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RAYON QUI TUE ET SEXE EN KIT

COSAQUE-STORY, PAUL KENYON
EPP / EROSCOPE # 5, 1975

Troisième aventure de la comtesse / espionne / top model / milliardaire Penny S. - Pénélope Saint John Orsini pour les initiés - Cosaque-Story se présentait sous des auspices qui ne m'excitaient que très mollement l'éponge à phosphore.
C'est bien simple, les récits se déroulant derrière le rideau de fer, ça a plus tendance à m'engourdir le palpitant qu'autre chose. Heureusement (et pour suivre l'habituel adage Spillanien) le premier paragraphe du premier chapitre sut parfaitement capter mon attention.
Il s'agit d'une description de Pénélope par le menu. Et ce n'est pas du menu enfant dont je te cause. On a des formes et du charnel. on a surtout des chevilles "longues et fines et d'une ligne si mélodique qu'on songeait à un poème mis en musique."
L'affaire est dans le sac. C'est balourd et engageant, ridicule et séduisant.
Pénélope, la fille aux gambettes en tracé sinusoïdal non saturé, fait l'amour avec un cinéaste Norvégien de bis auteurisant puis se trouve lancée sur la piste d'un mystérieux rayon laser qui bousille du satellite russe et ricain.
"Très probablement un laser à gaz dynamique" nous informe un spécialiste en la matière, page 111. "On injecte un mélange de bioxyde de carbone chauffé dans un tube à une vitesse supersonique pour obtenir une réaction très puissante par laser."
Ça fait peur. D'autant plus que l'inventeur de ce super faisceau annihilateur se nomme le Professeur Thing.
Le blaze en impose. L'apparence aussi.
Chinois et albinos, il représente le super-vilain typique des productions Lyle Kenyon Engel : un être monstrueux, imbu de sa personne, affligé de quelques encombrantes tares physiques et gonflé du désir maladif de tout détruire.

"Il était extraordinaire. Sa silhouette décharnée et filiforme, étirée jusqu'à la caricature, semblait surgi des phantasmes mystico-morbides d'un Gréco."
N'oublions pas l'essentiel : dans l'orbite creuse de son œil droit scintille un rubis rouge !
Death is a ruby light, dixit le titre original - ou comme le veut la formule anglo-saxonne : God is in the details. Chez Kenyon, le gâteau est toujours sauvé par sa cerise.

Pendant ce temps, la comtesse traverse la Russie. Fait équipe (dans tous les sens du terme) avec Alexei, un espion communiste. Rencontre de méchants autochtones qui la violent sauvagement sous une tente.
L'auteur se permet quelques phrases audacieuses (" son sexe était armé, braqué et prêt à faire feu ") et nous éclaire, de la page 120 à 122, sur le passé romantique et professionnel de notre héroïne.

Les fanas de la série apprécieront l'ensemble à sa juste valeur. Les autres passeront leur chemin mais d'eux, on s'en contre-barbouille grassement l'œilleton lunaire.
Car Cosaque-Story, ça ne vaut peut être pas Opération Extase, ça ne vaut peut être pas non plus Dépravez-Moi Ça mais ça reste très distrayant et ça rempli largement son contrat : emballer du 220 pages de récit pornospionnage premier degré, sans valeur ajouté et sans autres fioritures qu'un style ampoulé, du sexe en kit et quelques menues idées rigolotes.
Je l'écrivais plus haut : c'est balourd, c'est engageant, c'est ridicule et c'est séduisant.
Et si ça ne te suffit pas, désolé, mais je ne peux rien de plus pour toi...

LA ZIGOUNETTE TRANSCONTINENTALE

L'ALIBI DU LIBYEN, NORMAN ADAMS
GALLIERA / ADAMS # 8, 1974

Voici une lecture aussi effarante qu'atterrante : la huitième aventure de Norman Adams, docteur, espion, baiseur, loser. Hétéro-héros pathétique, adepte des pratiques sodomites sur la gent féminine et justicier international turbinant pour le compte d'une organisation de super Black Panthers Panafricanisés, le Wakanda version agit-prop du Tier Monde - soucoupes volantes, base secrète et technologies haut de gamme - enfin, ça, c'est ce que l'éditeur te promet dans le résumé des premières pages mais ne bave pas trop, de cette joncaille, tu n'en verra jamais la couleur.
Norman Adams, c'est plutôt du SAS d'extrême-gauche - une extrême gauche à prendre avec de fichues pincettes, je te préviens, puisqu'elle aurait plus tendance, cette extreme de la gauche, à définir la position du pénis au repos dans le bénouze de l'auteur que les possibles postures idéologiques arborées par le héros en titre.
Mais reprenons.

Ainsi, dans cet épisode, notre pauvre hère est contacté par Aldo Melone, un multi-miliardaire italien.
L'auteur, qui avance masqué sous le pseudonyme de son protagoniste principal tout en rédigeant ses exploits à la troisième personne du singulier (vas-y donc trouver une logique dans tout ça), l'auteur, donc, semble très en forme niveau blagounettes vaseuses et, page 29, ouvre les hostilités en nous informant des activités du richissime rital en ces termes (je cite car ça le mérite :)

"La MACA et la RONI constituaient [...] les deux mamelles de l'empire d'Aldo Melone."
On se marre doucement mais rassures-toi, il ne s'agit là qu'un d'un tout petit échauffement. Les choses sérieuses débutent quelques pages plus loin avec l'arrivée d'une pute Romaine (et pas Roumaine, s'il-te-plait), fervente adepte de sodome (normal) et grande dispensatrice en reparties comiques façon mantras obscurs.
"Au lit, coït qui mal y baise [...] mais au nid, coït qui mâle y bande," lance-t-elle finement en clôture du premier chapitre.
Clôture des préliminaires itou.
Car, page 35, on a parfaitement comprit que cet Alibi du Libyen, ça allait être la fête au n'importe quoi d'un bout à l'autre du bouquin. Une avalanche de conneries, un déchaînement d'humour qui tombe à plat, je te l'a fait courte : le second degré du trente-sixième dessous à prix discount, 15 centimes la palette (et encore, je suis pas sûr de tout vendre...)
Chapitre deux et avanti ! Adams et son italienne à gros cul discutent vaguement politique ("Oh ! moi, les partis ! À part celles des hommes !" déclare la charmante enfant) puis partent mollement baiser. Prennent enfin un avion qui se retrouve détourné par des terroristes palestiniens.
Ne t'attends pas à de l'action, il n'y en a pas.
Ne t'attends pas à du cul, il n'y en a pas non plus.
Attends toi uniquement à rencontrer un auteur en roue libre, un scribouillard qui s'emmerde en fignolant sa triste tambouille et choisi donc de prendre son fade en assenant de-ci de-là quelques paragraphes au mauvais goût plus vasouillard que distrayant.
Cf. les exemples donnés plus haut. Cf. aussi (et surtout) toute la kyrielle d'aberrations que tu découvrira si, un jour, par mégarde, tu te décides à chiner cet ouvrage.
Pour les autres, ceux qui n'ont pas que ça à foutre de leur temps, ceux qui s'en foutent dans les grandes largeurs (et les longitudes qui vont avec), ceux qui ont d'autres pains à fouetter sur leurs manches, notons tout de même, page 102, ce magnifique trait d'esprit de l'auteur, juste après que la Romaine sodomite ait traitée les terroristes Palestiniens d'enculés :
"Curieux que ce mot définisse les lâches ! Il faut au contraire, du moins me semble-t-il, un certain courage pour se faire défoncer la rondelle. Combien en ai-je vu pleurer sur leur oignon ravagé !"
Notons aussi, toujours pour les même zigues, page 155, cette profonde cogitation de notre héros au sujet des femmes - cogitation qui, peu à peu, semble se transformer en un explosif délire cosmico-lubrique :
"Que croyait-elle donc ? Qu'elle n'était pas une bonne femme comme les autres ? Bourrée de rêves et de pensées troubles ? Gonflée de désirs ? Ruisselante de plaisir, inondée de jouissance ? ... Rien ne déplaisait davantage à Norman Adams que ces pisseuses qui prétendent garder la tête froide en toutes circonstances. La tête, chez elles, ça veut dire le cul ; cette confusion anatomique suffisait à exaspérer le docteur.
' Quand donc les gens sauront-ils de quoi ils parlent ? ' pensa-t-il en se représentant simultanément les seins d'Antonella comme deux énormes grenades gonflées de suc, deux grenades entre lesquelles il eût bandé à planter comme dans des fesses rebondies le pain de dynamite de sa queue exigeante..."
Notons enfin, histoire de conclure, page 177, l'à-peu-près seule scène de cul du bouquin. Norman Adams fourrageant une terroriste Palestinienne, et cette dernière nous faisant l'honneur de partager une brève mais intense éclaircie réflexive :
"Dire que cette queue a traversé des océans et des continents pour venir se ficher là, dans mon cul !"
Et dire que je me suis tapé 220 pages de cette connerie pour en finir là...

