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LUC FERRAN CHASSE EN ÉTHIOPIE, GIL DARCYL'ARABESQUE / ESPIONNAGE # 515, 1968Ça débute plutôt mal, ça sonne même assez maussade. Page 29, après s'être vu assigné son ordre de mission par son chef de service le colonel Morlieux, Luc Ferran reçoit de ce dernier le conseil suivant :
"Cantonnez-vous à la recherche de la bande magnétique. Évitez de vous heurter à l'adversaire."
Évitez de vous heurter à l'adversaire, qu'il lui bonni, le vieux singe. ÉVITEZ DE VOUS HEURTER À L'ADVERSAIRE !Mézigue, pronto, ça lui coupe le cigare de l'excitation. Car si il lit de l'espionnage, bibi, c'est justement pour la carambole, la tamponette, le rififi, la chourinade, le badaboum, la ratatouille, bref, pour la bagarre.
Faut qu'ça cogne et qu'ça saigne, qu'ça s'dérouille à pleine beigne.Après, que l'espion se doive aussi de mettre la pogne sur une bande magnétique ultra-confidentielle contenant des informations du même acabit, pourquoi pas. Ça fait, soyons honnêtes, parti des règles du jeu. Un agent secret court toujours après des documents secrets. Nature. Sauf de nos jours. De nos jours, c'est plutôt triste. Un clic droit de souris, une pièce jointe par courriel et l'affaire est dans le sac. Rien de secret, tout se perd. Triste époque. La bande magnétique (et le micro-film), ça, ça avait de la gueule, mon pote !Et donc, Luc Ferran est envoyé en Éthiopie pour y dégauchir une putain de bande magnétique et l'autre con lui dit : pas de ram-dam !Mais c'était mal connaitre le gonze qui se cachait alors sous le pseudonyme de l'auteur.
Car à l'époque, Gil Darcy, c'était Roger Vlatimo - un Catalan pas très finaud, un vrai tartineur de saindoux littéraire mais qui, question asticotage d'amabilités brutales, s'imposait comme un as dans la main blême de l'espionnage populaire. Vlatimo, au même titre qu'un Ernie Clerk, qu'un Alain Page (mais sans la distanciation maligne) ou qu'un H.T. Perkins (mais uniquement lorsque ce dernier tenait la forme olympique - chose ma foi assez rare), Vlatimo aimait le barouf, la casse sanglante, les coups d'éclats qui font mal et qui sonnent durs.
Sous son égide, Luc Ferran - qui jusqu'alors n'était finalement qu'une version moins ennuyeuse mais passablement gentillette de Francis Coplan ou d'Hubert Bonnisseur de la Bath - Luc Ferran devint une sorte de super-barbouze castagneuse, "une merveilleuse machine animale obéissant à une intelligence aiguë et à une volonté d'acier. Quand les circonstances le lui imposaient, il était capable de tours de force défiant l'imagination."Du coup, les recommandations de son patron, Luc Ferran, il s'en tartine le papillon. Et en avant pour la danse du scalp !Par exemple, chapitre 4, ce sera l'application à un gigantesque mastard d'une ribambelle d'atémis, tobi-kéris, jun-toukis et autres até-souhés foudroyants. Ou encore, chapitre 7, la confrontation mano-a-mano avec un éléphant dressé pour écrabouiller des thorax. Ça ne vaut certes pas le requin affamé de Luc Ferran Traque Le Virus (je m'en suis déjà plaint précédemment) mais ça suffit à produire son petit effet.Et puis, il y a aussi Aïcha Zemmour, la méchante de l'épisode, qui joue aux réincarnations de la reine de Saba et dont le "corps tout entier était un appel permanent à la volupté." Luc Ferran se rend sous sa tente pour lui distribuer une paire de mornifles mais n'a pas le temps de lui tâter les roploplos : la belle est protégée par une tribu de "collectionneurs de testicules."
Notre héros prend donc la fuite sans demander son reste, il est comme cette société capitaliste dont il défend vaillamment les intérêts : il tient précieusement à ses bourses.Par la suite, il reviendra tout de même lui faire une petite visite, armé jusqu'aux dents et accompagné de quelques mercenaires patibulaires ("certainement pas la crème de la population") afin d'expliquer son point de vue de mec viril à toute cette bande d'amateurs de roubignoles farcies qui se trimbalent avec un os de poulet coincé dans le tarin et une plume d'autruche vissé au valseur.Mais tout cela nous éloigne copieusement de la bande magnétique, me dira-tu... Et là, je t'arrête illico mon pote, t'as faux sur toute la ligne !Car fort de ses rencontres musclées avec la nénette, le mastard, l'éléphant et la tribu de réducteurs d'hommes, Luc Ferran la récupérera, cette foutue bande magnétique.
