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ESPIONNAGE CHRÉTIN

REQUIEM POUR UN AGENT SECRET, LARRY DOUGLAS
TRANSWORLD PUBLICATION # 2, 1971

On s'est envoyé en l'air sur cette tombe ! C'est en tout cas ce que l'on est en droit de penser en se payant un jeton de mate sur la couvrante.
Bouteille de J&B, sous vêtements pendus aux branches de la croix et, symbole phallique suprême, le revolver dans son holster d'épaule qui parachève la scènette.
Composition sublime, titre itou.
Il n'en sera par contre pas de même pour le roman. Car Requiem Pour Un Agent Secret débute mal, très mal. On ne comprend pas la mise de départ. Ou plutôt : on peine à la concevoir avec sérieux.
Une secte étasunienne, façon Jim Jones rencontrant le cirque Pinder, proclame la mort de DIEU (les capitales sont de l'auteur) et voila que le feu est mis aux POUDRES (les capitales sont de ma pomme.)

"Pourquoi [...] pourquoi vouloir détruire Dieu ? " murmure un policier protestant californien.
Des milliers de kilomètres plus loin, John Lennon marmonne "God is a concept " pour le Plastic Ono Band. Et au même instant, Samuel Hardy, agent de la toute puissante C.I.A., est lancé sur l'affaire.
Son chef, monsieur Smith (tous les chefs de service se nomment-ils monsieur Smith, dans les romans d'espionnage ?) lui donne carte blanche. Une nation qui trust in god ne peut décemment laisser une bande d'hurluberlus détruire la devise du pays.

Notre agent secret infiltre donc la secte incriminée. Manque de se faire tuer une fois, deux fois, trois fois et la suite. Il se fait aussi passer à tabac par des flics ripoux, rencontre d'autres agents secrets et élucide quelques crimes.
Page 129, l'auteur, passablement échauffé par une consommation abusive de vin de messe, effectue un retournement de situation choc en tuant son personnage principal puis, page 139 à 141, c'est l'éditeur qui s'en mêle en massacrant le texte comme un projectionniste épileptique jonglant avec deux morceaux de pellicules brulés.
(...Sans compter, pour mon édition personnelle, le connard qui a arraché le feuillet 149/150...)
Mais passons...
Car coté intrigue, ça ne s'améliore pas non plus.
"Le Vietnam, monologua-t-il, la guerre, la mort de Dieu, quel boum..."
Les russes s'en mêlent. Et les Chinois de Pekin ne sont pas en reste. Meurtres, mysteres, chaos social, anarchie. Et l'auteur qui écrit comme un robot aux piles usagées.
"Il passait, impassible..."
Quant à moi, je souffre, insensible. God is a concept, by which we can measure our pain. Et Requiem Pour Un Agent Secret, c'est un bouquin grâce auquel j'ai pu concevoir une certaine forme d'ennui.
Concevoir aussi que l'espionnage christianique exista, le temps d'un petit roman aussi passionnant qu'un après-midi à la maison de retraite, entre partie de belote endiablée et zapping d'émissions dominicales.

Mais laissons à l'auteur le choix de la conclusion :
"Tout de même, vouloir tuer DIEU. Oser s'attaquer à LUI tout puissant. Il fallait être ou un Beatles, ou un fou..."
Et ne le contrarions pas. Il serait bien capable de nous pondre une suite.

THE ONE AND ONLY, ROGER MAURY

Certains écrivains sont hors-normes. Certains écrivains sont même trop pour un seul homme et Roger Maury l'avait certainement compris puisqu'il multipliait les pseudonymes sans se soucier d'une quelconque logique, autre que commerciale.