QUE D'LA GUEULE !

OPÉRATION PIRANHA, CLAUDE LAURAC
OPÉRATION COUSCOUS, CLAUDE LAURAC
EURÉDIF / ATMOSPHÈRE # 68 & 73, 1974

1974 fut l'année clef pour les SAS de gauche. Pas moins de 3 séries relevant du genre y tentèrent leur percée... sans grand succès. CQFD. Année clef mais pas année d'or.
Les éditions Galliera proposèrent ainsi (et reparties en moins de quatre trimestres) 8 volumes des aventures de Norman Adams, médecin tier-mondiste aidant les révoltés d'Afrique noire à s'émanciper du joug occidental.
Dans sa collection Sang D'Encre, Jean Dullis publia celles d'un certain David Sladek, tennisman, espion, éco-terroriste combattant cyniquement multinationales et industriels. L'éponge fut jeté après deux épisodes.
Et enfin, du coté de chez Eurédif, boite érotico-porno alors en pleine expansion, Christian Laurac (pseudonyme maison masquant un collectif d'auteur) s'essaya au genre en serrant au plus près la formule déjà éprouvée par Gérard de Villiers. Espionnage, exotisme, pays chauds, dictatures et bla-bla-bla diplomatiques.
La couverture reprend d'ailleurs la fameuse charte graphique certifié prince
Malko, cette lettre dont les contours délimitent l'image d'une fille pulmonée et armée ou dévêtue et décidée.
Pour le coup, par contre, ce n'est pas un acronyme de trois signe qui est ici inscrit mais une simple initiale, celle du héros : "K" comme Ange Kérina - un peu comme le "M" dans l'édition Allemande de SAS répond à Malko Linge.

De prime abord, Ange Kerina est une réplique exacte de ces espions et aventuriers que le Fleuve Noir, l'Arabesque, la SEG et les Presses Noires (futur Euredif) publiaient dans les années 60 et que Gérard de Villier up-data, pour le meilleur et (surtout) le pire, au cours de la décennie suivante.
Des ébauches de héros, caractérisés par quelques poncifs inévitables
.
Il est grand, il est fort, il est beau, volontaire, courageux. Il respecte un certain code de l'honneur et se tape une poulette par épisode, minimum syndical.
Ensuite, on lui rajoute un petit quelque chose de personnel, histoire de bien le distinguer au mitan de la masse indivisible des barbouzes de papier qui pullulaient dans les rayonnages de l'époque. Celui-ci cultive un fond romantique, celui-là collectionne les trains électriques, cet autre aime à ingurgiter de l'anisette à toute heure de la journée et ce dernier dort avec ses vieilles chaussettes rapiécées aux pieds.

Dans le cas d'Ange Kerina, la distinction est plus appuyé. Notre héros a en effet participé aux barricades de mai 68 et depuis lors, il voyage de par le monde pour aider les causes perdues de ces potes socialistes, communistes et anarchistes.

J'en vois qui se frottent les mains. Calmons-les d'entrée. Ici, ce n'est pas la Brigandine. Et ce n'est pas Max Von Grub non plus. Ange Kerina porte autant à gauche que l'ensemble de ta belle-famille.
T'en frémis d'avance, t'as raison.
Si l'auteur n'était pas là pour nous rappeler toutes les 10 pages que son K est un véritable activiste exalté pur jus abonné à Actuel et au Monde Libertaire, eh ben, c'est bien simple, tu ne t'en serais jamais douté. Tout au plus t'aurai compris qu'entre 2 scènes de coïts mollement forcenés, il reçoit aussi Union via pli discret.

Bref, Ange Kerina, il fait grandement pitié. Ange Kerina, j'écrirai même que c'est Pierre David Gall avec des frusques légèrement différentes et qui, de temps à autre, t'affirmerait que, putain mec, l'année prochaine, je vote Mitterrand, on va tout faire sauter.

Mais, me chuchote-t-on, il n'y a pas que la politique dans la vie, non ? La combinaison action-suspense-cul de ces bouquins, elle vaut quoi ?
Pas grand chose, malheureusement.
Dans Opération Piranha, K est au Brésil. Il aide des révolutionnaires à combattre l'escadron de la mort, pille une multinationale, se tape une gonzesse et aide la police à rétablir la justice (quelle blague !)
L'intrigue traine en longueur, les choses ne décollent qu'à partir de la page 150. Le style est flemmard. Il y a un certain potentiel dans tout ça mais il n'est jamais réalisé. C'est le coup classique : à trop étirer l'inutile, on finit pas expédier en fin de course les éléments qui auraient pu transformer un triste bâclage en une distraction efficace.
Même topo, en pire, pour Opération Couscous - titre ridicule.
Cette fois, K est à Tunis. Il enquête sur une drogue qui force ses consommateurs à se suicider. L'idée fait penser à l'excellent Opération Extase de Paul Kenyon mais l'exécution qu'en donne Christian Laurac est aussi fade que sans intérêt. L'intrigue ne trouve d'ailleurs aucune résolution, chose qui ne semble déranger ni notre auteur, ni son héros.
Quant à moi, je préfère passer la main. Ange Kerina est à la littérature populaire de gauche ce que Petitjean est à celle de droite.
Une
jaffe indigente qui la ramène un peu trop et s'ingère sans aucun plaisir.

