DU STUPRE ET DU SANG !

VAS-Y CHÉRIE, MAC DOUGALD
VOLUPTÉS MORTELLES, MAC DOUGALD
ÉDITIONS DE LA TARENTE, 1953 / 1952

Dans le genre du sexy-noir, et plus particulièrement aux éditions de la Tarente, j'ai un certain faible pour le dénommé Mac Dougald, pseudonyme toujours pas éventé d'un petit rigolo à la plume alerte et à la binette imbibé du style Série Noire, avec ses p'tits durs Peter Cheneyisés qui causent en slang francisé dans une Amérique que l'auteur n'a surement jamais visité mais fantasme comme un dingue en y enchevêtrant culs pardessus têtes tous les poncifs du genre, exactement comme George Maxwell pour ses Môme Double Shot, mais sans l'hystérie.
Rien n'est vrai, tout sonne faux, violemment saturé, bariolé, personne n'est dupe et c'est justement là que se niche tout le charme de la chose.
Ça, et l'humour. Et aussi l'attrait irrésistible qu'exerce sur moi les mauvaises fréquentations littéraires, ces romans à quat'sous pleins de stupre et de sang.

Du stupre et du sang, on en trouve une certaine quantité dans Vas-Y Chérie, l'histoire d'un valet de chambre cambrioleur à plein temps, Albert Lewin. Un type très sympathique, soit dit en passant, d'autant plus sympathique qu'il vient de réussir le coup de sa vie : dérober les diams à madame Van Houten, une vieille carne über-friquée.
Pour notre homme, c'est du nanan, le truc fumant, de quoi se la couler douce des siècles durant.

Malheureusement, dès le chapitre 2, c'est la tuile. Albert se fait chaparder son bazar par Joyce, une Belle Blonde Bien Balancée. Furax mais ne s'avouant pas vaincu, il se démène comme un dingue et remet illico le grappin sur la B.B.B.B.
S'en suit pendant une bonne vingtaine de pages une gigantesque partie de catch érotique où toutes les prises sont permises, surtout si elles concernent les zones géographiques d'en dessous la ceinture. Coups de bambous et bambous dans l'trou. De la sueur et des ahanements. La trique et le gourdin.
Albert, comme il se doit, viole Joyce et Joyce, comme il se doit, se met à aimer ça. C'est le début d'une grande histoire d'amour - la B.B.B.B. l'affirme d'ailleurs en pages 113 et 114 :
" Tu n'auras pas besoin de me forcer pour que je partage tes étreintes, ce soir, j'en ai envie comme jamais je n'en avais eu envie jusqu'à ce jour. "
Et moi, je verse une larme. C'est beau, c'est doux, c'est tendre.
Mais 'ttention, il n'y a pas que du sentiment, dans Vas-Y Chérie, il y a aussi de l'action, de la bagarre, des morts et des fusillades.
Car la petite Joyce a d'anciens amis truands qui aimeraient bien eux aussi se foutrent la fortune à la vieille Van Houten dans la fouille. Nos deux tourtereaux doivent donc protéger leur bien mal acquis à la sueur du colt et des méninges. Rien que du très classique. Ça se clôture même sur une happy end ensoleillée, avec les méchants qui pisenlisent par la racine et les gentils qui, désormais mariés, coulent des jours paisibles à la campagne.
Chaudement recommandé. Si, si !

