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CRÉTIN ET FIER DE L'ÊTRE !

RENDEZ-VOUS À SAN-FRANCISCO, G. DE VILLIERS
PLON / S.A.S. # 5, 1966

Qui est le plus crétin dans l'histoire ? L'auteur ou son personnage ? Le choix est duraille. 
D'un côté, il y a Gérard de Villiers, star incontesté de la littérature pour hommes, négrier ultime du roman de gare, unique milliardaire du genre. 
De l'autre, c'est le prince Malko Linge, alias Son Altesse Sérénissime, "Chevalier de l'ordre des Séraphins, Margrave de la Basse-Lusace, grand Voyvode de la Voyvodie de Serbie, Maître de l'ordre de la Toison d'Or, chevalier de droit de l'Aigle Noir, comte du Saint-Empire Romain, Landgrave de Kletgaus, bailli d'honneur et de dévotion de l'ordre souverain de Malte [et] barbouze hors-cadre à la Central Intelligence Agency, section Action."
Ou comme le chantaient les Coco-Girls du Collaro-Show : "ce mec est too-much, ce mec est trop."
Entre les deux, se trouvent les bouquins. 
De sacrés morcifs.  
Surtout ce Rendez-Vous À San-Francisco, cinquième volume de la série. Avec ses 320 pages au compteur, il enfonce largement la concurrence des besogneux du 190 pages réglementaires à 3 francs la livrée. C'est du luxe. Sans compter que De Villiers, comme à son habitude, s'applique à calquer son style sur celui, efficace et distingué, des brutes de la Série Noire - Chandler et Chase en tête. 
Malheureusement, si les leçons ont été correctement ingérés, le résultât laisse à désirer. Les tentatives de bons mots tombent régulièrement à l'eau et son art de la formule ne fait jamais mouche.
Mais qu'importe. Ne jouons pas les difficiles car il y a l'intrigue. Un truc propre à te foutre la matière grise en ébullition, façon Du Rififi En Californie, si tu vois ce que j'veux dire.
Résumons : San-Francisco est plongé dans une drôle de mêlasse. 20 % de sa population est devenue dingue - ou plutôt : 20 % de sa population a viré communiste, comme ça, sans prévenir, du jour au lendemain. Fini les réunions tupperware et les virées en 4x4, place aux meeting politiques et aux films d'art et d'essai. Pire, 2 agents du F.B.I. ont eux aussi chanstiqués de bord. Gros drame.
"Un silence horrifié s'abattit sur l'assistance. En trente-cing ans d'existence, le F.B.I. n'avait connu que deux traîtres, et encore l'un d'entre eux était un Noir."
Bref, l'heure est grave. Afin d'éclaircir cette semoule chelou, Malko (accompagné de ses gardes du corps Milton Brabeck et Chris Jones) est envoyé en Californie et Gérard de Villiers se permet son premier placement produit.  
Nous sommes à la page 45, Malko a besoin d'une voiture. Il s'en va en louer une chez Hertz (bruit de caisse enregistreuse) puis, tant qu'à faire, drague l'employée, une magnifique franco-sino-tahitienne à grosses loches et petite personnalité. La suite du programme est connue de tous : restaurant, discothèque et chambre d'hôtel. Puis, harassé par ses prouesses sexuelles, Malko s'endort comme un bienheureux.
"Il ferma les yeux avec une gros soupir de reconnaissance pour la maison Hertz."
(nouveau bruit de caisse enregistreuse)
Le reste du bouquin s'étire paisiblement. Malko passe son temps au plumard, les 20 % de la population de San-Francisco brûlent leur ville dans des séries d'émeutes assez peu spectaculaires, Gérard place l'habituelle publicité pour la Scandinavian Airline System (alias la S.A.S., "la seule compagnie qui va à la fois aux Etats-Unis et dans les pays derrière le rideau de fer."), un chat aux griffes imbibées de curare par un blanchisseur chinois se fait dézinguer par Milton et Chris (les gardes du corps) et deux soeurs jumelles démoniaques (car Chinoises) trucident la magnifique franco-sino-tahitienne à grosses loches et petite personnalité de chez Hertz, ce qui force ainsi Malko a sortir de son pieu et a reprendre son enquête.
Enquête qui se résume alors à tirer à vue sur tout blanchisseur et soeur jumelle de type asiatique arpentant le secteur. 
Inutile de dire que cette brillante stratégie porte rapidement ses fruits et permet à Malko de débarquer dans la base sécrète des méchants bridés.
Et là, c'est la grosse révélation du bouquin, l'astuce qui te fout sur le derche, le machin maousse qui te laisse baba.
La lobotomie communiste des 20 % d'habitants de San-Francisco ? C'était bien simple. Nos vilains Chinois avaient en fait infiltré une station locale de télévision et, ni vu ni connu, ils y diffusaient des films. Mais pas n'importe quels films. Pas du Jean-Luc Godard ou des bidules de cet acabit à te faire ronquer tout individu capitaliste normalement constitué. Non, non. Du certifié 100 pour 100 pur jus américain. Publicités, feuilletons, westerns... 
"Je ne vois pas ce que ça a de subversif" remarque une huile de la police.
Heureusement, Malko est là pour lui expliquer :
"[il] prit la première bobine et commença à l'examiner image par image, à la lueur du projecteur. Il n'eut pas à aller loin. Au bout de quarante centimètres environ, il trouva une image qui ne se raccordait pas aux autres. Il y avait une simple phrase qu'il lut à l'envers à haute voix :
Le communisme vaincra.
[...] Vingt-cinq images plus loin, le même slogan revenait, et ainsi de suite jusqu'à la fin de la bobine."
Faisons court. Les films sont alors retirés de la circulation et tout redevient normal à San-Francisco.
The End.
Quant à la question qui ouvrait ce billet, c'est toujours aussi duraille de trancher. 
Qui est le plus crétin dans l'histoire ?
Le lecteur, peut être.