LES SYMPHONIES DE ROGER MAURY


CHINOIS AU Q, LUC OVONO
PROMODIFA / CRAC # 26, 1976

Concernant Roger Maury (alias Luc Ovono), écrivain moustachu à calvitie avancée, spécialiste du sous-produit viril, ultime parangon des mauvais genres imprimés et chiés au kilomètre, j'ai déjà dit l'essentiel dans ce billet de la fin novembre dernier.

Roger Maury était un scribouillard populaire aussi dingue qu'accablant, un scribouillard populaire exemplairement foireux, un scribouillard populaire génialement miteux que je n'échangerai contre aucun autre scribouillard populaire miteux et c'est là, à mon sens, tout ce que tu nécessites de savoir : lire du Roger Maury, c'est s'exposer à une expérience de médiocrité et de bêtise hors-norme.
ET C'EST BON,

C'EST TRÈS BON,
Ç'EN EST MÊME EXCELLENT !
C'est, en tout cas, ce que je vais essayer de te démontrer aujourd'hui, avec Chinois Au Q, un bouquin publié dans la collection CRAC de Promodifa.
Comme d'habitude, l'intrigue est stupide et sans intérêt. Des agents du S.D.E.C.E. sont compromis dans une affaire en Inde. L'auteur (et la France) y envoient Achille Zenon, notre héros, l'homme du CRAC, démêler l'écheveau de cette sordide machination dont on a strictement rien à taper.
Mais puisqu'il s'agit d'une production Promodifa, c'est à dire un roman appartenant au genre du, osons le mot, pornospionnage, eh bien, le gars Achille, il va aussi s'emmêler allègrement le pinceau dans les recoins intimes de quelques juments, des friponnes, des coquines qui n'attendaient que ça, et là, le lecteur, il est aux anges, il trépigne. ON L'IMAGINE DANS LE CLAIR-OBSCUR DE SON CAGIBI-BIBLIOTHÈQUE, AU MILIEU DES PILES BRANLANTES DE SES PUBLICATIONS BRANLEUSES, À DEMI RECOUVERT PAR DES ÉBOULIS DE POCHES POUSSIÉREUX, UNE CANETTE DE PREMIUM PILS 50 CENTILITRES DANS LA POGNE, 5 AUTRES À SES PIEDS, LA LIPPE PENDANTE ET DEUX PETITS YEUX GLAUQUES REFLÉTANT UNE EXTRÊME CONCENTRATION, OUI, ON L'IMAGINE, IL EST HEUREUX, IL TOURNE LES PAGES VAILLAMMENT EN BUVANT DE TEMPS À AUTRES QUELQUES LARGES RASADES DE SA PISSE GRANDE CONSOMMATION ET MOI, JE DÉCRIS, JE M'EMPORTE, JE BOUFFE DES LIGNES INDUMENT ALORS REPRENONS
(au passage, tu remarquera que l'ensemble de mes textes critiques relève de l'autobiographie mi-romancée mi-naturaliste - comment ? tu t'en fous ? ah...)
Donc, Achille Zenon est sur place, en Inde, et Roger Maury, son dieu, son auteur, semble en très grande forme. Ses doigts virevoltent comme de beaux petits diables sur les touches de sa Japy dernier modèle, dessinant dans l'air confiné de son bureau la cartographie aussi éphémère qu'invisible d'une inspiration en pleine ébullition. Pompeuse mais grandiose, sa prose toute personnelle s'épanouit en grosses coulures dégueulasses, jusqu'à conférer à ses personnages-clichés des dimensions insoupçonnables.
Ainsi, le chef de la police locale dissimule "la montée houleuse de son exécration en savourant avidement le fruit amer de la vengeance qu'il préparait," tandis qu'une mère maquerelle se voit "torturée par un souvenir qu'une révolte lucide lui avait fait écarter de sa route" et qu'Achille Zenon nous est présenté comme "inflexible, sans passion comme sans rêve, plus dur que l'acier et aussi froid qu'un diamant."
Dans ces moments là, on ne sait pas trop de quoi Maury peut bien causer mais on s'en contrefiche. Les phrases claquent en cadence. Marcel Proust des gaugues publiques, il tend peu à peu vers les aspirations de son lectorat.
On y arrive enfin en page 40. Achille Zenon se tape une première gonzesse. L'attaque est classique, l'échauffement standard. C'est la mère maquerelle qui passe à la casserole et Zenon y met du cœur (et quelques autres ustensiles) à l'ouvrage.
"Je me lance dans une cavalcade impétueuse, la bourrant de coups de Bélier puissants [...]"
Puis, deux pages plus loin :
"[...] je l'attire, la soude sauvagement à moi et la vrille de toute ma turgescence en folie."
TURGESCENCE EN FOLIE ! N'est-ce point magnifique ? Si, si, bien entendu que c'est magnifique. C'est d'ailleurs tellement magnifique (tu m'arrêtes si j'en fais trop) tellement magnifique disais-je, que la gonzesse entreprise par Zenon, au départ pas très consentante, se met à balbutier des "encore... encore..." de greluche comblée.
Mais notre héros et son auteur ont d'autres choses de plus important à foutre. Basta la môme ! Décarres la carne ! L'intrigue n'attend pas, elle se poursuit.
Ainsi, invité à une petite réception, Achille Zenon fait la connaissance d'une superbe petite poule Chinoise. Cette dernière, se collant à lui le temps d'un slow langoureux, lui déclare : "vous paraissez fort et terriblement dur. Un de ces hommes qui ne craignent pas d'affronter la vie et d'en retirer le meilleur." On attend que Zenon lui fasse le coup de la turgescence en folie mais non, il n'en est rien. Il préfère retourner voir la mère maquerrelle qui, pour le coup, a bien appris sa leçon :
"passive, elle s'ouvre."

Ça commence donc à devenir routinier, pour ne pas dire mollasson. Néanmoins, 30 pages plus loin, le cheptel se renouvelle, Zenon faisant la connaissance de Devi, une jeune et jolie adolescente encore pucelle.
TING ! TING !! TING !!!
JACKPOT ! LES TROIS BANANES À LA SUITE !
"Tais-toi, chérie, ne pense à rien d'autre qu'au plaisir qui s'insinue en toi," lui chuchote-t-il dans le creux de l'esgourde tout en se débraguettant la partie stratégique du benouze.
Malheureusement pour notre homme, et alors qu'il s'apprête enfin à faire passer la gamine sur le fil brulant de son glaive de chair et de sang, ne voila-t-il pas qu'il est interrompu par le père de cette dernière qui toque à la porte, le malotru !
Pour Zenon, c'est balpeau. Il peut se le rembarrer dans le slibard, son glaive enflammé. Grognon comme pas un, il s'en va alors se bastonner avec des méchants stationnant quelques pages plus loin. C'est d'ailleurs pendant ce pugilat tonitruant qu'il apprend l'identité du grand vilain en chef qui machine des trucs dans l'ombre ("Quel mobile ténébreux dicte son action destructive ? Quelle haine sordide le pousse à impliquer la France dans de sombres machinations ?") mais nous, on s'en fout de tout ça, je te l'ai déjà dit, nous, ON VEUX DU CUL !

