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GARÇON, LA MÊME CHOSE !

UN MÂLE SÈME LA TERREUR, JEAN LEBLOND
LE TROTTEUR / COLLECTION PAPRIKA # 1, 1952

En regardant la couverture, le titre, le nom de l'auteur et la poupée pas trop denudée (mais c'est déjà un bon début) qui s'y prélasse de pied en cap, je me disais :
Voila un roman d'humour charnel.
Et en lisant la chose, je me suis vite rendu compte que je n'avais pas tort : Un Mâle Sème La Terreur, c'est bien un roman d'humour charnel.
(Et là, tu te dis que je te prends pour un con en réécrivant quasi-à-l'identique le billet précédent mais non, je te rassure, pas du tout, c'est simplement qu'encore une fois, nous avons affaire à un texte tournant autour de la thématique du viol plus ou moins consentant alors autant ne pas se gêner et ré-utiliser les mêmes formules, ça va vite et ça m'arrange.)
Ainsi, dans Un Mâle Sème La Terreur, un peintre barbichu se voit affublé, par le plus grand des hasards, d'une réputation de satyre insatiable. Lui qui ne cherchait à la campagne que le calme propice à son inspiration, le voila désormais accusé par toutes les femmes du cru (et des régions avoisinantes) d'être un amant en série, un féroce de la bagatelle, un décapeur de petites culottes, un exité qui sauterait sur tout ce qui bouge. Car elles sont nombreuses à prétendre s'être fait husardées à la sauvage par notre artiste du dimanche, et l'auteur de noter au sujet de ces petites polissonnes :
" C'étaient pour elles le moyen de satisfaire un besoin d'évasion, de laisser germer et se développer la graine d'une fantaisie érotique. Être violée ! Elles en rêvaient toutes à côté du mari peu fréquent [...], les pucelles dans le lit où elles se sentaient rongées par une sensualité trop ignorante encore; sans parler des filles affranchies par quelques essais qui les avaient plutôt déçues.
- Quoi ! Ce n'était que cela !
Tandis que ce rôdeur à barbe roussâtre devait connaitre des pratiques qui vous secouaient de la tête aux pieds en passant par le lieu géométrique de la volupté. Aussi toutes, au réveil, se demandaient si elles sortaient d'un songe ou si vraiment elles avaient servi de proie à ce mâle ravageur. Elles mentaient donc, mais avec encore un peu de conviction, ne sachant plus faire de discrimination entre les courses inutiles après cet être lubrique et les fables de leur imagination en plein dévergondage, les réclamations de leur chair insuffisamment fêtée. "
Bref, c'est l'Après-midi d'un Faune revu et corrigé en comédie campagnarde, Nijinski agitant ses gambettes pour le compte d'Emile Couzinet ou bien encore l'affaire DSK en pleine France profonde, avec ses paysans idiots et ses filles élevées au grain.
Néanmoins, si l'ensemble se lit sans trop de difficultés, je m'y suis bien moins amusé qu'avec Pourquoi Pas Celle-Ci, autre roman de Jean Leblond, lui aussi publié en collection Paprika, lui aussi donnant dans le genre de l'humour charnel mais, pour le coup, foutrement mieux troussé que ce fort anecdotique Mâle semeur de semence.

TANT QU'IL Y AURA DES ZOBS

ELLE SAIT CE QU'ELLE VEUT, WILLY NEW
ÉDITIONS LE FÉTICHE, 1953

En regardant la couverture, le titre, le nom de l'auteur et la poupée pas tout à fait dénudée (mais c'est déjà un bon début) qui s'y montre de pied en cap, on se dit :
C'est un roman d'amour charnel.
Mais en lisant la chose, on se rend vite compte de son erreur. Car Elle Sait Ce Qu'Elle Veut, c'est un roman d'espionnage.
Avec, je te rassure, de gros morceaux d'amour charnel dedans.
Le héros s'y nomme Jack Norton. Et c'est un espion. L'agent numbeur ouno du Fédéral Bureau of Investigation. Présentement, il se trouve dans un train, en plein pays basque et direction Pampelune. Face à lui, bien assise sur la banquette, trône une mousmée tout ce qu'il y a de plus tonitruant, une nénette entièrement constituée d'un matériel de premier choix - matériel de premier choix que l'auteur va s'ingénier à nous décrire sous tous les angles et pendant de très longues pages.
Ainsi alléché par cette description épicée, notre agent secret en oublie carrément sa mission (qui consiste à récupérer de mystérieux documents en Espagne) et ne pense plus qu'à se farcir la gonzesse, subito presto. Il en a la gueule d'un Will Coyote affamé, apercevant dans sa ligne d'horizon ce grand Géocoucou de Bip Bip et lui préparant un nouveau piège ACME imparable.

Pas de chance, ça rate.
Car la gonzesse est une garce et la gonzesse est, le lecteur l'avait déjà deviné, une espionne ennemie !
S'en suivent donc 180 pages d'une intrigue qui voit Jack Norton traquer mollement la dame pré-citée, combattre quelques mastards poilus (Espagne oblige) et tomber de temps à autre quelques poulettes à gros parechocs et petites vertus (Espagne oblige).
Autant dire que l'on s'y emmerde copieusement.
À la fin, on apprend tout de même que l'espionne ennemie n'était ni espionne ni ennemie mais juste une journaliste très friendly que notre héros s'empresse alors de coucher dans son page pour y procéder à quelques palpations orgasmatiques.

De cette jaffe tiède et sans saveur, pas très éloignée qualitativement de certains romans La Tarente, je retiendrais néanmoins la petite explosion d'ultra mauvais goût à la fin du chapitre 8, un truc à réciter dans la rue (ou à publier sur un blog) afin de se faire traiter (insigne honneur !) d'affreux jojo phallo-salaud par tout le contingent des mémères MLF et des poulettes modernes dénuées d'humour et de légèreté.
Donc, dans ce chapitre 8, une danseuse de flamenco essaye de jouer un mauvais coup notre héros.
Ce dernier, sentant venir un rebecca bien salingue, satane directos la polka, lui arrache les vêtements puis se met à la travailler au corps, en pleine rue, et à grands coups de gourdin.
Traduction : il la viole, "brutalement, avec la vigueur d'un animal en rut."
Et là, il se passe ce qu'il se passe habituellement dans tous les romans pour mecs lorsqu'un viol se passe, c'est à dire qu'il se passe que la fille se met à apprécier ça !
"La femme devint consentante, suppliante. Révoltée au début, puis passive, elle rythmait son émoi avec le désir de celui qui la possédait."
Puis :
"La fille acceptait de plus en plus la loi du mâle. Avec ses bras [...], elle enlaçait le dos de l'homme, collant son ventre, forçant de tous ses muscles pour que le plaisir vienne plus rapidement."
Et enfin, elle déclare :
"- Tu vas me faire mourir, chéri..."
Mais chéri est un gros chameau et "l'air satisfait, dans une attitude orgueilleuse de mâle qui a vaincu, Norton s'arracha à l'étreinte de la putain qui cherchait à le retenir et lui murmurait à l'oreille des mots d'amour, car elle était définitivement conquise. Il se leva, rajusta ses vêtements, puis, jetant un regard narquois sur celle qui était toujours allongée dans l'herbe, il lança calmement, en articulant bien ses mots :"
"-... Cela n'empêche pas que tu es une salope..."
Quelle distinction ! Quelle classe ! Quel homme !
Et l'auteur d'en rajouter une ultime couche en faisant cracher son héros aux pieds de la gonzesse, humiliée... mais conquise !
Bref, Elle Sait Ce Qu'Elle Veut, c'est peut être chiant à 90 % du temps, mais ce chapitre 8, il n'y a pas à renauder, c'est un vrai bonheur, un déchainement cognitif (du verbe "cogner"), le parfait manuel du savoir vivre à l'usage des geinteul'mènes sensibles et modernes que nous sommes.
T'es pas d'accord ?