RÉGRESSION À MAIN ARMÉE

L'HOLOCAUSTE CALIFORNIEN, DON PENDLETON
PÉRIL EN FLORIDE, DON PENDLETON
FUREUR À MIAMI, DON PENDLETON
GDV / L’EXÉCUTEUR # 45, 46 & 48, 1983/84

Pour le lecteur décérébré que je suis, c'est toujours un maousse plaisir que de s'envoyer en plein été une triple ration d'aventures viriles en provenance directe de l’Amérique reaganienne des années 80.
En fait, c'est un peu comme de s'ouvrir un pack de 33 export bien tièdes et bien secouées, un après midi ensoleillé, dans un parc au gazon constellé de déchets plastiques et de crottes fossilisées. Cette même sensation d'un bonheur bon marché, à la portée du premier gogo venu et pourtant si inaccessible au commun des mortels, cette bande de nazes qui, sous les conseils des numéros estivaux des revues littéraires, préfèrent investir dans ces putains de polars norvégiens et autres pavés prétentieux à 30 euros la ramette de 500 pages.
L’Exécuteur, lui, ne paye pas de mine. Ne coute pas lerche non plus. Ni à produire, ni à consommer. C'est du discount usiné à la chaine et qui affiche fièrement son systématisme dès la couverture.
Une poulette denudée au dessus d'un titre interchangeable, basé sur cette imparable équation du roman populaire qui combine un mot violent avec une indication géographique.
Résultat instantané sans trop se fouler : Massacre à New-York, Carnage Canadien, Destruction à Berlin, Atomisation Napolitaine ou encore Choucroute garnie chez Grand-Mère.
Le programme du bidule est aussi limpide que ce qu'évoque le sur-blaze du héros mis en scène. Lorsque l'on s'appelle L’Exécuteur, on n'est là ni pour cueillir des pâquerettes, ni pour conter fleurette... mais plutôt pour faire bouffer les pissenlits par la racine à ses ennemis.
Un secteur d'activité qui ne connait pas la crise.
Après 38 numéros passés à dézinguer du rital mafieux, Mack Bolan, dit L’Exécuteur, est racheté par les éditions Harlequin, via leur filiale Hunter, spécialisée dans la litterature virile, et chanstique de cible.
Fini les magouilleurs moustachus, place à l'extermination des terroristes de tout poil et toute obédience.
"En abandonnant sa guerre personnelle contre la Mafia, Bolan n'avait pas songé un instant à jouir enfin d'un repos bien mérité. Au contraire, il avait délaissé un ennemi pour mieux s'acharner sur un autre, plus insidieux, plus redoutable encore : le terrorisme.
Un monde où s'opposent les races, les religions, les idéologies, offre un terrain  idéal pour les fanatiques, paranoïaques, mégalomanes cherchant à semer la terreur parmi leurs frères humains. Et depuis trop longtemps, des bandes de ces nouveaux cannibales, agissant souvent sans idéologie ou politique cohérentes, tenaient le monde en alerte, laissant les pays libres impuissants devant la montée inexorable de la violence.
L'heure avait donc sonné pour Mack Bolan d'entrer dans l'arène..."
Mais revenons-en à la triple ration du jour. Je débute avec L'Holocauste Californien (en V.O. : Flesh Wounds).
Mack Bolan et sa petite amie, Rose d'Avril (ça fleure bon le Harlequin, ça !) y combattent une joyeuse bande de réactionnaires d'extrême-droite qui fument des joints tout en écoutant Pink Floyd.
Sacré cocktail.
Mais on est pas là pour finasser.
L'auteur, un certain Ray Obstfeld, enchaine les chapitres comme d'autres empilent les niveaux d'un shoot'em up retro. Il a la plume ultra-balourde (chez lui, les voitures freinent constamment des quatre roues !) mais s'exerce parfois (et avec un certain talent de scribouillard anémique) à la douce poésie du plomb brulant qui déchire implacablement la viande des corps honnis.
Ainsi, en page 40 :
"les balles dessinèrent un trait vertical parfait depuis le bas de son sternum jusqu'à la naissance de son cou, le thorax du gars s'ouvrit béant, comme une orchidée à l'instant de sa floraison."
Un peu plus tard, page 126, c'est un nouveau thorax qui, sous le coup d'une nouvelle rafale verticale, s'ouvre cette fois "comme une grenade bien mûre."
Quant au boss de fin, un vilain espion soviétique ayant projeté de bazarder une pluie de napalm sur un festival de country-rock, il a droit, page 201, à une balle de Beretta en plein dans la tronche. Résultat : sa gueule s'ouvre alors "comme un feu d'artifice de chair, d'os et de sang mêlés."
C'est beau.