Car Roger Maury était un auteur commercial au sens le plus vulgaire du terme et pourtant, malgré cela, malgré aussi son air bonhomme, sa calvitie et son embonpoint bien franchouillard, Roger Maury était mystérieux et multiple, il était pur et improbable, il symbolisait à lui tout seul la médiocrité rayonnante du roman poubelle, la nazerie absolue élevée au rang d'art alimentaire, la bêtise crasse du scribouillard heureux de s'être enfermé dans le carcan d'un style pachydermique, au service d'histoires mille fois entendues et répétées, parsemant ses chef-d'oeuvres d'une idéologie bien réactionnaire et de quelques conceptions (sur les femmes et le sexe, principalement) aussi dépassées que ridicules.
Roger Maury, je l'imagine en quelque sorte comme le personnage de Belmondo écrivain dans le film Le Magnifique - mais sans le panache et avec plus de lourdeur.
Le type esseulé devant sa machine à écrire, épuisé par un trop grand nombre de romans où les même choses ont été ressassés et livrant pourtant, en fin de course, quelques séries d'histoires à la nullité rayonnante, presque folle, sortes de concentrés du meilleur du pire de toute une carrière à se la traîner dans les tranchées de la lumpen-littérature.

Maury débute au milieu des années 60, en pleine crise d'espionnite aiguë. A cette époque, le monde entier veut des histoires d'espions. Le monde veut du James Bond et la France du OSS et du Coplan. Alors, comme la bonne centaine de ses collègues francophones qui gagnait leur croûte dans le genre, Roger Maury en écrivit, du OSS et du Coplan.
Peut être était-ce par goût, va savoir.
Dans tous les cas, il en écrivit.

Il signait de son vrai nom aux éditions Albin Michel, collection Ernie Clerk (dit Le Judoka), et sous le pseudonyme de Jacky Fray aux éditions de l'Arabesque.
Ses intrigues ne sortaient pas de l'ordinaire et évoquaient (parfois d'une façon assez poussive) les sempiternels agents russes et chinois, français et américains qui s'entre-tuent pour des secrets d'inventions spatiales, de plans d'armements hi-tech et de formules chimiques diaboliques.

Pourtant, si la trame générale se montrait assez terne, Maury mettait un point d'honneur à se déchaîner la prose en une indigeste symphonie de mots.
Lorsqu'il écrivait, il se faisait ainsi le Ronsard et le Lamartine des récits d'espionnage et agitait ses personnages comme des pantins grandiloquents, leur faisant débiter des répliques aussi péremptoires que bouffonnes.

"Le paradis des chacals est dans le ventre des vautours ! " déclare sentencieusement Louis Dundee, le héros de Cerveau Pour Un Espion, à un vil arabe qui avait tenté de le doubler.
Quelques pages plus loin, il lance à un autre : "Je suis le seul de ma race, [...], la peur et le
remord ne sont pas des freins pour un homme tel que moi. Non que je sois meilleur ou insensé, mais parce que j'ai depuis longtemps perdu tout contact avec l'humain
."

T'imagines le gars, au super-marché ou à la poste, sortir au caissier de pareils bobards ?
Et Roger Maury, qui n'avait véritablement honte de rien, de renchérir (nous faisant ainsi l'article de son héros) :
"Dundee avait tué et tuerait sans doute encore. Protégé par son indifférence, il ne pouvait être choqué par le spectacle de la mort ; tout comme les entreprises toujours plus stériles des hommes, elle ne suggérait en lui ni émoi ni pitié. Pour ce monde insensé, le passé n'avait pas été une leçon et lui, épargné par un idéal qu'il était seul à connaître, ne faisait pas corps avec l'ensemble. Il avait donc tous les droits, même celui de détruire la gangrène qui souillait la pureté de son univers secret."
C'est foncièrement grotesque, bien entendu, lourd comme du cassoulet aussi (rien de plus logique, notre homme habitait dans les environs de Toulouse), mais l'extrait résume parfaitement l'état d'esprit des premiers héros de Maury... et aussi celui de leur créateur.
Car dans son œuvre, Roger Maury semble aimer à se rejouer la publicité Charles Atlas devant un miroir. Il se transfigure à coup d'underwood en übermensch de papier, sans peur et sans pitié. Tout lui est possible et le monde n'est qu'un moustique face à sa volonté.
"Je suis un aventurier, un intriguant, un solitaire. Le sais-je moi-même ? Peut être ai-je l'esprit chevaleresque d'un redresseur de torts, ou peut être ne suis-je qu'un maniaque jaloux du bonheur d'autrui..." lance, dans Tout A Commencé A Hambourg, Bernard Perucci, dit Benny Pépé, même chose que Louis Dundee - c'est à dire un autre "avatar fictionnel de Roger Maury" - mais publié aux éditions de l'Arabesque et écrit sous le nom de Jacky Fray.