Mais du stupre et du sang, on en trouve surtout dans Voluptés Mortelles. C'en est même le sujet central du roman, le stupre et le sang - comme si Mac Dougald s'essayait à une réflexion sur sa condition de lumpen prolétaire des mauvais genres.
Le héros, Archibald Longwood Junior, exerce un turbin alimentaire, reflet de celui de l'auteur : il est journaliste, nourri quelques rêves de gloire et se voit bridé dans son art par son rédacteur en chef :
" Ce qu'il me faut, jeune homme, c'est du stupre et du sang ! Les lecteurs, ils s'en foutent de votre histoire idiote ! Ils s'en foutent !... Assassinez-moi une bonne vieille, après l'avoir consciencieusement violée, découpez son corps en quarante morceaux, et apportez-moi la photo de chaque morceau ! Voila ce qu'ils veulent, les lecteurs ! Tout le reste, ils s'en foutent !... Du stupre et du sang, un point c'est tout ! "
Ainsi drivé par son patron (et aidé par son auteur), le mecton se lance donc dans le sensationnel.
Un soir, alors qu'il se détend le gland dans une partie fine de la jeunesse dorée Américaine, le voila qui découvre le corps sans vie d'une de ses amies, la belle Barbara. Elle vient de se faire violer puis étrangler par un sadique.
L'occase en or, le truc inespéré, l'aubaine leaubich !
Archibald écrit un article à faire frémir les mamies et mouiller les gamines. Pour sa pomme, c'est du tout cuit. Il devient le chouchou de sa feuille de chou, se voit assigner une assistante-secrétaire ultra-gironde et se lit même d'amitié avec le commissaire du coin, un type pas commode mais fort utile puisqu'il refile pleins de tuyaux croustillants à notre héros.

Néanmoins, pas question de se reposer sur ses lauriers.

"Vous avez accroché le lecteur, vous le tenez à la gorge, ne le lachez pas, autrement il vous haïra..." lui lance le redac' chef, dans une belle imitation des mantras de Mickey Spillane.
Et de son côté, le meurtrier poursuit ses exactions. Viols et meurtres, stupre et sang. De nouvelles victimes, donc de nouveaux articles en perspective.

" Vous aviez raison [...] l'assassin se croit maintenant un surhomme, dispensateur de la vie et de la mort, et il continuera à tuer jusqu'à ce qu'on le prenne... Pourvu que cela ne dure pas trop longtemps, et qu'il ne tue pas trop avant d'être pris... Mais il faudra qu'il tue encore ! C'est nécessaire, autrement on ne saura jamais qui il est..."
Bref, t'as surement pigé la coupure, Voluptés Mortelles est un texte malicieux, une sorte de parc d'attraction (abandonné) du roman poubelle. L'auteur est là pour se marrer aux dépends de la " litterature malsaine et pornographique " - dans le collimateur de son pistolet à eau, c'est James Hadley Chase et ses imitateurs qui défilent. " Méfiez-vous, petites filles " fait-il dire à son tueur en série.
Hélas, ce qui s'affirmait dans les 120 premières pages comme un petit bijou de dérision se plante magistralement sur son dernier tiers - comme si Mac Dougald n'avait plus d'inspiration, comme si il avait déjà tout donné et bâclait sa copie en mode érotisme graveleux pour tenir la longueur.
Fini le dynamitage rigolard des schémas habituels, fini l'ode aux écrivains à sensations, place à la triste romance de gogues privées avec ces interminables séances de jambes en l'air qui égrènent du vide.
La déception est immense, d'autant plus immense que le lecteur était accroché, bien accroché. C'était brillant et c'était drôle. Parole ! Je pensais tenir entre mes pognes un chef d'oeuvre oublié du quinzième rayon.
Encore raté !

(...Ce qui ne m'empêchera néanmoins pas de chaudement (bis) le recommander, ce Voluptés Mortelles, ne serait-ce que pour ses savoureuses 120 premières pages.
Et le reste ?
Eh bien... tu n'aura qu'à l'écrire toi-même ! )

4 commentaires:

Zaïtchick a dit…

J'aime beaucoup "les méchants qui pisenlisent par la racine".

ROBO32.EXE a dit…

Ah ben tu fais bien de le souligner, Zaït', ça m'a permit de me rendre compte de ma bourde orthographique : un "pissenlit," pas un "pisenlit" !

rah-la-la-la-la !

*smiley honteux*

Maciste a dit…

Je m'permets de t'éventer un peu : ce MacDougald, c'est en fait un certain Georges Clavère-Peyré (cf. le n°17 de la revue Encrage, où Pierre Turpin cause de la carrière du bonhomme).

ROBO32.EXE a dit…

Merci Maciste !

(Et en plus, je viens de m'apercevoir que c'était aussi noté par Tonton Pierre dans son excellente étude consacré à cette collec' : http://litteraturepopulaire.winnerbb.net/t2490-la-collection-la-tarente )

Vraiment, ya des jours où je ferais mieux de fermer mon clavier !