Tout aussi bas du front, Péril en Floride (Paramilitary Plot, signé Mike Newton) s'affirme dès ses premières lignes comme un super-hit de la littérature commando.
C'est bien simple, dans ce bouquin, il n'y a pas d'histoire. Ou plutôt : pas de scénario. Juste 220 pages de Mack Bolan qui fait tonner, au fin fond des Everglades, son Beretta, son Auto-mag et son M-16 modifié.
Blam blam blam ! Tchaka-tchak ! Badaboum !
Face à lui, un trio de méchants machiavéliques et leur armée de mercenaires patibulaires. Les affreux séquestrent un vieux scientifique et menacent de répandre sur Saint-Domingue un virus mutant issu du bacille de la peste. Heureusement, à la toute fin, ils sont réduits en bouillie par notre héros chevauchant gaillardement un hélico. Ra-ta-tat ! Tchaka-zooooum ! Méga-boum !
Le style rappelle particulièrement celui des premiers Don Pendleton, avec ces longs paragraphes emphatiques et ces phrases qui t'en foutent plein la vue, façon "une fois de plus, Mack Bolan avait rendez vous avec l'Enfer" ou encore : "Il avait rendez-vous avec des prédateurs infiniment plus dangereux que les grands fauves qui hantent la jungle. Il avait rendez-vous avec le mal, l'injustice, la violence..."
Que du bonheur !
Les amateurs des Exécuteurs # 10 (Châtiment aux Caraïbes) ou # 25 (Le Commando du Colorado) seront largement rassasié, question infiltrations, explosions et dézingage de masse.
Je termine rapidement avec Fureur à Miami (Blood Dues, toujours signé Mike Newton). Des trois, c'est le moins distrayant. Bolan s'y farci des truands cubains et des mafieux à moustache comme au bon vieux temps des années 70... et c'est justement là que le bat blesse. Ça ne vaut pas Typhon sur Miami (L’Exécuteur # 4, auquel ce volume fait souvent référence) et c'est parfois presque aussi mauvais qu'un épisode signé Gerard Cambri.
Surtout, ça manque de blam blam blam, de ra-ta-tat, de zoum-zoum-whaap, de takataka-brrraaap-a-bam et de fiouuuu-kraaaakaaatchoum-bim-boum, bref, ça manque de punch.
Et là, pour le coup, j'ai envie de dire : Aaaarg !

ESPION D'AVRIL : ON CLÔTURE !

Et on clôture avec deux jours de retard. La faute à bibi, ce mec pas sérieux qui picole un peu trop. D'ailleurs, il vient tout juste d'ouvrir sa deuxième pils 365 (40 centimes le demi-litre) de la soirée histoire de voir si l'inspiration ne se trouverait pas en son fond et... attends... laisses-moi y zieuter un coup de chasses...
...et m'en jeter une p'tite gorgée dans le cornet...
...et
...
Hum. Voila. Oui, ça va mieux.
Donc en Avril, je n'ai pas causé de pleins de trucs, faute de temps et autres excuses lambda, mais je vais essayer de tout rattraper en un seul billet montre en main et binouze dans l'autre.
Posture douloureuse pour le tartineur de billets numériques que je suis. Imagines : je tape du clavier avec le nez - aïe - et fais donc excuse si une faute d'azertisme se glisse sournoisement dans les paragraphes qui suivent : c'est mon pif qu'aura mal visé.
Donc, je reprends :
En Avril, je n'ai pas causé de Francis Coplan, dit FX-18, et qui fut au Fleuve Noir ce que Hubert Bonisseur de la Bath était aux Presses de la Cité : l'espion en chef, la star de l'écurie, la vache-à-lait / caisse-enregistreuse du poche d'agents secrets à 250 pages mensuelles.
Je lui rend donc hommage avec ces trois vignettes, extraites de l'affiche Thaïlandaise pour le film Coplan Agent Secret FX-18, réalisé en 64 par Maurice (la) Cloche et interprété par le monolithique Ken Clark.