IL N'EST PAS CELLE QUE TU CROYAIS...

JE NE SUIS PAS CELLE QUE... PAUL DAUNAY
LE TROTTEUR / SUPER ROMAN NOIR # 2, 1953
FALLAIT PAS COMMENCER, MICKEY SPILLANE
PRESSES DE LA CITÉ / UN MYSTÈRE # 54, 1951

Dans Fallait Pas Commencer de Mickey Spillane (Vengeance Is Mine en V.O.), notre detective sur-violent favori, Mike Hammer, découvre à la toute dernière page du roman que Junon - et tu ferai mieux de t'arrêter là si tu n'as jamais lu ce chef d'oeuvre et que tu compte réparer ton erreur un jour, fils - que Junon, disais-je, la femme fatale de l'épisode, n'était pas une femme mais... un homme !
Ou plutôt : Un travelo. Un déguisé. Un salingue à faux roploplos et vrai zigouigoui mais tout maquillé et pomponné comme une gonzesse tendance impasse de la 42e rue tard dans la nuit.
" Nom de Dieu, je le sentais depuis le début, mais c'était tellement incroyable. Moi, un gars qui aime les femmes, qui connait toutes leurs astuces... et je donne dans le panneau ! "
Bien entendu, de la part de Spillane / Hammer, fameuse combinaison où auteur et personnage se montrent tous deux aussi brutaux, misogynes, racistes et homophobes l'un que l'autre, le résultat est pour le moins grotesque.
220 pages durant, et splendidement traduit par Gilles-Maurice Dumoulin (le meilleur, dans le genre hard-boiled), voila notre binôme de bourrins qui en fait des tonnes sur les invertis, ces dégénérés du slibard, et navigue dans une ambiance de New-York interlope à la sexualité poisseuse et où la répulsion ressentie au sein des bars à lopettes le dispute à l'attirance coupable pour cette mystérieuse vamp de la jaquette flottante.

En quelque sorte, Fallait Pas Commencer s'affirme inconsciemment comme un vrai texte malade, gavé de non-dits, de sous entendus mal-digérés (par l'auteur ?) et dans lequel, finalement, le héros, alpha-mâle tellement droit dans ses bottes qu'il en ferait passer le conformisme pour une déviance digne de la potence, manque de succomber aux charmes d'un mecton camouflé en nénette.
On se marre, on a raison.
D'autant plus que la légende veut que Fallait Pas Commencer soit né d'un défi, Spillane ayant parié à son éditeur qu'il pouvait lui livrer un roman dont la dernière phrase serait si essentielle que, retirée du texte, ce dernier en perdrait alors tout ses moyens.
Je veux dire : tout son sens, toute sa sève, toute sa raison d'être.

Bien entendu, Mickey gagna, la dernière phrase du bouquin étant " Junon était un homme ! "
Sacré roublard, va !

Quant au thème du travestissement, on le retrouvera deux ans plus tard dans une œuvrette française, Je Ne Suis Pas Celle..., signé Paul Dauney et paru aux éditions du Trotteur, collection Les Grands Romans Noirs, série Magnum.
Dans ce roman, Georges Galuret, employé d'une agence de detective privé et beau garçon de sa personne ("...les gens ne se gênent pas pour dire que j'ai tout du pédé ou de la gonzesse, ce qui n'est pas vrai, je le jure "), enquête sur les malversations d'un certain Jojo mon Ange, homosexuel notoire adepte du chantage à caractère douteux et qui, 340 pages plus tard, se révélera en fait être la patronne de notre héros, madame Pomme (" elle en a vue des vertes et des pas mûres, c'est le cas de le dire ") que le lecteur, pas poire pour un sou, avait soupçonné dès le départ à cause de la tendance que cette greluche (mais peut-on encore le/la qualifier ainsi ?) avait à se maquiller comme un camion volé.
Voila pour l'intrigue.
Ce n'est pas folichon et c'est bien triste car l'auteur, Paul Daunay, n'écrit pas si mal que ça et mitonne de temps à autre un argot de bristroquet pas dégueulasse, à base d'insultes et d'expressions désuettes.
" Tiens, petite tante, passe-toi ça dans les gencives ! "
On y déniche même l'espace de quelques instants une fantaisie évoquant lointainement le Baby Tiger Joue et Perd de Gabriel Guignard en la présence d'une triplette de reporteurs calqués sur les Marx Brothers (mais écorchés par l'auteur : ils sont trois et se nomment Apo, Groucho et Max) et d'un couple de zazous musiciens adeptes de partouses mondaines et de symphonies louftingues.
Malheureusement, le gros défaut de ce roman est de peser le triple de ce qu'il aurait dû être. 350 pages, c'est beaucoup trop pour un polar sexy envoyé à l'arrachée. 180 pages, ça m'aurait déjà semblé un peu large, c'est dire !
Quant à l'évocation du travestissement et de l'homosexualité, bien que fil conducteur de l'enquête, il ne dépassera pas le simple paragraphe à la quasi fin du volume.
L'amateur de carnaval l'aura donc compris : mieux vaut préférer le naturisme.

UN MOUSSEUX GOÛT RAISINÉ

DU SANG DANS LE CHAMPAGNE, GEORGE MAXWELL
LE CONDOR / LA MÔME DOUBLE-SHOT # 16, 1953

Quelle femme, cette môme Double-Shot ! Pourtant, ce "n'est pas un personnage de légende," nous informe l'éditeur en quatrième de couv', non, non, "c'est une fille comme beaucoup d'autres, un peu mieux roulée avec un côté curieux qui fait qu'on s'attache à elle dès qu'elle entre en scène."
Oh ! Arrêtes ton char. Ça joue les modestes mais on démasque bien vite tes intentions. Droit au but : Rien que les descriptions qui nous sont faites de la poitrine de l'héroïne annoncent la couleur. "C'est plus une devanture, c'est une balustrade !"
La môme Double-Shot, c'est donc une fille bigger-than-life. Elle vous fouette le sang pire qu'une poignée d'orties. On dirait Bill Ward illustrant un strip de papy Spillane. Et ses aventures sortent du même canon. Le calibre improbable, lourd à porter. C'est généreux et idiot. Trop généreux et trop idiot. Pas forcement bon pour la santé non plus.