Du cul, on en a donc des pages 126 à 130. Achille se grignote la Chinoise, en y essayant quelques prises sournoises :
"Je crois comprendre un goût particulier de sa part mais quand elle perçoit ma manœuvre, elle glisse une main derrière elle pour me saisir et me guider normalement."
Du cul, on manque d'en avoir des pages 149 à 154. Alors que notre héros explique à la jeune pucelle les méandres de la politique internationale, cette dernière lui lance avec concupiscence "Achille... fais moi femme."
Mais pour notre homme, ce n'est pas encore le moment. Surement qu'il est un peu cyclothymique sur les bords, le con. Il la repousse et repart à l'aventure.

Du cul, on en a enfin des pages 162 à 164. Le climax du roman, le point d'orgue de cette œuvre aussi jouissive que passionnante. Achille va voir la Chinoise. Il est en rut, elle est OK, il se l'enfourche. Et de laisser à son auteur le soin de faire éclater toute sa sève doucereusement sensible en une somptueuse giclée de poésie pure :
"Un instant, elle se caresse du bourgeon vultueux, le faisant glisser le long de sa cicatrice moite, le secouant au sommet de ses molles babines pour exciter la minuscule excroissance de chair qui domine sa féminité."
LE SANS-FAUTE ! LA PANACÉE ! Bourgeon vultueux (!), cicatrice moite (!!), molles babines (!!!), N'EN JETEZ PLUS ! C'EST L'ORGASME !

Après ça, forcement, tout est dit. Son acte consommé avec la classe qu'on lui connait, il ne reste plus au héros qu'à dénouer les fils de l'intrigue. Il fait donc échouer les projets du grand méchant en deux coups de cuillère à pot puis, son action salvatrice dument effectuée, s'en va alors en direction du domicile de la jeune pucelle, le bénard tendu à l'extrême par la ferme résolution de s'envoyer cette maudite poulette séance tenante.
Malheureusement, à ce moment-là du roman, nous sommes en page 188. Autant dire : nous en sommes à la toute dernière page du texte. Nous n'en saurons donc pas plus sur cette étreinte autant désiré que mérité MAIS QU'IMPORTE !
Car dans le clair-obscur de son cagibi-bibliothèque, le contenu alcoolisé de ses 6 canettes navigant désormais dans ses veines, notre lecteur s'est assoupi.

Il ronfle légèrement en bavant un peu sur son t-shirt du club Mickey et, dans son crane, un rêve étrange et pénétrant déroule ses tentacules.
Tous pareils à deux gouttes d'eau, une nuée de moustachus à la calvitie avancée descendent énergiquement les Champs Élysée. Au pied de l'arc, une fanfare passe un 78 tours de l'hymne national. La galette fond au soleil. Le son devient élastique. La fanfare fond. Les chauves moustachus continuent en suivant la cadence. Perchés sur des gradins, des milliers de leurs semblables les acclament en agitant des fanions multicolores. Les bouches s'ouvrent toutes sur le même cri

VIVE MAURY ! VIVE LA FRANCE ! VIVE LA LITTÉRATURE QUI TÂCHE !
Je me suis réveillé en nage. Depuis, j'ai juré d'arrêter la bière.

BAISODROME HOLOCAUSTE

OPÉRATION EXTASE, PAUL KENYON
EPP / EROSCOPE # 1, 1975

J'ai déjà causé à 5 reprises de Lyle Kenyon Engel. Le lecteur intéressé pourra se référer au label approprié. N'empêche, laisses moi en remettre un petit coup, ça ne fait pas de mal :
Bulldozer de la vulgarité imprimée, Phil Spector de la littérature virile, bookpackager spécialisé dans tout ce qui jute et qui tache, Lyle Kenyon Engel détournait à des fins purement intéressées les grosses locomotives du roman populaire des années 60/70.
De l'action, des espions, de la violence, du cul, un peu de science-fiction et le tour était joué. Il optimisait la sauce. James Bond devenait américain et queutard, Modesty Blaise se voyait repensée en nymphomane à gros nichons.

Il fit ainsi usiner par son pool d'auteurs-mercenaires des épisodes de Nick Carter Killmaster, de John Eagle Expeditor, de Blade et surtout de The Baroness - crème de la crème du sexpionnage sérieux, écrit sous le pseudonyme-maison de Paul Kenyon et traduit en France dans la collection Eroscope, sous le nom de Penny S.

S COMME SECRÈTE, SENSUELLE, SEXUELLE affirmait l'accroche publicitaire. Me faites pas gober vos couleuvres, les mecs. "S" biscotte placé juste après Penny, ça donne Pénis.
La classe française. Des chibres et des lettres. Ou alors est-ce mézigue qui aurait l'esprit tordu à imaginer telle combinaison.
Car, il faut bien l'avouer, la lecture de Penny S, ça vous chamboule un homme. Après ça, vous n'êtes plus le même, vous voyez le monde différemment. Tout vous semble morne et fade et une question, obsédante comme le clignotement d'un néon détraqué le soir après un acide, vous assaille le cortex :
Où sont-elles donc, ces filles libérées, mannequins meurtriers capables des plus improbables gymkhanas - au lit comme à la ville - et qui combattent, entre deux pauses rimmel, le regard assuré et la hanche hardie, des espions sadiques au priapisme effréné et des savants fous dont l'ébullition de la matière grise ne sert qu'a compenser la triste mollesse de l'appareil génital ?
Réponse : nulle par ailleurs.
On en lit peut être quelques (gros) fragments du coté de La Panthere, de BIS, de OSSEX ou de Cherry O mais jamais les choses n'ont été hissées à ce degré de démesure.

Oui : Penny S représente un monde d'outrance tapageuse, d'exagération sans distinction. On ne monte pas l'ampli jusqu'à 11, on le pousse jusqu'à 1000. C'est la Veuve Noire dévergondée en blue movie, dessinée par Frank Thorne sous viagra, évoluant dans les pages d'une revue de mode au contenu égrillard et suivant la trame générale d'un Matt Helm pleinement conscient de son potentiel pornographique.

Laisses tomber la finesse, bébé. Visualises l'étal d'un boucher sur lequel poseraient quelques playmates surgonflées, mitrailleuses en pogne, éclairées kaléidoscopiquement, rouge, vert, bleu, et sonorisées à gros coups de guimbarde disco et de bruits d'explosions. Visualises Andy Sidaris à la cinecittà, avec la classe de Russ Meyer, avec plus de budget et surtout avec plus d'imagination.
DANS UN MONDE VIOLENT ET ÉROTIQUE, UNE FEMME D'ACTION ET DE PLAISIR !
Top model multimilliardaire, comtesse italienne à l'hyper-sexualité assumée, agent tellement secrète qu'elle en ferait passer la plus discrète des barbouzes pour un candidat de télé-réalité abonné aux couvertures de la presse people, Pénélope Saint-John Orsini, dit Penny S, dit The Baroness, est une majestueuse inflatable doll littéraire, une féministe de papier propre à contenter dans tous ses excès les sales machos à la logique déréglée que nous sommes.