Notons par ailleurs que Maurice Cloche tourna, l'année suivante, une adaptation du roman Silence, Clinique ! d'Eddy Ghilain, Baraka Pour X-13, et dans laquelle on peut voir Gérard "San-A" Barray et Sylvia "Mala" Koscina combattre de méchants communistes dans un hôpital suisse.
Je ne sais pas vous mais moi, ça m'allèche, et pas qu'un peu !


En Avril, je n'ai pas non plus causé de La Louve Solitaire, une espionne atypique lancée fin 66 / début 67 par Plon dans leur collection de romans pop' fourre-tout, celle-là même avec la couverture blanche et photographie xeroxée ou dessin à l'italienne et qui mélangeait pèle-mêle du Hadley Chase, du James Bond, du Gugusse le Breton, du Michou 'over-rated' Audiard, du Gérard de Villiers et diverses autres choses de cet acabit bien particulier.
Les aventures de la Louve Solitaire étaient écrites par un certain Albert Sainte-Aube et mettaient en scène Françoise Dilmont, poupée sixties distinguée et sur-réelle. Elle vient du cirque, travaille dans la publicité et mène une vie quasi-ascétique. À la lecture du premier volume de ses exploits, on pense à un variation féminine du personnage qu'interprétait Alain Delon dans Le Samouraï de Melville. L'imper'mastic y est remplacé par une tenue de souris d'hotel - mains gantées, visage encagoulé, c'est Diabolik rencontrant la Musidora des Vampires de Feuillade.
D'ailleurs, les trois premières couvertures, mises côte-à-côte, évoquent imperceptiblement la célèbre affiche exécutée par Maurice Harfort pour la promotion de ce classique du cinéma muet.
La suite, par contre, est bien moins folichonne. Je vais l'écrire très simplement : sur la longueur, La Louve Solitaire est une série qui déçoit puis ennuie.

En avril, et je vais terminer là dessus, je n'ai pas causé de quelques romans, comme les trois ci-dessus.
Je passe rapidement sur les deux premiers :
Un agent Trop Voyant, signé Gil Brehat et publié à la SEG en 1963 est ultra-chiantissime (mais la couverture de Brantonne est très jolie) et L'Homme De C.R.A.N. signé Charles Ewald (alias ce satané barbu de Martin Meroy) pour le compte des presses Martel est plein de bonne volonté mais manque à plusieurs reprises sa cible, celle d'un épisode de James Bond ultra-décomplexé et super délirant. En l'état, on se retrouve avec un bidule mal fagoté, écrit à l'emporte-pièce et le cul entre deux chaises.
Par contre, Les Trois Scorpions (auteur : Rholf Barbare, collection : Ernie Clerk Espionnage, numéro : 10, date : 65) est hautement recommandable.
C'est du 220 pages qui passe comme un bolide lancé à toute berzingue. Intrigue simple, style brut, écriture travaillée, personnages attachants. Notons néanmoins que le politiquement correct n'est pas vraiment de la partie. On y cause Algerie ex-Française et ça saigne au portillon.
Quant à l'auteur, il s'agit en réalité de Vladimir Volkoff, bien connu des lecteurs de la Bibliothèque Verte pour sa série des Langelot, et qui s'essayait ici à l'espionnage populaire pour adultes naïfs. Ce fut son seul et unique essai dans le genre. C'est con. j'aurai bien lu d'autres aventures de ce commando des Trois Scorpions, héros barbares mais justes, comme nous l'explique l'auteur en page 219 :

"Ils se font horreur à eux-mêmes, car ils ont versé le sang, beaucoup de sang.
Mais aussi, ils exultent, car ils savent qu'ils ont lutté loyalement. Qu'ils ont fait oeuvre utile. Que, dans un monde en balance entre l'anarchie et la tyrannie, ils ont fait triompher l'ordre."
Et je m'arrête là. J'ai encore pleins de trucs sous le coude mais nous sommes en Mai, et c'en est fini les agents secrets.
J'dirais même plus : Espion d'Avril, mission terminée.
Alors, wham ! bam ! merci madame ! et rendez-vous dans deux-trois jours, le temps que je recharge les accus.
Robo - Tango - Bravo / Over /

L'EXÉCUTEUR FRANÇAIS # 1 : GÉRARD CAMBRI

L'OPÉRATION TEXANE, DON PENDLETON
PLON / L'EXÉCUTEUR # 56, 1985

En 1982, Gérard de Villiers terminait l'importation en français des 38 premiers Exécuteurs originaux.
Pour le lecteur, qu'il soit Français ou Américain, la coupure a son importance. C'en était désormais terminé de la mafia. Don Pendelton vendait sa boutique et son enseigne à Hunter, la filiale virile de ces gonzesses d'Harlequin. Après 8360 pages d'exterminations brutales, de destructions massives et de mitraillages effrénés, Mack Bolan changeait de structure.
Fini le blitzkrieg en free-lance, place au boulot de commando pour l'Oncle Sam. Les truands moustachus bouffeurs de spaghetti, notre héros venait tout juste de les annihiler sur 15 générations et des poussières. La place était nette, il y fallait du renouveau.
C'est ce que fit Hunter. L'Exécuteur devenait vengeur planétaire, avec une préférence pour les pays sous développés.