Bref. Dans l'épisode du jour (Du Sang Dans Le Champagne), la môme enquête dans le Chinatown San-Franciscain. Accompagné par son fidèle gorille (vrai nom : Charly Brown), elle cherche un mystérieux meurtrier, un dangereux dealer, un sinistre sectateur.
Possible que les trois ne soient en réalité qu'une seule et même personne : le Dragon Noir. Un gugusse peu recommandable. Les fanas de George Maxwell qui se sont déjà tartinés quelques aventure de Miss One-Shot, la fille de Double-Shot, savent à quoi s'en tenir. On assiste ici à la naissance d'une certaine continuité dans l'œuvre de Maxwell. L'arbre généalogique prend racine, et d'une façon que la bienséance reprouve. GO, MAXWELL, GO !

Mais reprenons. La môme traine dans Chinatown by night et son périple se transforme très rapidement en une belle étude de ces clichés so-fifties concernant l'exportation aux USA de l'homme asiatique et de sa culture si particulière, si fascinante, si pas-comme-la-notre.
Car le Chinois est un être fondamentalement étrange. Faut le savoir.
Il est jaune, de petite taille, silencieux (sauf en groupe - là, "on se croirait enfermés dans une voliere de cacatoès"), fourbe, cruel et malin. Il a un code de l'honneur bien à lui, cause un dialecte barbare pleins de niak-niak et produit une cuistance qu'à une drôle d'allure. Surtout, les chinetoques, avec leurs petits yeux bridés et leurs faces de macaques savants, se ressemblent tous comme deux gouttes d'eau.
Difficile alors, avec pareils olibrius, de mener décemment son enquête. L'investigation piétine. Concernant ses activités occultes dans des tripots servant de couvertures à d'inquiétantes sociétés secrètes, le Chinois se tient coi.
Muet comme une carpe.
On n'en attendait pas moins de sa part.

Et pendant ce temps-là, George Maxwell fait reluire ses artifices habituels. Sexe et sadisme, délires et déviances. Page 41-46, Hopy Travers est droguée puis violée par le Dragon Noir. "Et quand je pense qu'avec ça j'ai pris mon fade comme un bourrin..." dit-elle avant de rajouter, sentencieuse :
"Bordel de putes borgnes !"
Hélas pour elle, les choses ne vont pas en s'améliorant. 20 pages plus loin, bâillonnée, tenue en respect, elle subie les derniers outrages en matière de médecine gynécologique. On explore "le fond du fond de la môme Travers" et Maxwell débloque dur. C'est l'origine du monde à mots couverts... "et pourtant, tu peux croire qu'ils n'ont pas mis des gants pour me chanstiquer la cramouille, ces mirontons de malheur !"
Après ça, forcement, comme le disait très justement Hassan i Sabbah à ses potes de défonce, là haut sur la montagne, ouais, après ça, tout est permis.
Nature.
Les Chinois, histoire de démontrer qu'ils ne donnent pas que dans la torture raffinée des berlingots de ces dames, se mettent à œuvrer dans le sévices salement graphiques.

Ainsi, tandis qu'un équarrissage de guibole à la scie musicale égaille le chapitre 14, voila le chapitre 15 qui nous compile en 2 pages top chrono un hit parade renversant d'atrocités gerbouilleuses. Le sol n'est plus inondé de jus de barbaque, c'est la pièce entière qu'est devenue une piscine aux tons carmins.
Du Sang Dans Le Champagne ?
Plutôt quelques gouttes de mousseux dans des hectolitres d'hémoglobine
.

Et George Maxwell qui tire à la ligne.

Ou plutôt : mitraille à la page. Mitraille la page itou. On le sent patiner. Faut remplir, et le contrat, et les feuillets, tout ça pour pas lerche.
Alors c'est l'imagination qui morfle.
La môme est ainsi faite prisonnière par les Chinois tous les 3 ou 4 chapitres
. Sur les 31 que compte le bouquin, ça laisse la place à une belle pelletée de répétitions. Hope Travers ligotée, bâillonnée, fourragée, noyée, lâchée dans une fosse à serpents, tenue en respect par une sarbacane qui débite de l'obus d'artillerie. Tout le répertoire y passe et le lecteur non-averti trépasse. Le pauvre.
Il n'aura pas tenu jusqu'à la fusillade finale.

"Alors là, mes aïeux, ça crache la mort dans tous les azimuts."
Tu l'as dit bouffi. Et le roman qui se clôture enfin. Il n'a satisfait aucune intelligence mais, entre son amoncellement de bidoche trouée et de rigoles de raisiné, a permit à quelques beaux morceaux de phrases, tantôt vulgaires tantôt poétiques, d'éclore. Il faut les chercher longuement. Comme une truffe dans la fange, ça nourrira surtout les cochons. Et c'est justement pour cela qu'on aime George Maxwell. Ça, et aussi parce que La Môme Double-Shot est un défouloir hystérique unique en son genre.
C'est indigent et indigeste, certes, mais c'est aussi fabuleux que fantasmatique. Ça fout la barrabille dans le bon goût et ça ne s'explique pas.
On aime ou on décarre.
Point à la ligne.

JEAN ROLLIN ET LA LITT' POP'

Jean Rollin n'est plus. Coïncidence étrange (?), hier au soir, le Blog of Terror lui consacrait un très bel article. "Jean Rollin voit un monde triste qu'il tente de réenchanter, de rendre à nouveau désirable."
Aujourd'hui, les hommages pleuvent. L'exercice est bien souvent creux. Pour citer monsieur Medusa, "c'est comme ça ici bas, on se rend compte de la valeur des gens une fois qu'ils sont partis !"
Je préfèrerai ne donc pas m'attarder sur le territoire des afflictions patrimoniales. Malheureusement, il existe une facette de Jean Rollin que l'on évoque très rarement alors qu'elle constitue une composante essentielle de son œuvre. C'est celle du Jean Rollin amateur de littérature populaire, toqué de Fantômas, fondu de romans à quat'sous.
Je ne parle pas du Jean Rollin écrivain (une poignée de romans au Fleuve Noir et chez Florent-Massot) mais bien du Jean Rollin lecteur, éponge à mots et à images, formé à la "marginalité anarchisante " par les publications dénigrées du roman de gare.
Exploitation sur papier. Explosion imprimée de fantasmes, de poésie, de folie.
"C'est vrai que cette littérature bon marché à influencé les adolescents que nous étions."
On le savait amoureux des sulfureuses héroïnes de George Maxwell, du style désespéré de Claude Ferny, du Salauds ! de Anta Grey.
De cette éducation en dehors des sentiers battus, Jean Rollin tirera une très belle postface. Elle accompagne la réédition des Anges De La Mort d'André Helena (Fanval Noir, 1988) et si l'écrivain narbonnais occupe dans cette évocation une place centrale, Rollin aborde tout de même une très large portion de sa fascination pour les feuillets poussiéreux des mauvais genres.

"Il ne nous serait jamais venu à l'idée d'acheter un livre neuf."
En quelques phrases, en quelques pages, il donne littéralement corps à cette passion bizarre que la bibliophilie normale récuse, à cette errance/recherche de trésors oubliés, à cette obsession étrange pour des textes qui, aux yeux de tous, ne suggèrent "rien qui vaille."









Et si Jean Rollin n'est plus, rien ne m'empêche cependant d'imaginer que, dans une dimension parallèle à la notre, il réalisa pour le grand écran une adaptation cinématographique des aventures de la Môme Double-Shot avec Brigitte Lahaie dans le rôle-titre.
Chacun son truc, non ?...

POURQUOI PAS CELLE-CI ?