D'ailleurs, avec la fin de la collection Ernie Clerk chez Albin Michel, c'est ce dernier pseudonyme, Jacky Fray, qui va devenir la principale façade éditoriale de l'entreprise en maçonnerie littéraire Roger Maury.
Il pond 19 bouquins sous cet alias et, bien que l'on s'y cache parfois derrière les rideaux d'une fenêtre pour y trouver "l'espérance salvatrice d'une disparition fantomatique," l'ensemble stylistique s'y fait tout de même plus léger dans ses débordements de sève.
Notre homme apprend. Il travaille aussi avec d'autres auteurs maison : Roger Vlatimo, H.T. Perkins, Paul S. Nouvel.
Avec eux, il en vient à former un véritable rat-pack du spy-fiction populaire en provenance du midi de la France. Tous partagent la même conception de la litt' pop' - l'actualité au service d'un blockbuster fauché en 220 pages - et une formule s'y fait systématique : action à gogo !
Le quatuor (ou quintet, selon l'envie...) peaufine les recettes de l'espionnage à la chaîne de la fin des années 60. Vlatimo s'en sort souvent assez bien, Perkins et Nouvel sont en dents de scie mais valent parfois le détour. Maury, quant à lui, force un peu niveau arts martiaux.
Tsaï-sabaki, Shinzo-kuatsu, Maé-geri, Tsuki-age, Han-utchi-ken, Hiji-até, n'en jetez plus ! ce n'est qu'une petite séquelle de son passage chez Ernie Clerk.


Mais les modes sont ce qu'elles sont et début 1970, l'espionnage n'a plus le vent en poupe. Les collections se cachent pour mourir. L'Arabesque fout la clef sous la porte en 1971 mais Maury et ses potes fricotent déjà avec le flibustier de la presse à imprimer, le magnat de la filouterie sous couverture illustrée, j'ai nommé le grand André Guerber.
Ça magouille sec et les pseudonymes pleuvent.
HT Perkins se fait rééditer à tout va, Vlatimo bâcle du gros n'importe quoi. Maury, lui, soigne son entrée. Il garde le nom de Jacky Fray pour l'espionnage et se lance par ailleurs dans le polar de dur de chez dur sous celui de Dan Curtiss.
C'est d'ailleurs sous ce dernier pseudo qu'il signera son premier gros chef d'oeuvre populo-beauf, le multi-publié Du Plomb En Souvenir, véritable concentré de conneries viriles, pièce maîtresse du hard-boiled mogoloïdien émulant les pires travers de Mickey Spillane.
Parallèlement, il entre au Fleuve Noir avec Henri Trémesaigues (alias HT Perkins). Ils y bossent en duo sous le pseudonyme de Henri Trey et Maury, en solo sous son vrai nom. Probable qu'il était sacrement fier d'y retrouver la verve maladroitement pathétique de ses premières œuvres.
Dans tous les cas, il s'y fait plus sérieux. Le Roger Maury que j'aime pointe ailleurs.
(Freud verrait dans la phrase précédente certaines pulsions peu conventionnelles. Bordel ! Sautons plutôt une ligne car, comme le disait San Antonio, quand tu passes pour un con, passes vite.
)

Révolution sexuelle oblige, donc, le lectorat abonné aux publications bas de gamme réclame plus de cul dans ses romans de chiottes. Maury continue ainsi les idioties made in Guerber en mélangeant à son racisme anti-arabes les passages porno que l'éditeur exige.
Par exemple, dans Tu Devras Trahir, un maghrébin "petit et noiraud, au regard fuyant et à la mine rapace," (soit, en quelque sorte, le maghrébin de base dans l'œuvre de Maury) viole une gonzesse... qui, finalement, se met à bien aimer ça, la salope !
"Elle ne sut même pas cacher, en baissant ses paupières, l'instant où le plaisir la toucha."