Il la récupérera à la toute dernière page du roman, dans le régime de casseroles en inox qu'un quincailler Grec entassait au fin fond de son échoppe poussiéreuse de Djibouti.
Quincailler Grec qui devait très certainement fournir en cocottes-minutes et marmites en fonte la tribu des affreux jojos castrateurs afin que ces derniers puissent mitonner les joyeuses de l'homme blanc à toutes les sauces...La boucle est donc bouclée et, histoire de retomber élégamment sur nos pattes, je conclurai en t'affirmant que oui, c'est bien en remuant la vase, en dérouillant ses ennemis, en faisant du rifle et en foutant des peignées à tout va, en bref, c'est bien en se heurtant à l'adversaire que le héros rempli sa mission... et l'auteur son bouquin... et mézigue son billet.Ou comme l'écrivent en abrégé les agrégés : CQFD !

On savait Jean-Claude Forest brillant touche à tout. Pour les couvertures de la revue Fiction, et entre deux illustrations aux techniques plus classiques, le papa de Barbarella s'essayait à des collages saugrenus et baroques, sortes de transcriptions par l'image d'un univers à la Natalie-Charles Henneberg.
Pour l'émission télévisée Dim Dam Dom, accompagné de Ruellan et de Gainsbourg, il se frottait à l'animation avec la belle Marie Mathématique.
Et pour la revue Plexus, petite sœur sexualisée du Planète de Bergier et Pauwels, il s'attaquait au photo-roman (ou roman-film), le temps d'une carte blanche de 21 pages.
C'est le numéro 9, le sommaire est alléchant (Sternberg, Topin, Lo Duca, San-A) et la date révélatrice : 1967.
Roger Vadim n'avait pas encore donné le premier coup de clap au strip-tease en apesanteur de Jane Fonda que Jean-Claude Forest transposait déjà ses délires sur pellicule, substituant à l'amazone spatiale des magiciennes cosmiques et un Mandrake in disguise.
Fumigènes, patins à roulettes, apparitions démentes, bath costumes à la Rabanne et terrain vague psychérotique...
" Comprenez-vous à présent quels dangers se cachent derrière les miroirs à minettes, et sous les accents du crypto-jerk ? "





















MADAME LUCIFER VOUS FAIT UN BRAS D'HONNEUR,
ANGE BASTIANI
JEAN DULLLIS ÉDITEUR / SANG D'ENCRE # 1, 1974Elle s'appelle Lucie, Lucie Fair. C'est un nom qui ne trompe pas et qui possède cette efficacité propre aux calembours patronymiques d'un Alphonse Allais.
Quid de Elie Coïdal, de Mac Abbey, de Harry Covayre ?Pour Lucie, le sobriquet coule de source et traine dans son sillage une odeur de souffre. Madame Lucifer vous fait un bras d'honneur et ce geste rappelle que l'ange déchu était aussi agitateur céleste.Un type brillant, le Lucifer, soit dit en passant. Porteur de lumière, donc porteur (au premier degré) de couleurs.
Sans en dénigrer les connaissances, Madame Lucifer, elle, préfère s'adonner aux coups et aux douleurs.
"Tu es la vérole, toi " confie un truand déconfit que la dame - plus démoniaque que vérolée - a cruellement roulé et marqué. Fallait s'y attendre.
Car elle n'en fait qu'à sa tête, la Lucie Fair et, forte de son quintal de viande en fête et de sa grande gueule de nature désalée, elle en impose au point d'éclipser l'intrigue même du roman.Primo, elle en impose par le physique. C'est "de l'article pour vrais connaisseurs," écrit l'auteur en s'attardant, espiègle, sur ces "roberts de Walkyrie, de dompteuse, de Junon " et d'ajouter :
"Il en allait tout pareil pour le reste. Du mollet à l'épaule, du fouettard au buffet, de la cuisse aux ailerons. Une cathédrale de chair, de style flamboyant."