Amusant petit roman érotique signé Jean Leblond (?) et publié en 1953 par les éditions du Trotteur dans leur collection Paprika, Pourquoi Pas Celle-Ci tient plus d'une série d'illustrations de Dubout que du bouquin d'amour charnel pleins d'émois sensuels ennuyeux.
Retranscrit par la prose franchement rigolarde d'un aimable plaisantin de la litt' pop' d'après guerre, le récit se résume à un enchainement sans fin de scènettes comiques et paillardes, cochonnes et poilantes, toutes tournant autours des cocufiages mutuels d'une troupe de plagistes franchouillards et faisant de Pourquoi Pas Celle-Ci une sorte de Vaudeville dégénéré tel qu'Emile Couzinet aimait les filmer.
En bref : un divertissement solide pour les amateurs de littérature pâtissière pas sérieuse et riche en beurre.
Au passage, notons en bas de la quatrième de couverture le titre de la prochaine parution : Pas De Poils Sous Les Bras.
Tout un programme !

GEORGE MAXWELL RÈGLE SES COMPTES EN DOUCE...

TIREZ A VUE, GEORGE MAXWELL
LE PONT-NEUF / MISS LUGER # 1, 1958

En relisant dernièrement du George Maxwell, je me suis rappelé d'un détail que j'avais omis de mentionner et qui pourtant présente un certain intérêt.


Ainsi, vous vous en souvenez peut être, dans son étude consacré à l'auteur de la Môme Double Shot, Tonton Pierre nous apprenait que le manager de Maxwell n'était autre que François Richard - une figure bien connue des amateurs du Fleuve Noir puisqu'il en fut le directeur littéraire de 1949 à 1978 tout en signant (?) aux cotés d'Henri Bessière des romans d'Anticipation et d'Espionnage sous les pseudonymes transparents de F.H. Ribes et F. Richard-Bessière.
François Richard, pour écrire les choses simplement, sans s'embarrasser d'équivoques tout en prenant le risque d'émettre un jugement hâtif et en parti erroné, François Richard, donc, ce n'est pas vraiment le genre de gonze que je pourrai qualifier d'honnête homme.
Henri Bessière l'a d'ailleurs déjà dit à de nombreuses reprises et ce qu'il pense du personnage est suffisamment éloquent pour dresser le portrait d'un agent littéraire aux pratiques et aux procédés largement discutables, bien qu'extrêmement ordinaires.

Grosso modo : François Richard n'était qu'un filou de plus dans le monde de l'édition populaire.

Mais François Richard était aussi le manager de Georges Esposito, dit George Maxwell, et dont les romans, pendant la période aux éditions du Trotteur et du Condor (soit de 1952 à 1954), furent faussement adaptés de l'américain par un certain Richard Esposito.
(...Richard comme François Richard et Esposito comme Georges Esposito... mais tu avais déjà dû piger l'astuce, excuse-moi de te prendre pour un loquedu...)
Par la suite, lorsque George Maxwell passa à la Sogedide, puis au Pont Neuf, le nom de Richard Esposito disparut des mentions d'adaptation.
Le contrat entre Richard et Esposito/Maxwell avait-t-il été rompu ?

Tonton Pierre semble, dans son étude, indiquer le contraire. Je ne m'hasarderai pas à le contredire. Pourtant, la question mériterait d'être posée puisque c'est justement à cette période qu'un personnage de papier fait son apparition dans l'œuvre de George Maxwell.

On le remarque à peine. On pourrait même dire qu'il est insignifiant. Et personnellement, je ne l'ai rencontré que deux petites fois.
La première, ce fut dans la série du Jaguar, sous les traits de l'espion Frank Richard, un proto-James Bond falot et phallocrate, brutal, idiot et vaguement détestable. C'était en quelque sorte le dindon de la farce, un pathétique agent américain qui s'ingéniait, mais sans aucun succès, à contrer la sublime et sinistre anti-heroïne du texte, le Jaguar, femme-espion indomptable et pleine de ressources.
La seconde apparition fut plus intéressante... bien que plus courte.
On la découvre dans Tirez à Vue, le premier volume de la série Miss Luger, ultime variante un peu fatigué de la Môme Double Shot.

Cette fois, l'individu s'appelle Francis Ricardi. C'est un gars qui bosse dans une imprimerie comme correcteur. C'est surtout un triste salaud, veule et lâche. On apprend d'ailleurs qu'il a "tout de la carpette un jour de pluie.

Ses petits yeux porcins luisent dans sa trogne graisseuse."

Charmant bonhomme, n'est-il pas ?
D'ailleurs, George Maxwell lui réserve un traitement maison expeditif. Francis Ricardi apparait en page 40, se fait dessouder en page 60. Entre temps, il a reçut une petite correction de la part du gorille et de double-mouche.
On sent qu'il était aimé de l'auteur, le Francis Ricardi... Et son blaze ne trompe pas. Il désigne clairement quelqu'un du doigt.
Mais vous connaissez la formule...
"Toute ressemblance avec des personnages ayant existé n'est que pure coïncidence, etc, etc..."

UN RAYON PAS TRÈS FANTASTIQUE...

LE RAYON ORANGE, GABRIEL GUIGNARD
LE TROTTEUR / SCIENCES ANTICIPATION # 7, 1954

Il y a de cela très exactement (ou presque) un an, je m'étais montré particulièrement dithyrambique au sujet de Baby Tiger Joue Et Perd, un faux sexy-polar signé par un certain Gabriel Guignard, publié au trotteur sous le pseudonyme de John Ellis et dans lequel le kidnapping d'une starlette américaine justifiait un improbable imbroglio mondial rappelant, le génie et les expérimentations en moins, les premières œuvres satiriques de John Sladek (dois-je citer des titres ?)
En 200 pages bien tassées et à la densité fort étonnante pour un roman du trotteur, Guignard faisait montre d'un style très personnel, désinvolte, léger, humoristique mais très souvent pince-sans-rire. Enchaînant sans répit situations loufoques et prudes évocations de ces carnages propres aux romans du Trotteur, Baby Tiger Joue Et Perd faisait alors penser à un insouciant muet burlesque carambolant un James Cagney sautillant. Combinaison sublime qui, ajoutée à l'écriture joliment travaillée de Guignard, hissait sans aucunes difficultés ce petit polar au rang des incontestables réussîtes oubliées du genre.
Je me montrerai par contre bien moins enjoué en abordant un second roman de Guignard, Le Rayon Orange, récit science-fictif ne manquant pourtant pas de charme – ce charme typiquement, non pas retro mais plutôt préhistorique de la nouvelle SF française des années 50, à mille lieu du professionnalisme anglo-saxon et où, pour un magnifique Yves Dermeze aux éditions Metal l'on doit aussi se tartiner 11 Flamme D'Or incompréhensibles, écrits en dépit du bon sens et proche du délire constant.
Charme aussi de l'écriture et des idées de Guignard, bien décidé à ne pas jouer sur le même terrain que ses compagnons mercenaires du récit populo. L'étrangeté des personnages n'est pas sans rappeler Jan A Rey (ou, plus proche de notre époque, le tout premier roman de David Calvo), l'intrigue débute de manière étonnante et Guignard accumule de très nombreuses notes de bas de pages volontairement farfelues, renforçant ainsi l'impression de récréation formelle.
Charme malheureusement bien vite brisé. Si il est bien plus court que Baby Tiger, Le Rayon Orange apparaît aussi bien moins travaillé. Passé les 50 premières pages, l'intrigue se recentre d'ailleurs sur du classique. C'est le format type de la SF années 50 : une fusée, un mystère, un départ dans l'espace, la découverte émerveillée d'une planète exotique, le retour, la résolution terrestre, épilogue, fin. Je ne vais pas me plaindre de cet aspect routinier mais Guignard n'arrive pas à le dépasser. Pire, il s'y enlise.
Les 130 premières pages manquent cruellement de folie. Certes, les cachets de Glycenium, les messages post-mortem à l'encre sympathique, le monde inversé ou la ville-perle sont de belles idées mais cela n'empêche pas Le Rayon Orange de nager dans le petit roman anticipation à fusée Brantonne, genre les pires moments de Richard et Bessiere.
(Oula ! C'est du lourd ! Essayez un jour Les Pionnier Du Cosmos et sa suite Le Chemin Des Etoiles, vous m'en direz des nouvelles...)