Lyle Kenyon Engel avait parfaitement compris les désirs de sa clientèle et la formule que ses auteurs-anonymes appliquent à ses productions, formule immuable dans ses moindres détails, en était l'exact reflet. Car tous les Penny S se ressemblent. Tous proposent le même dosage des mêmes ingrédients. Une sorte de contrat-confiance scellé dans la routine des séries confectionnées à la chaine.

Dans Opération Extase, son premier forfait (j'ai mis du temps mais j'y arrive !), Penny court après une nouvelle drogue, le Grand D, sorte de super LSD qui tue ses consommateurs en leur refilant une super-trique du tonnerre.
L'homme derrière cette diabolique invention (" elle balaiera les États Unis, corrompra la jeunesse et désintègrera la société occidentale ") se nomme monsieur Sim mais n'a strictement rien à voir avec feu notre chétif comique national.
Sim, version Penny S, est anglais, obèse et en proie à une crampe congénitale. C'est à dire qu'il bande dur et non-stop depuis sa naissance. Un véritable exploit pour le pénis incriminé puisque, en tenant compte de l'ultra-adiposité de son possesseur, il doit constamment " se frayer un véritable sillon dans les vagues inférieures du bas-ventre. "
Miam miam !
L'auteur, de son coté, joue sur du velours. La progression de l'intrigue est parfaite,. Penny S et ses compères enquêtent dans divers endroits des états unis (une communauté hippie, un gang de hells angels, une partouze mondaine et mafieuse) puis partent affronter Mr Sim à Honk Kong.
Là bas, notre héroïne y rencontre aussi son habituelle contre partie masculine, à la fois allié de circonstance et agent double semant le trouble.
Comme le disent les américains, it takes two to tango.
Et comme l'affirme l'auteur, " elle savait qu'il savait qu'ils coucheraient ensemble tôt ou tard, aussi sûr que deux et deux ne peuvent faire que quatre. "

S'en suivent alors les exploits érotiques imposés par le cahier des charges :
"Il plonge maintenant en elle avec la régularité et la puissance d'une bielle fabuleuse"
ou encore :
"[...] elle est glèbe labourée par le soc invraisemblablement doux et puissant de son amant."
Tango tonitruant ! Notons d'ailleurs que chez Penny S, les scènes porno se conjuguent au présent alors que la narration dite "classique" (action, intrigue, enquête) se déroule au passé.
L'effet, maladroit, tend très certainement à inclure dans son cours le lecteur pervers qui ne passe dans le coin que pour se faire reluire le piston en solo, le salingue !
Mais que l'amateur d'action et l'allergique à la branlette ne se sentent pas pour autant floués. Les industries Kenyon ne laissent personne en carafe.

Ainsi, dans Penny S, quand ils ne copulent pas dans toutes les positions concevables, les protagonistes se bastonnent et se dézinguent à tous les étages. Fusillades, courses poursuites, traquenards, il y en a pour tous les gouts.
Amour + guerre = BAISODROME HOLOCAUSTE = grand spectacle assuré.
Ce billet étant trop long, concluons à l'arrachée : Opération Extase est, avec Dépravez-Moi Ça, l'un des meilleurs épisodes de la série. Je dirais même plus : une lecture essentielle pour ceux qui se sentent concernés par le genre.

Dernier point avant d'en terminer pour aujourd'hui : le contrat-confiance scellé dans la routine des séries fabriquées à la chaine, ça n'empêche pas les variations qualitatives d'un titre à l'autre. Petit détour, donc, du coté de trois Penny S clairement moins enthousiasmants...

Par exemple, Le Lit De L'Amazone, deuxième épisode de la série, est aussi (c'est triste mais ç'en est ainsi) la plus ennuyeuse aventure de Penelope Saint-John Orsini qu'il m'ait été donné de lire. Et pourtant, tout y était réuni pour m'exciter un maxi-grand-max : on y trouve des nazis réfugiés dans la jungle de Rio, traficotant un super rayon de la mort avec des diamants, rêvant d'un nouveau Reich de mille ans et se distrayant le dimanche en balançant ennemis et traitres dans un lac peuplé de piranhas ultra-voraces. On y trouve même le fils caché d'Hitler, c'est dire le bonheur !
Las ! L'auteur (Manning Lee Stokes ?) devait probablement être en rupture de son stock d'alcool ou de drogue. On le sent qui renâcle à la tache comme un vieux bourrin têtu. Son potentiel tristement gaché, Le Lit De L'Amazone en devient presque soporifique et les dernières pages sont accueillies avec soulagement.

On s'en sort mieux avec Lune De Fiel, cinquième épisode à l'accroche fabuleuse : "Quarante-huit heures pour détruire l'horreur venue du ciel, et pour seule arme, son sexe..."
J'imagine que le roman est encore une fois écrit par Manning Lee Stokes : on y retrouve son rythme brinqueballant et sa passion pour les freaks sadiques (ici : un nain obsédé sexuel)
Le reste est à l'avenant. Penny combat des ruskoffs dans le désert glacial de l'Arctique, empêche un virus extraterrestre de se rependre sur terre et se fait lécher le clitoris par un loup des neiges. Les standards sont honorés mais je n'en suis pas non plus tout retourné. Disons que le boulot est solidement effectué mais manque un peu d'éclat.

Même chose concernant Fuel Aux As, huitième épisode : c'est solide, c'est agréable mais c'est aussi terriblement terne. Avec plus de folie et un rythme moins lâche, l'affaire aurait aisément pu être dans la fouille. En l'état, ça ressemble un peu trop à Matt Helm Contre La Mort Noire mais sans le talent de Donald Hamilton.

Restons sereins. On ne gagne pas à tous les coups.

FRANCIS TIGRONE SEXPIONNAGE

LES FOLLES DU FUEL, FRANCIS TIGRONE
TROP C'EST PAS ASSEZ, FRANCIS TIGRONE
EPP / BIS # 1 & 2, 1974

1. FRANCIS TIGRONE m'avait foutu une sacrée claque avec Ah Les Belles Carabinières, un improbable bouquin porno-comique, croisement démentiel entre La Flic Chez Les Poulets et Prenez La Queue Comme Tout Le Monde, si tu vois ce que je veux dire.
Francis Tigrone écrit d'ailleurs comme parle Anne Libert dans les films de Jean-François Davy et ses personnages masculins, au trois-quart bouffons, ressemblent quasiment tous au duo comique Lino Banfi / Alvaro Vitali.
Le résultat est aussi décapant qu'enthousiasmant - assommant diront certains mais faut pas les écouter ceux là, ce sont des grognons - en tout cas, sur 200 pages, ça produit son petit effet.
Francis Tigrone, c'est soit un electrochoc de bonne humeur, soit le rejet pur et simple de cette prose en roue libre qui semble se dégorger à l'infini.