Ensuite, elle en impose par le mental. Car "on ne s'appelle pas Lucie Fair impunément" et que, sous la plume d'un écrivain aux ailes tachées de sang, une héroïne aussi particulière ne peut être définie que par une malice grandeur nature.Journaliste à sensation et terreur en jupon, adepte des citations d'évangile et grande consommatrice d'alcools et de cigares, Lucie Fair combine à elle seule tous les fantasmes populo de l'auteur de gare, parfum au patchouli compris et relents d'Allain & Souvestre inclus. Elle s'en retrouve même à diriger, avec l'aide de sa sœur ainée et d'un truand reconverti, une institution pour jeunes gisquette égarées - institution qui (entre nous soit dit) tient plus du conservatoire d'arcans femelles que du couvent pour frêles oiselles.
Ainsi, question enseignement, le vol à la tire et le maniement d'un rigolo y côtoient les cours d'arts ménagers et de bonne tenue en société. Programme extra pour entonner gaiment "tu sera un homme, ma fille" - et ce, sans même passer par la case cueillette des asperges.
Ou comme le dit si bien une vieille radasse en page 164 :
"Bande de petits enculés, je vais vous apprendre le respect de la femme, moi."
Bien entendu, dans tout ce fourbi, l'institut tient la place centrale et le bras d'honneur de Madame Lucifer ressemble - on n'en sera pas étonné - aux œuvres alimentaires que Bastiani fourbissait dix ans plus tôt aux Presses de la Cités, avec ces trois ou quatre fils d'intrigues qui se croisent et s'entremêlent jusqu'à former un mince tissu d'histoire que l'héroïne, lancée là-dedans une paire de ciseaux en pogne, s'ingénie à trancher net et à recoudre 250 pages durant.En résulte donc une exécution purement mécanique du récit, avec ses passages obligés et ses figures imposées. Ici : un cadavre à convoyer dans les bois, une mère maquerelle combinarde, des hells angels déchainés, une vie de campagne pépère, une crucifixion sauvage, quelques esclandres et fusillades, la traite des blanches en toile de fond et un chantage sur héritière pour corser le tout.
Ça ressemble aux Souris Valseuses, c'est positif. Et si le couperet de conclusion tombe par trop rapidement - résolution factice en prime - l'ensemble est mené avec suffisamment de maitrise pour assurer une lecture hautement jouissive.
En témoigne le clou du spectacle, cette surprise-party de mendigots et loqueteaux, chapitre 18, et qui n'aurait certainement pas dépareillé dans un épisode des Pieds Nickelés.
Et pour citer une pensionnaire :
"Faudrait savoir si c'est une kermesse ou le zoo de Jean Richard."
Faudrait savoir, oui. D'autant que ce Bras d'Honneur boxe dans les deux catégories : à la fois kermesse héroïque et numéro de cirque, avec revolvers fumants et chaines à vélo en lieu et place des traditionnels mirlitons et cotillons.Le lecteur sérieux peut décliner l'invitation. C'est aussi graveleux que grotesque. Les autres seront à la bombe.
Chouette fête à Neu-Neu, Ange !
LE BARBU MÈNE L'ENQUÊTE, M. VARDARLE BARBU CHEZ GAGARINE, M. WARDARPRESSES INTERNATIONALES / ESPIONNAGE # 2, 1962LIBRAIRIE DE LA CITÉ / LE CARIBOU # 55, 1963Il est breton et poilu, se nomme Paul Kerbatten, surnommé "Le Barbu," immatriculé "2.002," ex-agent du renseignement pour la résistance française lors de la seconde guerre mondiale. Son physique est vaguement adipeux ; son comportement pour le moins étonnant."Sous des dehors blagueur, vous êtes un agent consciencieux, bien que porté sur la boisson ! " le tance le Commandant Radiguet, son chef de service.Blagueur, c'est certain. Porté sur la boisson, c'est peu dire. Passionné de Pernod et pilier de nombreux comptoirs parisiens, Kerbatten collectionne les adresses de rades comme d'autres les numéros téléphoniques de petites poulettes.
Les deux syllabes de son surnom, d'ailleurs, ne mentent pas : le Barbu boit dans des bars et c'est ainsi que débute l'action de son premier forfait, le Barbu Mène L'Enquête.