Pour Maury, qui s'affirme de plus en plus comme le Spillane français raté, taré et moderne, le filon semble tout trouvé.
Surtout que, comme un sale feedback distordu de la première moitié des années 50 revenant en plein dans la tronche des seventies libérées, la mode est à nouveau au sadisme sexuel forcé, au rut furieux forcené, au coït de mauvais goût non censuré.
La collection Les Soudards réveille la pornographie nazie en grand format. Le polar populaire ne se conçoit plus qu'en séries brigade des moeurs et police mondaine. Gérard de Villiers s'y fait une fortune et un empire avec ses gentils SAS mais niveau viol et violence, Roger Maury l'enfonce comme une motte de beurre en plein désert.


Fin 74, il devient donc l'auteur principal d'une toute nouvelle boite d'édition, Promodifa, véritable usine en recyclage de manuscrits et producteur suprême d'inepties sexoïdes.
En effet, chez Promodifa, chaque texte se voit repensé en un rudimentaire roman porno/action débile, en une série Z à la vulgarité aussi beauf que réjouissante. Les collections se nomment Warsex, Sexpionnage, Sexpense, Mysterotic ou Crac et les titres prouvent que l'on a bien affaire à de petits rigolos.
Le Klan Du Ku, La Came Isole, Un Beau Népalais, Femmes à Varier, Bombe à la Nana, etc. Le foirage est complet et le lecteur que je suis, comblé.
Roger Vlatimo y recopie ses Luc Ferran. J'imagine que Maury y replaçait en loucedé des bouts de ses romans Fleuve Noir parus dans les collections Feu et L'Aventurier (toutes deux disparues en 73) - mais cela reste à vérifier.

En tout cas, il s'y active comme un fou-furieux du clavier.
Une bonne soixantaine-dizaine de romans sous 7 pseudonymes différents dont Jacky Fray pour l'espionnage-porno, Jo Brix pour la guerre-porno, Luc Ovono pour l'aventure-porno et Dan Curtiss pour le polar-porno - ces deux derniers faisant parfois office (avec un autre alias, Bébé Guernica) de personnages principaux pour certains des bouquins.

Promodifa marque donc aussi bien l'apogée flambarde que la décadence terminale pour Roger Maury. En dix années de carrière, ses velléités de poétiser (façon charcutier-traiteur) l'espionnage se sont depuis longtemps estompées. Compressé en 180 pages gros caractères, son style se fait désormais aussi simple que grossier. Maury scribouille au kilomètre, il n'a plus le temps de fignoler, il se sent devenir un plumitif primitif.
Du coup, forcement, ses saloperies y gagnent en efficacité louf-dingue.
Caviardés de scènettes pornos tout droit sorties d'un esprit détraqué par les clichés les plus crétins de la fiction populaire (la virginité, la pureté, le viol consentant, etc), ses récits se font surtout de plus en plus vaseux et débilitants.
Et si l'auteur se donne parfois des tons vaguement goguenards ou gouailleurs (comme il était bien souvent de règle dans la litt' pop' des années septante), il semble écrire ses conneries avec un tel sérieux que ses textes en deviennent de véritables petites perles d'humour involontaire.

Il faut lire, par exemple, Pas Si Naif Au Sinai et ses arabes aux sexes boursouflés d'excroissances dégoûtantes, qui veulent défoncer tout ce qui passe et qui ressemble vaguement à une femme.
Il faut lire aussi ses Warsex, avec ses militaires qui, entre chaque fusillade, se tapent des nymphettes nymphomanes.

En fait, IL FAUT TOUT LIRE !
Puis se mettre à baver, l'air hagard et le cervelet en compote.