Vous quittez Mafia-City, merci de votre visite.
Prochain arrêt : Terrorisme international.
Population : ça devrait fortement décliner le mois prochain.
Mais du coté de chez Gérard de Villiers, on ne l'entendait pas vraiment comme ça. Ce changement de cap, ça chamboulait sévère la formule maison. Et si ça continuait, son altesse sérénissime le prince Malko n'allait pas tarder à se faire méchamment marcher sur les plate-bandes.
La concurrence, contrairement à ce que l'on peut dire, c'est mauvais pour le commerce. L'Exécuteur international, avec sa cargaison de canons et de munitions, il débarquait comme un chien dans un jeu de quille dans l'affaire. Son shoot-em-up littéraire ravageant des contrées moyen-orientales, ça sentait salingue pour le bizness GdV. Sans compter le lecteur franchouillard qui, bien habitué à son déssoudage mensuel de ritals à la demi-douzaine par cageots, se voyait alors attribué sans en être consulté de l'arabe revendicateur dans sa publication favorite en guise des figurants homologués.
ouais, visualises sa tronche :



J'AI DEMANDÉ UNE PIZZA, PAS UN KEBAB, MERDE !

Pour de Villiers, il ne restait donc qu'une seule solution. Embaucher un auteur français. Et surtout : lui faire usiner de l'Exécuteur comme avant. De l'Exécuteur qui zigouille du mafieux. De l'Exécuteur à la papy.
Cet auteur, ce fut Gérard Cambri.
Comme quelques autres, il traquait le filon depuis plus d'une décennie mais il avait pour lui quelques avantages. Il aimait photocopier, il venait d'être viré par le Fleuve Noir et il était tout prêt à rempiler pour dézinguer du pourri via sa machine à écrire.
L'opinel entre les dents, le contrat dans la pogne, il s'attaqua ainsi à sa mission.
À la manière d'un comic What If de la Marvel, l'Exécuteur Français venait de naitre.
Première case : le Gardien, toujours aussi chauve, vêtu de sa seule toge romaine mais à l'allure très digne, et posant cette question brulante : ET SI MACK BOLAN N'AVAIT PAS ARRÊTÉ DE BUTER DE L'IMMIGRÉ ITALIEN ?
J'ai une cinquantaine d'exemples dans mes cartons mais je vais te la faire simple. Je n'en prend qu'un seul. D'autres viendront peut être. Celui-ci, d'exemple, c'est le # 56. L'Opération Texane.
Un beau morceau.
Gérard Cambi, alors déjà signataire de 6 Exécuteurs fort minables, nous sort le grand jeu.

J'ai dis que je faisais simple, je fais simple : Tu connais Ikea ? OK.
Alors, imagines ça en version littéraire dans une boutique discount.
"Dis au revoir à tes couilles et prépare-toi pour le grand saut."
Les phrases sont en kit et l'intrigue suit la cadence. Son Opération Texane, à Gérard Cambri, c'est du deux-en-un - un mélange de Panique à Philadelphie (L'Exécuteur # 15) et du Masque de Combat (L'Exécuteur # 3). Pour faire bonne mesure, notre bricoleur de roman de gare du dimanche y adjoint quelques bribes du Siège de San Diego (# 14 : une apparition du Death Squad) et quelques pincées sensuelles de Violence à Vegas (# 9) en la présence de Toby Ranger, la nana du FBI qui aime à se fringuer country.
Cambri, on ne pourra pas lui retirer ça, ronéotype son turbin amoureusement. Et il n'oublie rien dans la tambouille. Le fils du capo dans le # 15 se nomme Jack le Gosse ? Qu'à cela ne tienne. Dans l'Opération Texane, c'est Frank le Gosse. Même comportement, même mort. Idem pour l'allié providentiel, le petit mafieux coquebin. Benny Peaceful devient Max Charley.
Cambri pompe à tout va. Des scènes entières, sans finesse et sans s'en cacher. On en vient même à se demander pourquoi donc qu'il l'a écrit, son bouquin.
Pour la thune, OK.
Mais à ce niveau, ce n'est plus du plagiat, c'est du montage à la photocopieuse.