Passé 130 pages, par contre, c'est la surprise, la très grosse surprise, mais l'effet n'est en aucun cas positif. Nos héros, perdus dans l'espace, découvrent la véritable nature de leurs ennemis. Ce sont des Japonais. Mais attention ! Pas des Japonais de l'espace, comme les chinois spatiaux de Flash Gordon, mais bien des Japonais japonais, des japonais terrestre quoi, nos japonais à nous si tu préfères, amateurs de bondage, d'urolagnie en folie et de petites culottes blanches à renifler. Sauf que là, ils sont bien moins marrants, les bridés vicieux. En secret, ils ont conquit la galaxie et projettent d'atomiser la terre en représailles pour le coup du double bombardement d'août 45.
Sachant que le roman se déroule en 2006, on peut dire qu'ils sont rancuniers les gonzes.

Heureusement, nos héros sont là et les 40 dernières pages du Rayon Orange sont alors gâchées à vaillamment exterminer du méchant jaune bridé pas beau, en masse de préférence, façon génocide au rayon pulvérisant. Une sacrée suite d'atomisation en série qui, après l'explosion de New-Yeso, la planète-mère des Japonais, voit l'un de nos gentils héros s'exclamer joyeusement au sujet d'Hiroshima et de Nagasaki : "Enfoncés !"
Un coup à en rester baba. Les lecteurs consciencieux pourront vérifier le méfait en page 150.
Quant au final, une fois le monde débarrassé des Japonais, il achève de plomber définitivement le roman.
Je me permettrais juste de noter, et avec un sérieux qui me fait bien souvent défaut, une chose particulièrement positive dans ce triste marasme ni drôle ni distrayant : Le Rayon Orange m'a donné envie de relire Baby Tiger Joue Et Perd et j'espère qu'à la lecture de ce post, il en sera de même pour vous...

GEORGE MAXWELL UNCOVERED

J'aurai dû parler de cela il y a déjà quelques temps. Au moins un mois. Peut être un mois et demi. Mais je ne suis pas quelqu'un de très fiable. Je m'en excuse. Parler de quoi, exactement ? De George Maxwell évidement.
Car enfin, enfin, la lumière a été faite sur cet auteur qui me tient tant à cœur et qui justifia, une année et quelques mois auparavant, la création de ce blog.
Là dessus, je ne peux que remercier Tonton Pierre, ou Pierre Cabriot, selon que vous soyez dans le registre du familier ou pas. En effet, ce pilier de l'excellent et essentiel forum à propos de litterature populaire s'est fendu très récemment d'une superbe monographie sur l'homme derrière la môme double shot. On ne savait rien (ou presque) sur l'étrange George Maxwell et désormais, nous savons presque tout. Son nom, sa vie, son œuvre (71 romans ?) et son destin tragique... pour faire dans le pathos. Mais Cabriot évite cet écueil. Du trajet professionnel de Maxwell, il trace les grandes lignes, révèle de nombreuses œuvres cachées, ses liens avec François Richard (ça aurait été quelque chose que Maxwell au Fleuve !), Edmond Nouveau, Roger Dermé. Entre autres. De sa vie, il ne garde que la fin, en une chute étourdissante. The last shot, comme il l'écrit lui-même. Sacrée affaire... Pour les passionnés de polar-sexy des années 50, le texte et la bibliographie sont incontournables. Vous pouvez trouvez cela à cette adresse http://litteraturepopulaire.winnerbb.net/pseudonymes-f20/maxwell-george-t967.htm et, si comme moi vous avez l'âme du completiste papier, Tonton Pierre a auto-édité son étude en 32 pages richement illustrées tout en couleur - port compris, ça donne 7 euros pour les français et 7,25 pour les belges.
Bref, une initiative décapante que je ne peux applaudir qu'en tapant mon clavier contre la table. Houra !

(la môme, dans l'une de mes couv' favorites de Salva)


Et puisque nous en sommes au rayon des révélations, c'est en chinant pour une modique somme dernièrement le Bibliothèque Du Fantastique (les omnibus Fleuve Noir) consacré à Gérard Prevost que j'ai appris l'identité exacte de Peter Viane - dont Prevost remania le Ne Les Tue Pas Tous des éditions du Trotteur en Pitié Achevez-Moi pour le compte des éditions de la Seine.
Donc, Peter Viane cachait en réalité Pierre Cambot et Liane Mery. Ce dernier nom parlera très certainement aux amateurs de romans cochons seventies. Mais oui, voyons, Liane Mery, cet auteur Euredif qui donna à la collection Aphrodite de si beaux titres comme Duo à Trois, L'Amour Qui Va Qui Vient ou (celui-ci détruit tout sur son passage :) Zizi-Boy. Des romans à l'eau de rose avec un peu de fesse dedans. De vraies purges. Par contre, Pierre Cambot, inconnu dans mon bataillon...

Voila, c'est tout pour aujourd'hui ! Bonne nuit !

BONJOUR LES DEGATS !

FAUT LES AVOIR BIEN ACCROCHÉES, ROGER DUCHESNE
LE TROTTEUR / LES GRANDS ROMANS NOIRS, 1953

Dans la grande tradition du hardboiled franchouillard débilitant, le roman d'homme viril payé au chapitre et vendu aux masses alcoolisées, voici venir l'improbable Roger Duchesne, acteur, bandit, garagiste, flambeur, écrivain mais surtout grande surprise de mon mois de décembre 2008 puisque le voila qui brigue avec fougue une jolie place d'outsider du genre, le genre débile et alcoolique j'entends, en coiffant au poteau une bonne partie de la clique Dermée, trop misérabilistes et pas assez cons au goût des esthètes vrais de la chose mal imprimée.
Il était pourtant difficile, après avoir lu La Morgue... Terminus, petit roman noir sérieux et tristounet, d'imaginer Duchesne en concurrent sérieux du brutal duo Jean Normand et Jacques Alexandre, à ce jour le seul et unique véritable package complet d'intrigues inintéressantes, de dialogues confondants et de situations qui peuvent sembler totalement illogiques si vous n'en tenez pas une bien sérieuse en travers le cornet...
Mais c'était sans compter Faut Les Avoir Bien Accrochées (quel titre choc !), suite de Plus Un Poil De Sec (idem), deuxième roman de Duchesne au Trotteur et qui, au grand prix du 200 mètres de n'importe quoi sur Underwood à touches souillées par le pinard, ramasse pas mal de palmes dont celle de mon inestimable approbation.