2. LE SEXPIONNAGE, c'est de l'espionnage avec du sexe. Par exemple, imagines James Bond Contre Docteur No. Maintenant, remplaces Docteur No par Doctoresse Yes, une nymphomane mégalomane à gros parechocs qui veut conquérir le monde et qui est assisté dans sa réalisation par une tripotée de petites poulettes délurées aux incroyables mensurations faisant office de diplômes universitaires (et accessoirement d'armes de destruction massive - genre : de la silicone nucleaire ou un truc du même tonneau...)
Bref. L'espion débarque, il baise toutes les nanas et PAF ça fait capoter tous leurs plans et YOUPI le monde libre est sauvé !
Le sexpionnage, c'est donc de l'espionnage en mieux
D'AILLEURS, SI UN ÉDITEUR PASSE DANS LE COIN, QU'IL SACHE QUE J'AI ÉCRIT UN BOUQUIN DANS LE GENRE / ÇA S'APPELLE PARTOUZE LES TROUS, UNE AVENTURE DE DAN HUBBER, AGENT DE L'O.R.G.A.S.M.E. / ET C'EST SUPER (DIXIT MA MÈRE) / FIN DE LA PAUSE PROMOTIONNELLE ACCABLANTE - - - ÉCLAIRCISSEMENT DE GORGE / SAUT À LA LIGNE / RESPIRATION / DEUX POINTS :
3. LA RENCONTRE DES DEUX (Francis Tigrone + le Sexpionnage) ne pouvait donc que m'exciter. Elle eut lieu en 1974, aux Éditions et Publications Premières, les gars responsables de l'indispensable collection porno de gare Eroscope.
Tout comme Gerald Moreau et son triste P.D.G. (en 1974, tu le sais,tout le monde se kung-fu-battait), tout comme Gerald Moreau, disais-je, Tigrone y a droit à sa propre série, quelque chose dans la lignée de O.S.S.E.X. et de Cherry O. - avec la même maquette aussi : Fond blanc, rond rouge.
Le forfait se nomme B.I.S. L'acronyme signifie Bureau des Investigations Spéciales ("un organisme supra national capable de coordoner des actions à travers toute l'Europe") mais le nom en lui même fait aussi référence aux statut des deux héroïnes, Diane et Patricia, les deux sœurs jumelles.
La première, Diane, est narratrice locutrice et la seconde, Patricia, lui sert de doublure pour certains paragraphes. En quelque sorte, aux yeux du lectorat, Patricia se trouve être le bis de Diane. C'EST BEAU CE QUE J'ÉCRIS, TU TROUVE PAS ? oh merde, tu vas arrêter de nous les briser, connard ?

[...] Donc, toutes les deux sont sous les ordres de l'Ange Gardien du B.I.S., représenté en France par un certain Cousine Nelly (aucune faute de genre dans cette portion de phrase), et toutes les deux combattent le terrorisme avec leurs corps. AVEC LEURS CORPS J'TE DIS ! (bave bave bave) SCULPTURAUX ! DÉSIRABLES ! LA CONCUPISCENCE INCARNÉE (comme un ongle mais sans la douleur)
Elles le font, leur turbin, pour sauvegarder la civilisation occidentale moderne des périls du Mal sous toutes ses formes (bien entendu) mais elles le font surtout, leur turbin... elle le font surtout... (je fais durer)... elle le font surtout ...
POUR LE PLAISIR !
(AH BEN BRAVO ! MAINTENANT, J'AI HERBERT LÉONARD EN TÊTE MOI !)

4. DANS LE PREMIER ÉPISODE, LES FOLLES DU FUEL, Diane et Patricia sont chargées de PETIT UN : empêcher une série d'attentats visant des hauts dignitaires Arabes et PETIT DEUX : démasquer un mystérieux terroriste de l'Amicale (l'ennemi juré du B.I.S.) - mystérieux terroriste dont le seul signe distinctif connu de Diane et Patricia est son zizi, bouzillé sur toute sa longueur par une vipère du Gabon.
Je veux dire : ce gars, il a un serpent tatoué sur la queue. Vache de métaphore ! Nos héroïnes s'en vont donc décalotter un par un le gland de tous les terroristes qu'elles rencontrent sur leur route et, comme de bien entendu, c'est le tout dernier sur la liste qui fait l'affaire, en page 174.
De son coté, Tigrone divague un peu trop et son texte manque de punch. Il aurait du couper dans le tas, condenser, compresser - mais pas en jouant sur la taille des caractères d'imprimerie ! Si t'as le bouquin sous la pogne, ouvre-le : plus petit que ça, ya pas. Et à coté, les éditions de la Pleide, ça ressemble à la bibliothèque Rose, question lisibilité. Les amateurs de littérature de gare tirent la tronche.
Tigrone, c'est trop
.

Trop petit, trop con, trop long.

5. MAIS TROP, C'EST PAS ASSEZ. En tout cas, c'est ainsi qu'est titré le deuxième épisode de la série. Étrangement, et bien que trop ne soit pas suffisant aux dires de la couverture, Tigrone en fait moins... et c'est mieux !
J'en entends certain souffler de contentement mais les dix premières pages donnent néanmoins le ton. Tigrone sera toujours Tigrone et son Trop C'est Pas Assez s'ouvre sur dix pages de diarrhée verbale ultra-jouissive - la présentation d'un faux prêtre / vrai trafiquant de drogue et les conséquences de son arrestation manquée. C'est Ah Les Belles Carabinieres avant l'heure et c'est bien.
Comme l'écrivait San Antonio :
"il faut que la prose déjectionne sinon elle se constipe."
Et pour déjectionner, mec, ÇA DÉJECTIONNE !
Tigrone délire au lance-flamme. Il se soulage de toutes les conneries qui lui encombrent le cerveau en nous les déversant textuellement dans les deux rétines et le cablage qui suit.
Digression sur digression, idiotie sur idiotie, c'est véritablement San Antonio mais sans la reconnaissance critique.
L'intrigue n'est alors plus qu'un mince fil d'Ariane et le lecteur a l'impression d'assister au déroulement en accéléré d'un film burlesque. SOUS ACIDES ! Les personnages piaillent, s'agitent en tout sens. Le seul moyen de rendre compte de toute cette agitation serait de dresser la liste complète de tous les protagonistes apparaissant à un moment ou à un autre de l'histoire.


6. MALHEUREUSEMENT, IL FAUT CONCLURE. Je serais donc fort bref.
LES FOLLES DU FUEL, premier roman évoqué par billet, Les Folles du Fuel donc, ce n'est pas très bon. J'écrirai même : c'est à éviter - à moins d'être, comme moi, un complétiste du genre.
TROP C'EST PAS ASSEZ, deuxième roman évoqué par ce billet, c'est franchement rigolard mais c'est un peu faiblard par endroits. Vaguement conseillé, mention "à vos risques et périls". Ça reste tout de même, à mes yeux, un beau morceau.
FRANCIS TIGRONE, ou tout du moins son œuvre, c'est par contre très chaudement recommandé. Par moi-même. Et j'espère bien pouvoir ré-aborder son cas prochainement.
En attendant, une petite publicité de dos de couverture...

...et une promesse : le prochain billet concernera lui-aussi le sexpionnage avec la meilleure série du genre, j'ai nommé : Penny S !

THE ONE AND ONLY, ROGER MAURY

Certains écrivains sont hors-normes. Certains écrivains sont même trop pour un seul homme et Roger Maury l'avait certainement compris puisqu'il multipliait les pseudonymes sans se soucier d'une quelconque logique, autre que commerciale.

