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ATTENTION : ARNAQUE ÉDITORIALE

PASSEPORT POUR L'AU-DELÀ, ANDRÉ HÉLÉNA
LE CHAMP-DE-MARS / LE MOULIN NOIR # 36, 1962

Je possède deux éditions différentes du Passeport Pour L'Au-Delà de André Héléna - enfin, c'était plutôt ce que je croyais, naïf que je suis !
La première, c'est bien entendu l'originale, parue en 1953 chez E. Viney Éditeur avec une sublime couverture signée Jef De Wulf.
La seconde, celle qui nous intéresse aujourd'hui, est une production des Éditions Du Champ-De-Mars, numéro 36 de leur collection policière le Moulin Noir et daté de 1962. Mais il ne s'agit pas d'une réédition. Ce n'est pas du tout le même texte. Et il ne s'agit certainement pas non plus d'un roman d'André Héléna. Surprenant ?

Non, pas vraiment.
Le Champ-De-Mars est l'une des nombreuses façades éditoriales jetables de nos filoux adorés de la maison Bel-air/Baudelaire/Beaulieau et cie.
Des mecs capables d'éditer n'importe quoi n'importe comment pour une poignée d'anciens francs. Ceci explique donc cela.
Et si le Passeport Pour L'Au-Delà original était une sombre et magnifique histoire de vengeance (mais plutôt optimiste comparé aux autres volumes de la série les Compagnons du Destin - les description d'un Paris printanier y sont certainement pour beaucoup...), cette nouvelle version pirate fait dans le recit débilitant d'une vie criminelle d'après-guerre totalement inintéressante.

Je résume, ça vous évitera à le subir si vous croisez sa route aux puces.
(un conseil : fuyez. La couverture n'en vaut même pas le coup.)

Donc : Suzy, Max, Louis et tous leurs potes truands d'eau douce à prénoms vintage et surnoms peu inspirés (le grand, l'athlète, le petit, j'en passe et des pas mieux) font leur beurre dans le trafic d'opium pour françaises moyennes. Un marché assez juteux puisque les ménagères de plus de 60 ans sont toutes accro à la fumée orientale. Qui l'eu cru, hein ? Et ça se passerait plutôt bien pour notre bande de naves en titre si un groupe concurrent tout aussi moisi qu'eux n'avait pas décidé de foutre en l'air leur bizness, 160 pages durant, pour récupérer à leur compte le beurre et l'oseille qui va avec.
Voila, j'ai tout dit. Il se passe rien d'autre. Car, dans la plus pure tradition du roman Bel-Air, ce Passeport-là patine pas mal dans la semoule jusqu'à s'y enliser lamentablement - et ce, sans même réussir à faire rire. L'écrivain anonyme derrière cette chose semble presque improviser son histoire page après page, sans passion ni substance alcoolisée dans le sang. Rien à voir avec la folie syntaxique destructuralisée (n'ayons pas peur des mots, bordel !) d'un Jean Normand totalement tire-bouchonné, notre André Helena factice sonne plutôt comme un Peter Viane balourd, avec cette même approche minimum-syndicale du genre, la violence en moins et l'esprit beauf/petit français en plus.

Au rayon de l'originalité stylistique, tout juste notera-t-on les nombreuses difficultés que notre écrivain mystère éprouve dans l'établissement d'une distinction narrative entre première et troisième personne du singulier. Mais pas de quoi faire bander un âne. Préparez-vous donc à un 100 mètres sprint du saut de paragraphe en série.

Pour les curieux, la quatrième de couverture affiche un listing partiel des précédents ouvrages publiés par la collection. Et c'est assez intriguant puisque des titres comme Symphonie En 6,35 ou Le Monstrueux Professeur Lynk, je les connais... mais chez d'autres éditeurs. Reste donc à découvrir si il s'agit là de véritables rééditions ou si, à la manière de ce André Helena/Passeport Pour L'Au-Delà, ce ne sont que des noms repiqués pour mieux refourguer les fonds de tiroirs de l'amicale des scribouillards manchos.

PS : en fait, il semblerait que ce (faux) Passeport Pour L'Au-Dela, signé André Helena (junior) et publié par inénarrable Mister Guerber, soit une réédition masquée de Massacre Pour De La Fumée par Jacques Alexandre.
Affaire à suivre, donc...