Je me permets de passer rapido sur l'introduction, non pas téléphonée mais bien télégraphiée (lorsque vous êtes payé au chapitre, les pages superflues, ce sont des choses qui comptent !), pour m'attaquer à l'essentiel, je dirais même l'élément majeur de cette œuvre : la bibine. Vous le savez, c'est un sujet qui me parle.
Donc notre héros, Bob, Bob Tracy pour être exact, est alcoolique. Mais ce n'est pas vraiment de sa faute car Duchesne a cru bien faire. Nous sommes en 1953 et c'est la période de l'emblématique Cigarette, Whisky et Petites Pépés. En mettant en scène un simili-clone d'Eddie Constatine / Lemmy Caution, l'auteur connait le règlement. Faut que ça clope, que ça court la gazelle et que ça boive. Mais Duchesne l'applique un peu trop au pied de la lettre. Bob boit.
Beaucoup.
Beaucoup.
Beaucoup trop.

"Péniblement, je descends et prends le chemin du retour qui est un véritable chemin de croix avec la différence que c'est ma soif que je traine, moi."

A la décharge de notre héros, précisons aussi qu'il n'est pas vraiment incité à l'abstinence par son entourage. Par exemple, page 73, Bob tombe en panne sèche d'inspiration pour trouver des indices. Son patron de L'International Service Anglais se montre alors extrêmement compréhensif : "Un conseil, Bob : buvez un bon coup, ça vous réussi toujours."
Du coup, remonté comme pas deux, Bob s'en jette un petit dans la pente. Puis un autre. Et la famille qui va avec, tous remplis pas plus haut que le bord du godet. Hop ! C'est facile, ça passe tout seul. Pendant ce temps, l'enquête patine et la copine de Bob, une blonde bien gironde avec des creux et des bosses là où il faut et même plus qu'il n'en faut là où il faut (dixit le narrateur) se fait enlever par les salauds du camp adverse.

(Je ne m'épancherais par contre pas sur la disparition inexpliquée, vers les deux tiers du roman, du major d'homme noir de Bob, un oubli de l'auteur, probablement lui aussi bien noir...)
Bref, Bob est en rogne. Très en rogne. Aux salauds du camp adverse, il veut "leur faire pisser du vitriol" mais, ne sachant pas exactement où les trouver, il préfère continuer à écluser des glass au comptoir du bar de l'hôtel. Une sage décision puisque Bob y dégottera, quelques paragraphes plus tard, une chouette poupée super-gonflée venant remplacer agréablement l'autre mousmée kidnappée et qui, au même moment, se fait violer en masse puis zigouiller par ces salopes de salauds du camp adverse.
Oups, je vous ai raconté la fin... Désolé. Je continue tout de même puisque tant qu'il y a du plaisir, y a pas de gène.
Donc, pour venger son honneur d'homme involontairement cocufié par son ex-greluche, Bob lève finalement son postérieur du tabouret sur lequel il reposait bien au chaud depuis de nombreux chapitres et, avec l'aide de quelques mectons énervés sortis d'on ne sait où (mais ça, c'est ma faute, j'avais pas mal bu moi aussi et j'en perdais quelque peu le fil de ce bouquin), va latter la gueule des salauds d'en face jusqu'à plus soif. Là, ça devient vraiment n'importe quoi mais je retiendrais surtout le passage où Bob charge l'un de ses mectons énervés de violer une gonzesse qui turfe pour les salauds d'en face. Et après que cette dernière ait bien prit son pied contre son gré (normal quoi), Bob lâche cette magnifique phrase au jules de la morue pas vraiment outragée : "Le cul, c'est pas un monopole... bien lavé, c'est tout neuf !"
Et c'est un peu ça, le charme fou de Faut Les Avoir Bien Accrochées : des phrases vulgaires comme extraites d'un esprit totalement surexcité par l'alcool et qui déboulent sans prévenir dans une grosse bouillie de roman noir bas de gamme.
Carrément le parangon détraqué d'un roman des éditions du Trotteur.

Et ainsi, au rayon des perles incorrectes mais hilarantes, nous avons droit à une divagation à l'orientation sexuelle totalement cryptique ("Je file le train à ma ravissante... Vous me croirez si vous voulez mais le coté pile est aussi chouette que le coté face. Elle a un de ces petits popotins à vous rendre pédé."), à des dialogues digne d'un Simonin en roue libre ("Dis donc !... petite salope ! tu crois que c'est à toi de poser des conditions ? T'es culotté ! grâce à toi, je nage dans la mouscaille et monsieur veut traiter d'égal à égal, tu dois te masturber !c'est pas possible...") ou encore à une très surprenante note de bas de page ("Les enc...(1) = Censuré parceque un peu vulgaire. Se dit surtout des gens se livrant aux jeux de la pédérastie.")
Bref, pour tout cela, et pour bien d'autres choses aussi, merci Roger !

UN ROMAN CHOC DU TROTTEUR, ÇA ?

BABY TIGER JOUE... ET PERD, JOHN ELLIS
LE TROTTEUR / LE ROMAN DE CHOC, 1953

En ouvrant Baby Tiger Joue... Et Perd, je ne m'attendais vraiment pas à "ça".
A mes yeux, et ça me semble plutôt logique, les multiples façades éditoriales de Roger Dermé ne pouvaient proposer que deux types très peu distincts d'ouvrages sur un secteur d'activité plutôt pauvre, celui du roman noir bon marché et sensationnaliste.

Ainsi, le Trotteur et compagnie pourvoyaient soit en polar français sur-violent et écrit à la va-vite, en roue libre même, par un alcoolique parfois génial et parfois très lourd, soit en hardboiled moyennement inspirés d'auteurs américains méconnus sur leur territoire et dédaignés à l'importation par la Série Noire et sa respectable concurrence à éléphants en ornementation de tranche, concurrence pourtant pas toujours très regardante sur la qualité des bidules mis sur le marché.
Du coup, John Ellis, je le classais directement dans la seconde catégorie (ce qui constitue un bien mauvais point de départ) mais j'avais doublement tort.

Primo, Baby Tiger Joue... Et Perd applique la fameuse règle du pseudonyme faussement américain, l'habituel attrape gogo des années 50 puisque John Ellis n'existe pas. Le véritable écrivain ici, c'est Gabriel Guignard, masqué en traducteur (logique) et signataire à la même période de deux romans de science-fiction, Pyramidopolis et Le Rayon Orange, toujours pour le compte du Trotteur. Je n'en sais pas plus. A suivre, donc.