Malheureusement, en 78, l'aventure Maury s'arrête net. Ou presque. Le Fleuve Noir le lâche et Promodifa disparaît. Fini Jacky Fray, Jo Brix, Dan Curtiss. Fini Roger Maury.
Seul Luc Ovono reste en piste le temps d'une dizaine de bouquins érotiques pour la collection Frivole de chez Euredif.

Enchaînement logique.
A l'orée des années 80, après plus de trente ans d'un far west éditorial où toutes les modes se firent essorées à toutes les sauces, en long, en large et de travers, la littérature populaire pour mecs n'a plus les moyens de soutenir l'aberrante production des petites collections.
Gérard de Villiers et le Fleuve Noir trusteront désormais seuls le marché de la brute éduquée. C'est l'hégémonie du qualité certifiée et du normes bon français. Bref, c'est la fin d'une époque, celle des filous et des timbrés, des photocopieurs foireux et des illuminés du sous-produit.

Roger Maury, mercenaire désaxé à la plume tordue, passa donc à la trappe, comme tant d'autres.
On est en droit de le regretter, certes, surtout si l'on est fou et maso, comme moi, mais avec sa bonne cent-cinquantaine (je vous le fais à la louche, hein!) de bouquins produits, on a encore de quoi tenir un sacré moment.
Et ça, à mes yeux, c'est une perspective foutrement réjouissante.

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PS : j'aimerai remercier les gens du forum à propos de littérature populaire pour les nombreuses informations partagées qui m'ont permit d'opérer le lien entre les divers pseudonymes de cet auteur (...et de quelques autres aussi...)
Et merci aussi à Herbulot, pour les 7 pseudonymes de Maury chez Promodifa (je le cite :
"Maury=curtiss,Ovono,Bébé Guernica,Brix,Dundé,Fray ,W Finn") et à Bibouillou qui, dans le genre, en connait un sacré paquet !
D'ailleurs, si cet article (trop long) égrène trop de conneries, merci de me (les) rectifier dans les commentaires !

I'M BACK, BABY, I'M BACK !

ITEM ! Après deux mois d'absence, je suis de retour. Et non, je n'étais pas en vacances. Ou en dépression. Mon scanner était clamsé, Belinda Contre Les Manges-Disques l'avait exténué, 27 pages d'affilées, il ne s'en était pas remis. Bilan, il a fallu le temps d'en trouver un nouveau à la portée de mes maigres moyens (5 euros, grosso-modo mon budget nourriture pour la semaine) et qui, c'est la moindre des choses, fonctionne. C'est désormais chose faite.
Bon, on dirait vaguement, lorsqu'il lance ses capteurs CCD à l'assaut du document à numériser, un grand-père asmatique à la sortie d'un bal dominical un peu trop arrosé mais bon, ça va, il abat vaillamment son turbin, la preuve :
ITEM ! J'aimerai remercier un certain Tedial, pour son commentaire d'encouragement posté il y a un peu moins d'un mois. Et du coup, je me permets d'y répondre ici.
Donc, cher Terdial : "Message reçu 5 sur 5 ! Je vais essayer de parler un peu plus souvent des productions Gérard De Villiers. Par contre, je dois avouer n'avoir jamais lu de Police Des Moeurs. Mais l'erreur sera réparée prochainement, je viens d'en dégotter un petit lot à 10 centimes la pièce."


ITEM ! Et Puisque l'on cause Gérard De Villiers, avez-vous remarqué que le nouvel illustrateur de la Brigade Mondaine n'est autre que ... Denis Sire ? Hé oui ! Quand il le veut, Gégé, il assure un max

ITEM ! Attends, je le répète en caplocks activé pour les durs des mirettes et les distraits de l'arial taille dix, donc (hum hum, éclaircissement de voix ) : DENIS SIRE ILLUSTRE LES COUVERTURES DES NOUVEAUX BRIGADE MONDAINE !

Hop, c'est bon, je vois Filo bander.