Chapitre premier. Kerbatten, alors retiré du métier d'espion et versant dans un journalisme aux piges de dilettante, s'enfile peinardement des glass d'anisettes dans un bistroquet de la rue Vieille-du-Temple lorsque l'on manque de l'y dessouder à la manière du Chicago des années 30. Staccato d'arme à feu sur la vitrine. En individu avisé, notre héros chanstique donc d'établissement mais rebelote ! à peine installé au zinc et c'est une nouvelle séance de tir aux pigeons qui démarre !"Si on mitraille dans tous les endroits où je vais boire un verre, ils vont avoir du travail, les gars..."
Les gars en question, ce sont les agents du C.I.E., Centre International d'Espionnage, un organisme indépendant dirigé par d'anciens nazis de l'Abwher et qui court après un mystérieux carnet répertoriant les noms et adresses des principaux agents secrets occidentaux.
Du grand n'importe quoi, comme prémices, mais du grand n'importe quoi fonctionnel, du grand n'importe quoi qui carbure... et qui carbure d'autant plus que, si le Barbu connait la cachette du dit carnet, c'est surtout abwher, abwher, abwher, c'est abwher qu'il lui faut ! Ainsi, et afin de ne plus être dérangé dans ces activités d'ivresses quotidiennes par les pétarades intempestives des automatiques ennemis, Kerbatten reprend du service à la S.D.E.C.E. et se lance dans le dézingage en série de ses ennemis.La suite est assez épatante, tant le roman réussi à concilier le ton froid des récits d'après guerre avec la personnalité cocasse, atypique, un brin grotesque de son barbu de héros."Q
uand on fait de l'espionnage, il ne faut pas être gros comme un poussah, ni se laisser pousser la barbe..." déclare une mata-hari aussi soviétique que péremptoire à un Paul Kerbatten déjà bien imbibé et qui n'a que faire de l'avis d'une gonzesse.
Car, comme il l'affirme lui-même, "un breton, tu ne sais pas ce que c'est. Ça boit, mais ça a le crâne solide... Alors, bas les pattes ! "
Et de se lancer, après avoir correctement dérouillé la morue, dans un périple fort chaotique sur fond de terroir et de routes nationales, en compagnie d'un maquereau de seconde zone et armé d'un soufflant d'occasion.On oscille constamment entre l'humour un tantinet grassouillet des polars d'alcooliques (notre homme adoptant parfois la fausse identité de Bébert le Tatoué, c'est dire !) et le sérieux gris et dur des récits d'agents secrets en imper' mastic.Dans l'ensemble, on est jamais bien loin de l'atmosphère paranoïde, nostalgique et douçâtre dans laquelle baignait L'Espion Va À Dame d'Alain Moury, dans laquelle baignait aussi certains romans de Frédéric Charles au Fleuve Noir.
Des références de grand standing.L'année suivante, Kerbatten connaitra une seconde (et ultime) aventure, Le Barbu Chez Gagarine, à la qualité diantrement inférieure. Sur la couverture, l'auteur doublait le "V" de son pseudo - passant ainsi de M. Vardar à M. Wardar - et à l'intérieur du bouquin, le héros, dans le seul but d'infiltrer incognito les principaux centres de recherches et de renseignements soviétiques, perdait ce primordial attribut facial qu'était sa barbe.
Le résultat, comme presque tous les romans d'espionnage se déroulant derrière le rideau de fer, est assez ennuyeux. La faute à ce respect d'une schématique de voie ferrée, entre aller et retour, entre intrigues moscovites à rallonge et trahisons d'honorables correspondant, entre alliances de circonstances et fuite dramatique vers l'ouest.
Un programme que l'auteur résume en une courte ligne, page 135 :
"En somme, le Barbu faisait son petit Michel Strogoff à rebours..."
Mieux vaut en rester là.

Favorites # 10, quatrième trimestre 1969. Du roman photo italien ultra-fauché en petit-format et étoffé par des clichés de poulettes dénudées à l'encre baveuse sur papier-chiottes vaguement glacé.
La couverture annonce : "pour l'amour de l'art."
La couverture ne ment pas. La preuve en 3 images :



Qui a osé dire que l'art était mort ? Hein ? Le sagouin !
En tout cas, vive l'art ! Et comme le déclarait si bien Jess Franco, réalisateur torrido-espagnol bien connu pour torréfier ses bandes au napalm d'une cervelle chaude-bouillante : "Quand z'aime, ze zoome ! "
N'hésites donc pas à clic-droit-puis-enregistrer-sous ces chouettes photos, tu pourra alors y zoomer de tout ton saoul, jusqu'à la trame ultime du pixel cosmique.