Secondo, Baby Tiger [...] est un roman noir foutrement atypique. Improbable, même. Rien à voir avec mon George Maxwell habituel. C'est écrit bien plus petit, il n'y a pas de poinçonnage des parties génitales et l'argot passe à la trappe. Quant à l'histoire : impossible à résumer sans attraper une migraine foudroyante ! Tout juste puis-je écrire, sans difficultées ni implosion de ma pauvre matiere grise, que ça concerne l'enlèvement d'une star de cinéma un peu garce, la fameuse Baby Tiger du titre, et l'extravagant chaos international que cet événement va déclencher.
Après, c'est une foultitude de personnages loufoques qui s'entre-croisent - journalistes, politiciens, criminels, anciens amants et la doublure de l'actrice - et tout ce beau monde se trahit, se dézingue - enfin, fait toutes ces choses habituelles dans un roman policier à bas prix mais toujours d'une manière décalée, à l'image de cet implacable tueur à gage armé d'une paire de béquilles mitrailleuses, équarrissant sans raisons apparentes et sans distinctions tout les personnages du roman et dont l'identité (à tiroirs) ressemble à une parodie des mystères de Edgar Wallace.

Bref, Baby Tiger [...] est un roman touffu, alambiqué, parfois un peu trop long et à d'autres moments un peu trop confus mais constamment surprenant. C'est de l'humour et de la desinvolture, un film hollywoodien des années 40 qui aurait déraillé à force de dérision, comme du Cecil B. DeMille revisité par John Sladek ou les Marx Brothers chatouillant James Cagney. C'est une véritable curiosité, indigeste et exaltante, dans laquelle il faudra très certainement que je me replonge longuement pour en extraire toutes les merveilleuses subtilitées.

PSEUDONYME-PARTIE

PITIÉ ACHEVEZ-MOI, DIEGO MICHIGAN
LES EDITIONS DE LA SEINE / COLLECTION RAFALE, 1954

A propos de ses polars, Mickey Spillane disait : c'est la première ligne du premier paragraphe qui vend le bouquin. Ce jour-là, il surestimait un tout petit peu son lectorat.
Je sais de quoi je parle, je suis censé représenter le lectorat visé.
Un bouquin (de ce type, s'entend), ça se vend principalement parce qu'une poupée bien pulmonée et joliment illustrée s'affiche fièrement sur la couverture. C'est logique. Toutes ces salades salaces, c'est pour les gonzes qui ont des goûts esthétiques bien fermes et tranchés. Rajoutez un titre qui s'incruste à vie dans le cervelet et vous tenez dans vos petits doigts boudinés et suants un chef-d'œuvre intemporel du gare jetable.
Et tant pis si l'intérieur est rédigé par un tâcheron anonyme fortement anisé.

Bref, je savais pourquoi j'investissais mes maigres euros dans Pitié Achevez-Moi. Pour la couverture. Et pour le titre. Et aussi pour Diego Michigan. Mais cette dernière attention est plus personnelle.
Pour rester dans le Spillane, je dirais que les dernières phrases des derniers paragraphes de Diego Michigan m'ont vendues ses bouquins suivants...
Car Diego Michigan a beau être un cache-misère collectif, un pseudonyme pour auteurs infortunées aux ambitions plus nobles (genre, la poésie, mais on y mange moins bien que dans le polar bas de gamme), il ne faut pas pour autant sous estimer sa prose facile. Ce n'est peut être pas du André Hélena des grands jours, mais c'est tout de même assez proche d'un George Maxwell ronronnant, le George Maxwell de la Sogedide par exemple. Pour dresser le tableau grossièrement, c'est un truc de mec, avec du sang, des tripes et du cul, mais pas trop sauvage quand même, limite édulcoré.
L'analogie culinaire du Hardboiled étant l'œuf dur, il s'agirait donc là d'un œuf mollet : Ce n'est pas de la littérature à la coque pour vieilles filles toquées de mystères policiers ennuyeux et ce n'est pas non plus un sommet de l'extrême cuisson à eau bouillante façon George Maxwell période le Condor, pour rester dans le comparatif.
Pitié Achevez Moi, c'est le juste milieu. C'est du roman d'hommes écrit par un indécrottable romantique aux passions un peu tordues. C'est un roman d'amour violent. Un Arabesque collection Parme mais sans la guimauverie, le sirop et les considérations sophistiquées. Tout ces trucs de nénettes y sont remplacés par des mitraillettes et des grenades, avec un couple à la Bonnie & Clyde qui dézingue tous azimuts, de la torture soft, du sexe suggéré et, chose toujours appréciable, un peu de misogynie par endroits.
"Il était déchaîné et Minou ne pensait qu'à une chose : se protéger des coups. [...] Ne sachant plus où elle était, ni quel homme la frappait, elle gémissait, puis subitement cria :
- Rudy... Je t'en supplie...
Ce prénom fit à Fred l'effet d'une bombe [...]. Il s'acharna, frappant de toutes ses forces sur Minou complètement nue qui, à plat ventre sur le lit, ne bougeait plus que rarement. Quand elle ne bougeat plus du tout, il se laissa tomber sur elle et, comme un primitif qu'il était devenu, il la prit et tout deux sombrèrent dans un plaisir qu'ils avaient ignorés jusqu'alors."
Notons au passage qu'ils sombrent TOUT DEUX dans le plaisir.
Ah, c'est beau l'amour cruel d'hommes virils et violents, n'est ce pas les filles ?



DU VITRIOL SUR SA TOMBE, PETER VIANE
LE TROTTEUR / LES GRANDS ROMANS NOIRS, 1953

Je continue dans le Diego Michigan avec Du Vitriol Sur Sa Tombe. La couverture (d'Alex Pinon, tout de même) est moins jolie, le titre pas autant tapageur mais le roman (signé Peter Viane) est bien meilleur.
Ou alors était-ce une question de perception.
Car Du Vitriol Sur Sa Tombe, je l'ai lu quelques jours après Pitié Achevez-Moi. Et le rapprochement avec Diego Michigan, je l'effectuais une fois le premier tiers du texte passé : il s'agit en effet des même protagonistes, plus jeunes d'un ou deux volumes. Et l'aventure vécue dans Du Vitriol Sur Sa Tombe était relatée rapidement dans Pitié Achevez-Moi.
Vous parlez d'une surprise - surtout connaissant l'éditeur, le 5 rue des Moulins, pas avare en collections particulières pour ses divers feuilletons romancés.
Mais l'élément le plus troublant de ce mic-mac reste cet emploi du double pseudonyme. Je me gratte le crâne et j'avance un début d'explication. On va bien voir si ça colle...

En 1953, Peter Viane signe coup sur coup trois textes pour les éditions du Trotteur. Trois textes qui se suivent, publiés dans la collection Les Grands Romans Noirs : Ça Va Être Ta Fête, Du Vitriol Sur Sa Tombe et Ne Les Tue Pas Tous.
Fin 53 début 54, la censure et George Maxwell aidant, c'est la fermeture du 5 rue des Moulins. Les Editions de La Seine (futur Editions Baudelaire, Bel-Air, Internationnal Pocket et compagnie, bref, des filous spécialisés dans la réédition masquée) récupèrent une partie du catalogue, principalement du Diego Michigan (comme Bagarre à Macao, re-titré La Belle de Macao), et font de ce dernier leur auteur fourre-tout maison pour les manuscrits restants. Dont quelques histoires de truands romantiques signés Peter Viane.
La liste non-confirmée (car pas lus) des Vianes / Michigan : Un Paquet de Bastos, Pitié Achevez-Moi, Le Tueur Sans Mémoire et Arrête Le Cinéma.
Et si vous avez de plus amples informations, n'hésitez pas à me corriger...

