jusqu'à ce que ta fente en soit rougie."
Mais Les dessous de la politique avec Kristina, ce n'est pas seulement de l'action militante, c'est aussi un roman dans lequel le débat à sa place.
En témoigne ce profond échange d'idées, en page 114 :

"- J'aime le goût de ton sperme dans ma bouche. J'aimerai que tu m'en remplisse la chatte.
- Moi, c'est ton cul que j'aimerai remplir."
Comme tu peux le remarquer, il y a conflit. L'opinion est divisée sur cette question d'oignon. Deux conceptions s'opposent. S'en suit donc une demi-page de palabres constructifs qui aboutissent finalement à un accord des deux parties - accord que Kristina résumera ainsi :
"[...] s'il te plait, encule-moi. Défonce-moi. Bien profond..."
Mais j'imagine que certains d'entre vous s'interrogent. Face à cette dialectique cryptique faite de chibres et de chattes s'interpénétrant, le lectorat peut voir ses convictions mollir.
Car ce Défi Impossible, au final,
est-ce un roman de gauche ou bien un roman de droite ?
Question ardue, d'autant plus que la lecture de ce pamphlet romancé en rose gland n'est pas des plus aisée. Aux toilettes, on a tendance à sauter des pages...
Néanmoins, si je dois donner mon avis, aussi impartial qu'éclairé, j'écrirai qu'il s'agit d'un roman d'extrême centre.
Un
extrême centre fier et noueux, dur et d'acier, orgueilleusement dressé et prêt à tout emboutir dans sa conquête du pouvoir. Mais surtout, un extrême centre qui promet et qui, à l'arrivée, offre plus que ce qui était prévu. Un extrême centre généreux et prodigue, magnanime et besogneux.
En témoigne ce passage, page 29 - alors que Kristina réclame à l'élu de son cœur de ne pas regarder à la dépense dans la mise à exécution de son programme ("Donne-moi tout [...] donne-moi tout ce que tu as"), ce dernier lui répond :
"Tu l'as, baby. Tu l'as bien. Mais ce n'est pas mon doigt ou ma bite. C'est mon poing que je t'ai enfoncé dans la chatte."
Poésie et politique.
L'électorat visé par ce type d'oeuvre appréciera très certainement ce fist final.