ITEM ! Mais ne nous emballons pas ! Avant de causer des séries de police érotique, j'aurais pas mal de choses à caser. La pile des romans à numériser et à disserter est maousse. D'ici, je vois du Richard S. Prather (auteur des aventures de Shell Scott), du Fleuve Noir Spécial Police, du Francis Tigrone (en mode sexpionnage OSSEX), du John Eagle Expeditor (avec une gonzesse en couverture que tu connais certainement...), du Nick Carter Kill Master, du western à gogo, américain, français, italien, du Luc Ferran, du Vic St Val, du Zodiaque, du André Caroff, du Bastiani, du Lesou, du Moorcock, du polar sexy, de l'humour populo et puis d'autres choses aussi mais je m'arrête là sinon j'y passerai la journée et on n'avancera pas.
ITEM ! Bref, j'ai du pain sur le manche. Mais avant de te laisser, une petite précision concernant les deux couvertures scannées. L'amateur y aura reconnu le relooking seventies des aventures de la môme Double Shot - devenue ici Vicky Vamp. L'auteur n'en était plus George Maxwell mais Jack Bradley, "traduit et adapté de l'américain" par un certain Joseph Benoist qui, dans la même collec' (Transworld Publication International Pocket), donnait à lire la série du Talonneur.
Le premier volume, Vicky Vamp, est une réécriture de Fallait Pas Me Doubler. Je n'ai par contre pas identifié le deuxième, Un Sac De Noeuds mais je pense qu'il doit s'agir d'un mélange de Va Te Faire Voir et de Y Manque Une Brique. De toute façon, rien ne vaut les originaux.

ITEM ! Je suis poli. Je termine donc en vous disant : à bientôt !

LOURDEMENT BURNÉ !

DU PLOMB EN SOUVENIR, DAN CURTISS
FRANCE SUD PUBLICATIONS / JAGUAR ROUGE # 4, 197?
TRANSWORLD PUBLICATIONS / # 11, 1972
EDITIONS BEAULIEU / CADRE NOIR # 7, 1974

André Guerber, notre filou favori devant l'éternel, aimait bien rééditer en dépit du bon sens les ouvrages de ses auteurs. Mais pour Du Plomb En Souvenir, il n'y a pas à dire, notre flibustier de la presse à imprimer s'était dépassé. 3 éditions différentes entre 72 et 76, suivie d'une quatrième en 1977, titrée Du Plomb Pour Les Salauds, éditions Oedip, collection le Rhinocéros.
On ne va pas s'en plaindre. Le roman de Dan Curtiss, véritable concentré de conneries viriles et de clichés hardboiled, le méritait bien.

Je te résume le chef-d'oeuvre, tu vas comprendre, c'est du lourd.

Tony
Loman, le héros première personne du singulier, est donc un flic privé. Le meilleur dans sa catégorie. "35 ans, directeur de l'agence de recherches et d'enquêtes Loman, Domicilié aux Lyon's Building, 6° avenue. Célibataire. Ancien combattant au Viet-Nam, sergent-chef, ex-stagiaire de Fort-Braggs. Brun aux yeux gris et toutes ses dents."

Alors qu'il rentre chez lui, Loman manque de se faire dézinguer par un zinzin à gage et retrouve, étalé sur le lino de son appartement, le corps salement mutilé de Brenda, sa petite copine.
Ça le fout en rogne - un sentiment qui se conçoit aisément :