Pour le reste, ce que j'écrivais au sujet de Pitié Achevez-Moi est aussi valable mot pour mot pour Du Vitriol Sur Sa Tombe. C'est du bon noir alimentaire qui, de par son mélange de sentimental et de sensationnel, s'élève quelque peu au dessus de l'habituelle production du Trotteur.
Mais j'en parlerais certainement avec plus de détails une fois l'ensemble de la série dégottée et lue.

DU BRUT POUR LES BRUTES # 2 : LITTERATURE DE PETITES VERTUES


FALLAIT PAS ME DOUBLER !, GEORGE MAXWELL
LE CONDOR / LA MÔME DOUBLE-SHOT, 1952

Il y a à peine une semaine, l'excellent Monsieur Losfeld abordait ici-même le premier volume des aventures de la Môme Double Shot, Fallait Pas Me Doubler. Un roman à double tranchant, par ailleurs, et sans jeux de mots.

George Maxwell, je le répète mensuellement, c'est l'énervé anonyme du polar des années 50. Un type qui écrit vite, sans fioriture et avec beaucoup de gueule les histoires sanglantes du poupée blonde doté d'un fort caractère et d'une belle carrosserie. C'est une absence totale de finesse littéraire, une gigantesque grossièreté de 180 pages, un truc pas très conforme - et plus si affinités.
"Ça pue l'alcool, le linge sale, la sueur, le cigare froid et le vice fashionable. On voit que dalle; trop de fumée, pas assez de lumière; y a une main qui me court sur la jambe, et qui remonte comme un gros rat; un rat qui pinsouille, mordille et me tire les poils, et moi, je suis le mouvement... J'ai les nichons en compote et la peau huileuse à force de transpirer; je glisse sans toucher terre , et j'évite des monticules vautrés, farcis de gémissements; j'écrase de mes pieds nus des bides velus, des doubles et des triples, et des gueules en accordéon qui couinent quand on marche dessus. J'ai l'impression d'être en pièces détachées [...] J'ai envie de dégueuler, tout ça est dégueulasse."
Pour autant, Fallait Pas Me Doubler, passé son premier chapitre entre orgie mondaine hallucinée et écriture automatique, se montre plutôt timoré. Bien entendu, il y a de la violence (les habituelles fusillades et poursuites en voiture). Il y a aussi pas mal de cul (sur le premier tiers du bouquin, elle se fait un gars différent par chapitre). Mais rien qui sorte cette histoire du cadre très formaté d'un polar sexy type La Tarente.
C'est le double tranchant de l'affaire.
Pour du Maxwell, la vitesse de croisière n'est pas très élevée, les situations assez classiques et la déviance plutôt minime. Pour peu que vous ayez lus quelques Double Shot plus tardif, vous serez immanquablement déçus. On est très loin du délire total d'un Pyjama de Sapin, pour citer mon favori actuel.
Et dans le même temps, en ce qui concerne le registre polar sexy, Fallait Pas Me Doubler est bien au dessus de la moyenne. C'est moins stupide, moins raciste, moins gras, sans guimauve et mieux écrit.
Et puis c'est du Maxwell, c'est le premier Double Shot. Un "Spécial Origine" avec l'apparition des futurs triplets de la tatane, Ben, Kiss et le Gorille. Pour le reste, Maxwell essaye certaines choses (du cul ?), tâtonne (du cul ou une intrigue ?), cafouille (deux intrigues ?) puis lance la machine dans un final assez correct. Bref, Fallait Pas Me Doubler est un brouillon stylistique. Une tentative plutôt réussie, à la fois intrigante et ennuyeuse, décevante et fort plaisante à lire.
Dans le genre, j'ai connu bien pire.


FRISSONS DE JOIE, LARRY SAUNDERS
EDITIONS DE LA TARENTE, 1953

Tiens, par exemple, ce truc-là. Frissons de Joie. Ou Bâillements d'Ennui. Ou Gros Yeux de Merlan Frit, car l'intrigue est totalement dégénéré donc, forcement, on lève assez souvent les yeux au ciel. Mais je dis ça en employant le sens le plus positif possible du mot dégénéré.
Frissons de Joie, c'est un roman qu'il ne faudrait jamais lire et pourtant, nous aurions tord de nous en priver.
C'est à l'érotisme suranné ce que la charcuterie est au végétarien. Un vrai concentré de douceur poétique pour mec viril gonflé aux flageolets. Une perte de temps absolue.

Mais permettez moi donc de vous en faire l'article... Je veux dire : de résumer la chose tant que j'en ai encore le courage.

Notre héros, Tom, est un clochard narrateur de type première personne du singulier. Un gars mal rasé et puant qui passe son temps à jurer comme un charretier (un slang vieille france très démodé) tout en traînant ses guêtres sur les routes des Etats Unis. Et qui pratique aussi l'abstinence sexuelle propre à sa classe sociale. Bref, Tom ne mène pas une vie très folichonne. Jusqu'au jour où il sauve Lona La Tigresse d'une bande de va-nu-pieds en rut.
Lona, c'est une super-poupée vagabonde un peu dominatrice sur les bords. Un truc qui remonte grave la libido de notre pauvre Tom. Malheureusement, elle est plutôt du type chaste. "Ah, si la plus hideuse des négresses était passée à ce moment-là, je crois que je l'aurais violée !" déclare, la queue entre les jambes, notre héros à la verve fougueuse.
Mais Lona a aussi une mission. Elle veut venger son mari, assassiné par les truands d'une organisation tentaculaire - une drôle de mafia principalement constituée de clochards libidineux et de nanas dévergondées genre Rosa La Chienne. Lona engage donc Tom comme garde du corps et ils partent ensemble, en vadrouille, châtier les saligauds et, bien entendu, se taper quelques séries de nanas dévergondées.
A partir de là, j'ai quelque peu décroché de l'intrigue à proprement parler, mais c'était pas très grave. Tout l'intérêt, vous l'aurez compris, réside dans le festival de subtilités sexuelles auquel Frissons de Joie nous convie. Un exemple ?
"- Vous allez vite, beaucoup trop vite !
Trop vite, qu'elle disait ! Avec une rombière de cette coupe-là on n'est jamais sûr qu'elle va pas se débiner au bon moment et vous laisser en carafe [...] Quand on est fixé on peut remettre ça avec les hors-d'oeuvres et le tremblement. Et aïe donc, ça n'a pas fait ouf... La réalisation de mon désir avait trouvé un domicile. Ah les anges ! C'étaient eux qu'avaient fait le Técalemit dans cet écrin de velours qui m'allait comme sur mesure. Et revlan. Pas besoin d'attendre le chant du coq. On se comprenait si bien qu'on s'est foutu à hurler tout les deux en même temps."
A la fin, l'auteur y fait une grande révélation. Tom n'était pas un clochard mais un ponte du FBI en mission sécrète. A ce moment là, on ne s'étonne plus de rien. On est même bien content puisque le roman est terminé.
Comme ma chronique d'ailleurs.
Donc, que dis-ai-je à propos du roman noir sexy ? Ah oui : c'est stupide, raciste, gras, guimauveux (car il y a une foultitude de bons sentiments) et mal écrit. Mais à moins d'être une fiotte trop attachée à la noble délicatesse des arts littéraires, c'est tout de même assez marrant.