Car Roger Maury était un auteur commercial au sens le plus vulgaire du terme et pourtant, malgré cela, malgré aussi son air bonhomme, sa calvitie et son embonpoint bien franchouillard, Roger Maury était mystérieux et multiple, il était pur et improbable, il symbolisait à lui tout seul la médiocrité rayonnante du roman poubelle, la nazerie absolue élevée au rang d'art alimentaire, la bêtise crasse du scribouillard heureux de s'être enfermé dans le carcan d'un style pachydermique, au service d'histoires mille fois entendues et répétées, parsemant ses chef-d'oeuvres d'une idéologie bien réactionnaire et de quelques conceptions (sur les femmes et le sexe, principalement) aussi dépassées que ridicules.
Roger Maury, je l'imagine en quelque sorte comme le personnage de Belmondo écrivain dans le film Le Magnifique - mais sans le panache et avec plus de lourdeur.
Le type esseulé devant sa machine à écrire, épuisé par un trop grand nombre de romans où les même choses ont été ressassés et livrant pourtant, en fin de course, quelques séries d'histoires à la nullité rayonnante, presque folle, sortes de concentrés du meilleur du pire de toute une carrière à se la traîner dans les tranchées de la lumpen-littérature.

Maury débute au milieu des années 60, en pleine crise d'espionnite aiguë. A cette époque, le monde entier veut des histoires d'espions. Le monde veut du James Bond et la France du OSS et du Coplan. Alors, comme la bonne centaine de ses collègues francophones qui gagnait leur croûte dans le genre, Roger Maury en écrivit, du OSS et du Coplan.
Peut être était-ce par goût, va savoir.
Dans tous les cas, il en écrivit.

Il signait de son vrai nom aux éditions Albin Michel, collection Ernie Clerk (dit Le Judoka), et sous le pseudonyme de Jacky Fray aux éditions de l'Arabesque.
Ses intrigues ne sortaient pas de l'ordinaire et évoquaient (parfois d'une façon assez poussive) les sempiternels agents russes et chinois, français et américains qui s'entre-tuent pour des secrets d'inventions spatiales, de plans d'armements hi-tech et de formules chimiques diaboliques.

Pourtant, si la trame générale se montrait assez terne, Maury mettait un point d'honneur à se déchaîner la prose en une indigeste symphonie de mots.
Lorsqu'il écrivait, il se faisait ainsi le Ronsard et le Lamartine des récits d'espionnage et agitait ses personnages comme des pantins grandiloquents, leur faisant débiter des répliques aussi péremptoires que bouffonnes.

"Le paradis des chacals est dans le ventre des vautours ! " déclare sentencieusement Louis Dundee, le héros de Cerveau Pour Un Espion, à un vil arabe qui avait tenté de le doubler.
Quelques pages plus loin, il lance à un autre : "Je suis le seul de ma race, [...], la peur et le
remord ne sont pas des freins pour un homme tel que moi. Non que je sois meilleur ou insensé, mais parce que j'ai depuis longtemps perdu tout contact avec l'humain
."

T'imagines le gars, au super-marché ou à la poste, sortir au caissier de pareils bobards ?
Et Roger Maury, qui n'avait véritablement honte de rien, de renchérir (nous faisant ainsi l'article de son héros) :
"Dundee avait tué et tuerait sans doute encore. Protégé par son indifférence, il ne pouvait être choqué par le spectacle de la mort ; tout comme les entreprises toujours plus stériles des hommes, elle ne suggérait en lui ni émoi ni pitié. Pour ce monde insensé, le passé n'avait pas été une leçon et lui, épargné par un idéal qu'il était seul à connaître, ne faisait pas corps avec l'ensemble. Il avait donc tous les droits, même celui de détruire la gangrène qui souillait la pureté de son univers secret."
C'est foncièrement grotesque, bien entendu, lourd comme du cassoulet aussi (rien de plus logique, notre homme habitait dans les environs de Toulouse), mais l'extrait résume parfaitement l'état d'esprit des premiers héros de Maury... et aussi celui de leur créateur.
Car dans son œuvre, Roger Maury semble aimer à se rejouer la publicité Charles Atlas devant un miroir. Il se transfigure à coup d'underwood en übermensch de papier, sans peur et sans pitié. Tout lui est possible et le monde n'est qu'un moustique face à sa volonté.
"Je suis un aventurier, un intriguant, un solitaire. Le sais-je moi-même ? Peut être ai-je l'esprit chevaleresque d'un redresseur de torts, ou peut être ne suis-je qu'un maniaque jaloux du bonheur d'autrui..." lance, dans Tout A Commencé A Hambourg, Bernard Perucci, dit Benny Pépé, même chose que Louis Dundee - c'est à dire un autre "avatar fictionnel de Roger Maury" - mais publié aux éditions de l'Arabesque et écrit sous le nom de Jacky Fray.

D'ailleurs, avec la fin de la collection Ernie Clerk chez Albin Michel, c'est ce dernier pseudonyme, Jacky Fray, qui va devenir la principale façade éditoriale de l'entreprise en maçonnerie littéraire Roger Maury.
Il pond 19 bouquins sous cet alias et, bien que l'on s'y cache parfois derrière les rideaux d'une fenêtre pour y trouver "l'espérance salvatrice d'une disparition fantomatique," l'ensemble stylistique s'y fait tout de même plus léger dans ses débordements de sève.
Notre homme apprend. Il travaille aussi avec d'autres auteurs maison : Roger Vlatimo, H.T. Perkins, Paul S. Nouvel.
Avec eux, il en vient à former un véritable rat-pack du spy-fiction populaire en provenance du midi de la France. Tous partagent la même conception de la litt' pop' - l'actualité au service d'un blockbuster fauché en 220 pages - et une formule s'y fait systématique : action à gogo !
Le quatuor (ou quintet, selon l'envie...) peaufine les recettes de l'espionnage à la chaîne de la fin des années 60. Vlatimo s'en sort souvent assez bien, Perkins et Nouvel sont en dents de scie mais valent parfois le détour. Maury, quant à lui, force un peu niveau arts martiaux.
Tsaï-sabaki, Shinzo-kuatsu, Maé-geri, Tsuki-age, Han-utchi-ken, Hiji-até, n'en jetez plus ! ce n'est qu'une petite séquelle de son passage chez Ernie Clerk.