"Les tueurs ça m'a toujours dégouté. Ce sont des cinglés qu'on ne peut réduire que par la corde, le gaz ou l'électricité. [...]
Mais quand ce tueur fait preuve de sadisme, alors j'estime qu'on doit inventer de nouvelles formes de torture. Quelque chose de raffiné. Un truc à faire dresser les cheveux sur la tête. Le genre d'amusement qui dure des heures et permet au salopard d'apprécier toutes les ressources d'une imagination délirante
."
Une rage froide lui consumant donc les tripes, il décide de retrouver l'enflure de fils de pute qu'à fait ça.
Ses soupçons se posent directement sur la personne de Da Silva, son ennemi juré, le ponte local du crime organisé, une bouffissure puante et adipeuse en provenance directe de Cuba.
"Je frémis de rage à la pensée qu'un type comme ça peut tout se permettre. Je suis écœuré de voir des hommes propres ramper devant lui. J'ai souvent envie de lui écraser sa grosse bouille vicelarde à grands coups de godasses et il n'est pas dit que j'en aie pas, un jour, l'occasion."
Et cette fois, ça y est. Ding-dong ! C'est le jour-J qui sonne ! L'heure des comptes est bien arrivée. Loman astique donc son P.38 et se frictionne les poings. Ça va être justice à tous les étages.
"Personne ne peut régler cette affaire en dehors de moi et mon artillerie," balance-t-il à la gueule de son ami le chef de la police. "Ta société prétend reformer et non punir. Et ça, ça ne peut pas gazer. C'est pour cela que la vague de crimes est en constant accroissement."
Des comme celles-là, Loman en sort toutes les 4 pages. "Ici, la loi c'est moi ! Je suis le juge et le jury !" s'écrit-il un peu plus loin en tabassant un méchant criminel. "Je te sortirai les tripes du ventre si il le faut mais je te ferai parler."
Notre gugusse est littéralement déchainé. Dan Curtiss aussi. Du Plomb En Souvenir ferait passer l'intégrale de Mickey Spillane pour un monument de finesse et de distinction littéraire progressiste.
C'est du lourd, du foncièrement impropre à la consommation pour les masses non-habituées à la lecture régulière de romans de gare foutrement dégénérés.

Le dernier chapitre enfonce d'ailleurs le clou, violemment.
Les portes du ridicule sont depuis bien longtemps explosées. On atteint ici le firmament du divertissement pour mectons frustres.

Ainsi, afin de faire pression sur Loman, Da Silva kidnappe Judy, la blonde secrétaire de notre héros, une polka ultra-bandante, moulée comme une déesse et pourtant encore vierge.
Faut dire que la gonzesse est du type vieille école. Elle se garde fraiche pour Loman, avec qui elle compte bien se marier.

Mais Da Silva est un vrai salopard et, bien que préférant aux nichons et aux chattes les kekettes bien dures d'éphèbes scandinaves (ça, ça me rappelle Max Pecas et son Brigade des Moeurs !), il s'apprête à violer Judy sous les yeux de Loman - impuissant puisque tenu en respect par deux sbires du gros cubain.
Le suspense est à son comble.
Da Silva dénude Judy et lui écarte les ciseaux. Notre héros, lui, n'en peut plus. Il fulmine. Cet emboutissage non-consenti de l'hymen sacré, c'est l'ultime outrage !
Car il était à lui, bien à lui, ce vagin promis ! Faut pas déconner ! C'est du serious business que la virginité d'une poule !

Bref, ça le fout en rogne, Loman. Et la rogne, tout le monde le sait, mène à la haine, la haine mène à la puissance, la puissance mène... au défonçage de gueule des méchants !
"Je me sens plein d'une puissance monstrueuse que rien ne peut endiguer..."
...nous affirme d'ailleurs Dan, qui explose alors les deux sbires à coups d'atemis fulgurants, sort son P.38 et troue le bidon de cette enflure de Da Silva, "pétrifié dans la même position ridicule et un peu prétentieuse, entre les jambes de Judy."
L'auteur en profite pour nous rassurer : "Il a encore la main sur le pantalon."

Ouf ! Je respire ! L'honneur est sauf ! La polka n'a pas été pratiquée, son intimité est toujours sous cellophane. Merci Dan !
Le roman se termine alors sereinement mais on le referme tout de même emprunt d'un certain spleen. Car des comme ça, des bouquins aussi cons, aussi gras, aussi machistes et aussi ahurissant, c'est certain, on en écrit plus depuis bien longtemps.
Et je ne sais pas vous, mais moi, ça me rend triste...