Cambri-Pendleton singe donc Pendleton-Pendleton. Il le singe jusqu'à se fondre moelleusement dans son ombre. Plus besoin d'astiquer les touches de la Japy, il ne s'agit désormais que de régurgiter à la gueule du lecteur les mêmes schémas, encore et encore.
Malheureusement, comme si tout cela n'était pas déjà suffisant, l'art mimétique de Gérard Cambri accuse de nombreuses cassures dans sa quête d'une fluidité originelle. On y trouve bien quelques "nuées de frelons rageurs" et autres "courtes giclées d'ogives rageuses" pour faire frémir le peuple mais les détails, plus importants sur la longueur, regorgent d'erreurs.
Des détails comme, par exemple, s'échiner à nommer "amici" les membres de la mafia ou encore ne pas savoir écrire correctement Striker, le nom de code para-militariste de l'Exécuteur.
Quant au style, pourtant rudement bien étudié question grossièreté brutale (cf. la citation du dessus, en gros), il lui manque toute l'efficacité propre à l'auteur imité.

Où sont les petites phrases qui font mouche ? Du coté de chez SCUM, certainement.
N'est pas Don Pendleton qui veut. On le savait déjà. Mais toutes ces preuves supplémentaires que Cambi nous apporte demeurent sacrement éprouvantes. L'Opération Texane, c'est 220 pages d'emmerdement total, car déjà expérimenté ailleurs. Le lecteur ne baille pas d'ennui, il a simplement envie d'exterminer le responsable du marasme qu'il vient de s'enquiller deux heure durant.

Terminons donc sur une note joyeuse.
En 2004, après avoir sévi sur presque 100 volumes de la collection, Gérard Cambri se retrouva débarqué de son job par Gérard de Villiers. L'infortuné auteur pondit alors, sur son site perso et sous pseudonyme, une diatribe vengeresse intitulée Arnaque et Harlequinade.
Pourtant, l'arnaque et l'Harlequinade, c'en était bien lui le coupable, en torchant de pareils bouquins.
Je n'avais pas osé précédemment mais je me le permets aujourd'hui :

Gérard Cambrise les couilles.

LE BARBARE ET LES NYMPHOS

LA HACHE DE BRONZE, JEFFREY LORD
LE GUERRIER DE JADE, JEFFREY LORD
PLON / BLADE # 1 & 2, 1976

De toute la masse des séries produites sous l'égide de Lyle Kenyon Engel, Blade est sans aucun doute possible la plus célèbre en France.
Publiée dès 1976 par indécrottable Gérard de Villiers (alors à la tête d'un empire éditorial en pleine expansion) et reprise après ses 37 premiers numéros US par une équipe d'auteurs français, la série accuse de nos jours une santé de fer avec près de 200 épisodes parus.
Pareil parcours, je l'aurai bien souhaité à Penny S. Malheureusement, dans nos contrées, ce fut Blade le plus chanceux représentant du catalogue Kenyon.
J'aimerai bien m'en plaindre ici-même, te raconter mes improbables fantasmes littéraires (200 épisodes de Penny S. !) mais ce n'est pas tout ça, nous sommes le 31 décembre, j'ai un paquet de bières à descendre alors n'atermoyons pas et passons sans plus attendre au plat du jour.

Donc, Richard Blade, pour te la faire courte, c'est une sorte de Nick Carter anglais (soit une sorte de James Bond Lyle Kenyonisé, si tu m'excuses ce menu barbarisme) que l'on fout dans un super-computer et qui se fait recalculer la tronche en une version 3.0 de Conan le barbare.
Et en route vers de nouvelles aventures !
"[...] son cortex cérébral avait été si brouillé qu'il avait à présent la possibilité de percevoir un monde totalement diffèrent. C'était un monde réel, tout comme lui-même, qui existait cependant dans une autre dimension."
Ainsi, transporté dans d'autres dimensions (pourquoi ? parce que !), voila Richard Blade torse nu, muscles huilés, pectoraux saillants, regard gris acier, traversant avec insouciance les divers tableaux d'une héroïc-fantasy de super-marché, territoire ultra-balisé et qui, à l'époque, se faisait déjà bétonner dans la crétinerie absolue par John Norman et son cycle best-seller, Les Chroniques de Gor.
Richard Blade, c'est donc Nick Carter imitant Gor et le résultat, bien qu'extrêmement frustre, n'est pas forcement déplaisant.