Mais les modes sont ce qu'elles sont et début 1970, l'espionnage n'a plus le vent en poupe. Les collections se cachent pour mourir. L'Arabesque fout la clef sous la porte en 1971 mais Maury et ses potes fricotent déjà avec le flibustier de la presse à imprimer, le magnat de la filouterie sous couverture illustrée, j'ai nommé le grand André Guerber.
Ça magouille sec et les pseudonymes pleuvent.
HT Perkins se fait rééditer à tout va, Vlatimo bâcle du gros n'importe quoi. Maury, lui, soigne son entrée. Il garde le nom de Jacky Fray pour l'espionnage et se lance par ailleurs dans le polar de dur de chez dur sous celui de Dan Curtiss.
C'est d'ailleurs sous ce dernier pseudo qu'il signera son premier gros chef d'oeuvre populo-beauf, le multi-publié Du Plomb En Souvenir, véritable concentré de conneries viriles, pièce maîtresse du hard-boiled mogoloïdien émulant les pires travers de Mickey Spillane.
Parallèlement, il entre au Fleuve Noir avec Henri Trémesaigues (alias HT Perkins). Ils y bossent en duo sous le pseudonyme de Henri Trey et Maury, en solo sous son vrai nom. Probable qu'il était sacrement fier d'y retrouver la verve maladroitement pathétique de ses premières œuvres.
Dans tous les cas, il s'y fait plus sérieux. Le Roger Maury que j'aime pointe ailleurs.
(Freud verrait dans la phrase précédente certaines pulsions peu conventionnelles. Bordel ! Sautons plutôt une ligne car, comme le disait San Antonio, quand tu passes pour un con, passes vite.
)

Révolution sexuelle oblige, donc, le lectorat abonné aux publications bas de gamme réclame plus de cul dans ses romans de chiottes. Maury continue ainsi les idioties made in Guerber en mélangeant à son racisme anti-arabes les passages porno que l'éditeur exige.
Par exemple, dans Tu Devras Trahir, un maghrébin "petit et noiraud, au regard fuyant et à la mine rapace," (soit, en quelque sorte, le maghrébin de base dans l'œuvre de Maury) viole une gonzesse... qui, finalement, se met à bien aimer ça, la salope !
"Elle ne sut même pas cacher, en baissant ses paupières, l'instant où le plaisir la toucha."

Pour Maury, qui s'affirme de plus en plus comme le Spillane français raté, taré et moderne, le filon semble tout trouvé.
Surtout que, comme un sale feedback distordu de la première moitié des années 50 revenant en plein dans la tronche des seventies libérées, la mode est à nouveau au sadisme sexuel forcé, au rut furieux forcené, au coït de mauvais goût non censuré.
La collection Les Soudards réveille la pornographie nazie en grand format. Le polar populaire ne se conçoit plus qu'en séries brigade des moeurs et police mondaine. Gérard de Villiers s'y fait une fortune et un empire avec ses gentils SAS mais niveau viol et violence, Roger Maury l'enfonce comme une motte de beurre en plein désert.


Fin 74, il devient donc l'auteur principal d'une toute nouvelle boite d'édition, Promodifa, véritable usine en recyclage de manuscrits et producteur suprême d'inepties sexoïdes.
En effet, chez Promodifa, chaque texte se voit repensé en un rudimentaire roman porno/action débile, en une série Z à la vulgarité aussi beauf que réjouissante. Les collections se nomment Warsex, Sexpionnage, Sexpense, Mysterotic ou Crac et les titres prouvent que l'on a bien affaire à de petits rigolos.
Le Klan Du Ku, La Came Isole, Un Beau Népalais, Femmes à Varier, Bombe à la Nana, etc. Le foirage est complet et le lecteur que je suis, comblé.
Roger Vlatimo y recopie ses Luc Ferran. J'imagine que Maury y replaçait en loucedé des bouts de ses romans Fleuve Noir parus dans les collections Feu et L'Aventurier (toutes deux disparues en 73) - mais cela reste à vérifier.

En tout cas, il s'y active comme un fou-furieux du clavier.
Une bonne soixantaine-dizaine de romans sous 7 pseudonymes différents dont Jacky Fray pour l'espionnage-porno, Jo Brix pour la guerre-porno, Luc Ovono pour l'aventure-porno et Dan Curtiss pour le polar-porno - ces deux derniers faisant parfois office (avec un autre alias, Bébé Guernica) de personnages principaux pour certains des bouquins.

Promodifa marque donc aussi bien l'apogée flambarde que la décadence terminale pour Roger Maury. En dix années de carrière, ses velléités de poétiser (façon charcutier-traiteur) l'espionnage se sont depuis longtemps estompées. Compressé en 180 pages gros caractères, son style se fait désormais aussi simple que grossier. Maury scribouille au kilomètre, il n'a plus le temps de fignoler, il se sent devenir un plumitif primitif.
Du coup, forcement, ses saloperies y gagnent en efficacité louf-dingue.
Caviardés de scènettes pornos tout droit sorties d'un esprit détraqué par les clichés les plus crétins de la fiction populaire (la virginité, la pureté, le viol consentant, etc), ses récits se font surtout de plus en plus vaseux et débilitants.
Et si l'auteur se donne parfois des tons vaguement goguenards ou gouailleurs (comme il était bien souvent de règle dans la litt' pop' des années septante), il semble écrire ses conneries avec un tel sérieux que ses textes en deviennent de véritables petites perles d'humour involontaire.

Il faut lire, par exemple, Pas Si Naif Au Sinai et ses arabes aux sexes boursouflés d'excroissances dégoûtantes, qui veulent défoncer tout ce qui passe et qui ressemble vaguement à une femme.
Il faut lire aussi ses Warsex, avec ses militaires qui, entre chaque fusillade, se tapent des nymphettes nymphomanes.

En fait, IL FAUT TOUT LIRE !
Puis se mettre à baver, l'air hagard et le cervelet en compote.

Malheureusement, en 78, l'aventure Maury s'arrête net. Ou presque. Le Fleuve Noir le lâche et Promodifa disparaît. Fini Jacky Fray, Jo Brix, Dan Curtiss. Fini Roger Maury.
Seul Luc Ovono reste en piste le temps d'une dizaine de bouquins érotiques pour la collection Frivole de chez Euredif.

Enchaînement logique.
A l'orée des années 80, après plus de trente ans d'un far west éditorial où toutes les modes se firent essorées à toutes les sauces, en long, en large et de travers, la littérature populaire pour mecs n'a plus les moyens de soutenir l'aberrante production des petites collections.
Gérard de Villiers et le Fleuve Noir trusteront désormais seuls le marché de la brute éduquée. C'est l'hégémonie du qualité certifiée et du normes bon français. Bref, c'est la fin d'une époque, celle des filous et des timbrés, des photocopieurs foireux et des illuminés du sous-produit.

Roger Maury, mercenaire désaxé à la plume tordue, passa donc à la trappe, comme tant d'autres.
On est en droit de le regretter, certes, surtout si l'on est fou et maso, comme moi, mais avec sa bonne cent-cinquantaine (je vous le fais à la louche, hein!) de bouquins produits, on a encore de quoi tenir un sacré moment.
Et ça, à mes yeux, c'est une perspective foutrement réjouissante.

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PS : j'aimerai remercier les gens du forum à propos de littérature populaire pour les nombreuses informations partagées qui m'ont permit d'opérer le lien entre les divers pseudonymes de cet auteur (...et de quelques autres aussi...)
Et merci aussi à Herbulot, pour les 7 pseudonymes de Maury chez Promodifa (je le cite :
"Maury=curtiss,Ovono,Bébé Guernica,Brix,Dundé,Fray ,W Finn") et à Bibouillou qui, dans le genre, en connait un sacré paquet !
D'ailleurs, si cet article (trop long) égrène trop de conneries, merci de me (les) rectifier dans les commentaires !