Mais "Pour l'amour de l'art," c'est surtout le titre du super roman photo qui rempli 120 des 196 pages de ce numéro de Favorites. L'histoire est simple - du nanan pour les binettes imbibées, l'idéal des cranes fatigués - mais afin que t'entrave bien les enjeux scénaristiques du bidule, je m'en vais t'en bagouler les points majeurs à la sueur du clavier.
Ainsi, Slim Hoover, qu'est un gusse à la coule qu'aime la bagarre (cf. image du dessus) et qui, accessoirement, est le héros de notre récit, Slim Hoover tombe sur un trio de cow-boys qui traficotent des faux biftons qu'ils sont tellement bien usinés qu'on dirait des vrais. Les cow-boys, eux, ils font un peu anachronisme dans l'affaire, because ça ne se passe pas du tout à l'époque du far west, ce machin-là, mais qu'importe, ça ne les empêche pas de foutre une grosse raclée à Slim Hoover qui roucoulait un peu trop des mécaniques dans leur périmètre, à la recherche des vrais-faux-biftons, qu'à force, les cow-boys, y trouvaient ça un peu louche.
Et là, c'est le passage fort du bouquin, le truc vraiment intense - lorsque les méchants cow-boys, après avoir salement knock-outé pour un round et des poussières le gentil Slim, l'enterrent jusqu'aux endorses dans un champ de betteraves et décident de jouer à la pétanque...
...avec sa gueule en guise de cochonnet !




Le suspense est à son comble - "Qu'est ce qu'on fait ? On pointe ou bien on tire ?"
Le photographe, un faiblard du falzar qui n'aime pas la violence, zoome flou. Slim, lui, s'évanouille. Mais comme les méchants sont (par essence) des êtres inconsistants, nos trois gogos en viennent vite à se lasser de leur petit jeu et décident alors d'aller au saloon du coin s'en jeter un petit dans le cornet.
Laissé seulabre dans son champ, Slim est heureusement déterré quelques pages plus tard par Lena, une blonde "incendiaire et incendiée" qui en pince grave pour les gusses qu'ont des tronches de cochonnets.
D'ailleurs, à peine l'a-t-elle sortie de son trou qu'elle se fout en p'tite tenue et lui dégoise tout de go :

Bon, là, c'est l'autre moment intense du bouquin, on touche presque au tragique car Slim, il aimerait bien lui donner des sensations fortes, à Lena mais, petit un, il a la poire encore toute engluée de boue - ce qui, tu en conviendra, n'est pas très pratique pour les séances d'échanges de salive et autre "ouvres-moi ton bulot que j'y foute mon gastéropode " - et puis, petit deux, il s'est reçu une chiée de boules de pétanques sur la figue et, je ne sais pas si pareil service t'est déjà arrivé, mais, parole, après ça, t'as plus du tout la mécanique du carafon propice à la gaudriole, que même si la plus belle femme du monde te proposait la botte, tu lui dirais de repasser plus tard.
"Pas ce soir chérie, j'ai la migraine..."
Tragique, j'te dis !


Forcement, après ça, Slim décide de se venger. Il retrouve donc les trois abrutis déguisés cow-boys puis s'active diligemment à leur faire passer le goût du pain de mie. Et pas qu'à moitié. Ah ah. Le scenario original, je me permets de te le signaler à titre d'information exclusive, prévoyait alors un assaut au bazooka suivi du pilonnage intensif des lignes ennemies par toute une escadrille de Sturzkampfflugzeug avant un dernier baroud gagnant sur char d'assaut M1A1 mais le budget alloué aux "effets spéciaux et armements de pointe" étant depuis longtemps dépassé - eh oui, que veux-tu, les boules de pétanques, c'est pas donné - la direction s'est alors retranchée sur un final plus classique à base de châtaignes, marrons et autres produits de saison.
À la fin, tout se termine bien, les balourds (billets comme cow-boys) sont récupérés par le FBI et Slim se casse à Caracas avec sa blonde sous le bras. L'éditeur en profite alors pour satisfaire tes bas-instincts de visage pale en envoyant une indienne au charbon puis te termine avec une belle paire de miche indécemment exhibée.
Merci madame !