Dans La Hache De Bronze, tout premier volume de la série (signé par le grand Manning Lee Stokes, caché sous le pseudo maison de Jeffrey Lord), Richard Blade est envoyé bien malgré lui dans la dimension de Alb.
(Alb comme Albion mais abrégé de trois petites lettres. Subtil, n'est-il point ?)
Il y rencontre de gros barbares, quelques sorcières bizarres, des pirates écossais et des donzelles nymphomanes.
"En Alb, la nymphomanie devait être la même qu'à Londres."
Forcement. Dans les productions Kenyon, la nymphomanie est toujours de mise.
Il y fait aussi la connaissance d'une pauvre princesse sans défense, d'un gueux débile qui deviendra peu à peu son sidekick comique et d'une mystérieuse magicienne qui, tout en lui suçant le membre noueux page 187, lui déclarera :
"Ah Blade, si l'on pouvait concevoir ainsi j'aimerais que tu me fasses un enfant par la bouche."

Je copie-colle pour les étourdis :
"Ah Blade, si l'on pouvait concevoir ainsi j'aimerais que tu me fasses un enfant par la bouche."
Une petite dernière pour la route :
"AH BLADE, SI L'ON POUVAIT CONCEVOIR AINSI J'AIMERAIS QUE TU ME FASSES UN ENFANT PAR LA BOUCHE."
Merci monsieur Manning Lee Stokes pour cette perle dont je ne me lasserai jamais.

A part ça, le roman est mollement structuré en une suite de scènettes héroïco-érotiques, poussives et grotesques. Blade se balade à loilpé dans la foret, Blade combat des méchants à la hache, Blade défonce des ours geants, Blade se farci des greluches peu ragoutantes, Blade fait des discours pompeux devant pleins de gugusses musculeux, etc, etc.
Le lecteur, quant à lui, se pose deux questions :
1 ) pourquoi que je lis cette connerie ?
2 ) est-ce que Blade, il va enfin se la taper, la pauvre princesse sans défense, qu'en plus elle est vierge la gueuze, bordel de pute !
Je n'ai toujours pas de réponse à la première question mais pour la seconde, je te rassure tout de suite, ce sera un OUI retentissant.

Quant au Guerrier De Jade, deuxième épisode de la série (et toujours écrit par Manning Lee Stokes - faisons vite, j'ai soif), c'est exactement la même chose. On remplace les Albiens et leur bronze par des Mongs et du jade, le sidekick comique devient un cul de jatte pas drôle, un nain énigmatique traine dans les parages et notre héros ne fait reluire aucune princesse vierge... ce qui ne l'empêche pas pour autant de réduire à sa merci, et par la seule force de son vier, deux farouches gonzesses.
Et comme le dit si bien l'une d'elles, en page 125 :
"Aucun homme ne m'a jamais fait éprouver cela, Blade. Je ne comprends plus. Je ne sais même pas si cela me plaît."
Moi non plus, poupée, moi non plus.

LA MULE EST CHARGÉE

FAIS TA PRIÈRE PETITJEAN, JEAN CAILLE
LA DROGUE DE PETITJEAN, JEAN CAILLE
LIBRAIRIE PLON, 1972 & 1970

La littérature d'espionnage, sous sa forme la plus alimentaire qu'il soit, est un genre bourré jusqu'à la moelle d'agents conservateurs.
Stylistiquement parlant, bien entendu - la forme commerciale impose à l'écriture une routine efficace et rassurante - mais surtout idéologiquement : éloge du protectionnisme et des intérêts de la nation, méfiance extreme envers les relations internationales, sans oublier l'aspect militariste implicite derrière les activités occultes de l'espion.

Certes, il s'agit avant tout d'une littérature d'aventure, c'est à dire une littérature d'évasion, mais en raison des péripéties qu'elle présente, elle véhicule aussi des idées qui lui sont propres.
L'espionnage est donc, à quelques exceptions près (Dermèze, Morris, Arnaud), un genre qui porte à droite et si la tendance générale après-guerre fut plutôt celle d'un Gaullisme tranquille, cela n'empêcha pas certains auteurs qui officiaient dans le genre au cours des années 60 et 70 de durcir le ton et de lorgner vers un extrémisme vaguement outré. C'est par exemple le cas de Jean Caille et de sa série Petitjean.

Petitjean, c'est bien entendu le nom du héros, un musclé au regard gris clair, super agent secret et chef incontesté du SLAP (Sécurité et Liaison des Affaires Présidentielles)
Constamment accompagné de son adjoint Robert Morel, dit Baraque, il résout divers affaires ayant traits à la sécurité nationale et, comme nous l'affirme l'auteur : "devant ces deux là, mieux valait ne pas trop faire de vagues."
Mais tout cela, on s'en contrefiche poliment. Ce qui compte, ce sont les intrigues et les énormités qui semblent s'écouler du cervelet en décomposition de Jean Caille.


Ainsi, dans Fais Ta Prière Petitjean, il est question de méchants prêtres maoïstes kidnappant de gentils prêtres intégristes. Petitjean et Baraque sont donc mandatés par le président de la République Française pour régler le bouzin à leur manière et, surtout, délivrer des sales pattes gauchistes nos Ayatollah du catholicisme occidental afin qu'ils puissent reprendre en toute tranquilité leur prêche du dimanche.
Niveau conservateur cul-cul la praline, ça se pose un peu là... mais ça fait aussi tout le sel de la chose.
Car que serait la littérature populaire des années 60 sans ces gens de droite qui écrivaient n'importe quoi sur les mouvements de gauche ?
Je veux dire : des religieux anarcho-maoïstes... t'imagines un peu le mélange ?
Moi, j'imagine surtout que Jean Caille ne carburait pas qu'au vin de messe...
Pour le reste, les 80 premières pages sont écrite dans un style légèrement canaille mais passé le chapitre 4, la prose devient sérieuse comme un prêtre ouvrier mal embouché et le lecteur se fait légèrement (pour rester poli) tartir.
Les 50 dernières pages m'ont d'ailleurs semblé sacrement longuettes, je manquais même de m'endormir entre chaque paragraphe et ce n'était pas l'assaut militaire final anti-maoïste un tantinet confus qui allait y changer quelque chose.
Fais Ta Prière Petitjean peine donc à divertir, manque presque tout ses objectifs mais je resterai néanmoins indulgent car dans le genre, on peut trouver bien pire.

Par exemple : cette autre aventure de Petitjean. La numéro 6, La Drogue De Petitjean.
Le titre dit tout. Le précèdent causait religion, celui-ci cause substances illicites. Et cette fois, plus question de raconter n'importe quoi avec des prêtres mal-froqués et des nonnes nymphomanes à mitraillettes. L'auteur est sobre. Il est sur le sentier de la guerre et ça va chier. La Drogue De Petitjean est un bouquin à charge.
"Nous savons depuis mai-juin 1968 que la drogue est utilisée à des fins politiques. Elle est introduite dans les universités par des organisations étrangères et subversives. Elle sert à rassembler des jeunes, à les mettre dans le cas de ne plus pouvoir se passer de la cigarette de marijuana ou de la piqure d'héroïne."
Et encore :
"Depuis mai 68, la France est devenue la plaque tournante de la drogue pour les jeunes. Il s'est monté de véritables organisations, de véritables trafics liés aux organisations de jeunes. [...] Ça, c'est l'œuvre des maoïstes, des castristes."
Remonté comme pas deux, Jean Caille attaque tous azimut. La gauche, la drogue, le porno, les sectes et surtout, surtout, les jeunes, oui, LES JEUNES ! cette "armada de fils à papa qui modifiaient la face du monde chaque jour en s'empiffrant de steak frites et de pots de beaujolais."
Bon, le steak frites beaujolpif, je pense que c'est uniquement pour le repas de midi car le soir venu, voila-t-il pas que nos jeunes se cament comme des timbrés et filment (pour les revendre sur le marché clandestin du pervers crypto-spontex masturbateur) leurs orgies mystico-nudistes dans des caves éclairées à la discoball. Et une fois leurs cerveaux bien conditionnés par la drogue et le sexe, nos jeunes s'en vont alors commettre des crimes envers la bonne bourgeoisie française.
La Drogue De Petitjean fait d'ailleurs référence, dans son prologue, au massacre de Sharon Tate, transformant ainsi " Helter Skelter is coming down fast " en " Crevez Salopes."
C'est moins poétique mais ça a son charme. C'est d'ailleurs la seule chose a retenir de ce roman, tout le reste étant à jeter. Car si La Drogue De Petitjean se montre aussi con que réactionnaire, il n'arrive jamais à faire rire.
Certes, il y a des jeunes, de la drogue et plein d'autres stupidités en tout genre mais ces énormités potentielles sont gâchées par une écriture terne et une progression narrative poussive.

En bref, il ne se passe rien. C'est le syndrome Jean Caille. Petitjean et Baraque frappent des jeunes cons en France puis vont à Cuba frapper d'autres jeunes cons et enfin, reviennent au point de départ en terminer une bonne fois pour toute avec l'internationale du jeune con moderne. Tout cela dure 250 pages, ce qui, selon mes calculs personnels, fait (au bas mot) 200 pages de trop.
Quant à la dernière page, avec l'espionne qui crève et le héros qui s'en balance comme d'un vieux rock (pour citer Karen Cheryl), c'est tout bonnement le dernier clou dans le cercueil de ce roman aussi ennuyeux que détestable.

Je conclurai par un petit conseil. Lecteur intrépide, toi qui n'a pas froid aux neurones, ton espionnage de droite, il faut toujours le préférer bien agité du cabanon, entièrement dissolu dans sa logique et écrit en très très gros caractères sur du 190 pages.
Jean Caille est donc à éviter comme la peste mais par contre, Roger Maury est à ressaisir vivement.
A bon entendeur...