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LA CARTE DU TENDRE

LE JUDOKA ET LES FILLES AUX YEUX D'OR ERNIE CLERK, LA TABLE RONDE, 1963
RÉÉDITION : SURSIS POUR LE JUDOKA, ERNIE CLERK, ALBIN MICHEL ESPIONNAGE # 4, 1965

L'astuce est plutôt cocasse. Sur le slip de Marc Saint Clair, alias le Judoka, se trouve tracé à l'encre sympathique un document ultra confidentiel, façon schéma de chasse au trésor avec plein de flèches de partout et une grosse croix rouge qui signale la base secrète des méchants.
Ainsi, équipé de son super slibard, notre héros mène l’enquête.
"C'est la plus transportable des cartes que vous puissiez avoir" dixit un colonel de l'U.S. Army au Judoka.
La plus transportable, OK... mais pas forcement la plus pratique. 
Déjà, faut pas déconner. Une érection mal maîtrisée et la carte devient indéchiffrable. C'est ballot !
Ensuite, son utilisation n'est pas des plus simple. Se débraguetter le falzar à chaque embranchement, se le rincer au jus de citron et y vérifier enfin si c'est bien dans la bonne direction que l'on se dirige, tu parles d'une procédure à la gomme !
Quant à affirmer que le service trois-pièces d'un agent secret constitue la meilleure des planques à documents possible, ce serait bien mal connaître les héros de ces bons vieux récits d'espionnage à 8 francs 15 la séance. Avec le nombre de petites poulettes devant lesquelles ils tombent le bénouze, la couleur et les motifs de leur calebar sont aussi secrets que la vie privée d'une vedette télé abonnée aux unes d'Ici Paris, France Dimanche et Voici réunies.
Ou comme le chantait Jean-Pierre Calçon, pardon, Kalfon, "Quel émoi ! Quel ennui !"
Néanmoins, au rayon des idées idiotes employées dans les romans d'espionnage des années 50 et 60, ce sous-vêtement en toc que nous exhibe Ernie Clerk histoire de mieux téléguider son héros vers le repère des méchants (et donc - d'une pierre deux coups - vers la fin du bouquin) est loin, très loin, de valoir certaines coupures du genre, morceaux d'anthologie tellement loufoques et stupides dans leur registre qu'ils en vinrent à me tirer, lors de leur lecture, des larmes d'un bonheur pervers et continuent rétroactivement à me titiller les bas instincts de la matière grise, à la manière d'une remembrance de quelques joyeuses séries Z aux trucages calamiteux et scénarios bouffés aux mites.
Je pense par exemple à l'espion d’Étrange Mission (Éditions de l'Arabesque, Espionnage # 556, 1968), un corse têtu comme une mule et con comme un âne qui se débarrassait de ses adversaires en leur offrant des myrtilles cueillies dans la forêt et sur lesquelles un renard malade avait pissé. Les méchants, inconscients du redoutable stratagème dont ils allaient être victimes, se goinfraient alors des baies avant de tomber raide-morts, foudroyés par une zoonose express !
Dépassé, James Bond et ses gadgets dernier cri. La myrtille imbibée d'urine de canidé valétudinaire, ça c'est du sérieux !
Je pense aussi à Hubert Bonisseur de la Bath qui, dans OSS 117 chez les Hippies (Presses de la Cité, 1970), se trouvait forcé par de vils beatniks maoïstes à gober des buvards de LSD. Le suspense à son comble, laissant le lecteur trembler comme une feuille. Hubert allait-il perdre la boule, se laisser pousser les tifs, plaquer la barbouzerie pour fonder un groupe de rock psychédélique en Californie ? Que nenni ! 
Notre homme résistait vaillamment à la tentation du trip cosmique. Et ce, sans verser la moindre goûte de sueur. Car, c’était bien simple, à l'aide d'une petite pilule made in CIA, Hubert s'était immunisé contre les effets de l'acide lysergique. 
Hell yeah !
Je pense enfin (et en vrac) à la brosse à dents talkie walkie de l'agent spécial Malran dans La Panthère se Rebiffe de Paul Berg (S.E.G. Espionnage # 73, 1966), aux "ologrammes" (sic) plus vrais que nature d'H.T. Perkins dans La Déesse et l'Artiste (une bonne demi-dizaine d'éditions, de 63 à 75), à cette soucoupe volante pilotée par des cow-boys dans Stop Destruction Immédiate (F.P. Belinda, La Loupe Espionnage # 6, 1953), à la moelle épinière des bons élèves d'un lycée français qu'un savant fou subtilise afin de transformer ces derniers en cancres gauchistes (Les Corruptibles, Jimmy G. Quint, Presses Noires Espionnage # , 1967) ou encore à ce four micro-onde géant qui manque de rôtir l'agent X.117 dans Mission D.D.P. Terminé (André Favières, La Loupe Espionnage # 44, 1957).
Bref, face à pareille concurrence, Ernie Clerk et son Judoka peuvent renfiler leur kimono.
Un vieux slip sale qui fait carte michelin ? 
Il en faudra beaucoup plus pour nous épater !

CRÉTIN ET FIER DE L'ÊTRE !

RENDEZ-VOUS À SAN-FRANCISCO, G. DE VILLIERS
PLON / S.A.S. # 5, 1966

Qui est le plus crétin dans l'histoire ? L'auteur ou son personnage ? Le choix est duraille. 
D'un côté, il y a Gérard de Villiers, star incontesté de la littérature pour hommes, négrier ultime du roman de gare, unique milliardaire du genre. 
De l'autre, c'est le prince Malko Linge, alias Son Altesse Sérénissime, "Chevalier de l'ordre des Séraphins, Margrave de la Basse-Lusace, grand Voyvode de la Voyvodie de Serbie, Maître de l'ordre de la Toison d'Or, chevalier de droit de l'Aigle Noir, comte du Saint-Empire Romain, Landgrave de Kletgaus, bailli d'honneur et de dévotion de l'ordre souverain de Malte [et] barbouze hors-cadre à la Central Intelligence Agency, section Action."
Ou comme le chantaient les Coco-Girls du Collaro-Show : "ce mec est too-much, ce mec est trop."
Entre les deux, se trouvent les bouquins. 
De sacrés morcifs.  
Surtout ce Rendez-Vous À San-Francisco, cinquième volume de la série. Avec ses 320 pages au compteur, il enfonce largement la concurrence des besogneux du 190 pages réglementaires à 3 francs la livrée. C'est du luxe. Sans compter que De Villiers, comme à son habitude, s'applique à calquer son style sur celui, efficace et distingué, des brutes de la Série Noire - Chandler et Chase en tête. 
Malheureusement, si les leçons ont été correctement ingérés, le résultât laisse à désirer. Les tentatives de bons mots tombent régulièrement à l'eau et son art de la formule ne fait jamais mouche.
Mais qu'importe. Ne jouons pas les difficiles car il y a l'intrigue. Un truc propre à te foutre la matière grise en ébullition, façon Du Rififi En Californie, si tu vois ce que j'veux dire.
Résumons : San-Francisco est plongé dans une drôle de mêlasse. 20 % de sa population est devenue dingue - ou plutôt : 20 % de sa population a viré communiste, comme ça, sans prévenir, du jour au lendemain. Fini les réunions tupperware et les virées en 4x4, place aux meeting politiques et aux films d'art et d'essai. Pire, 2 agents du F.B.I. ont eux aussi chanstiqués de bord. Gros drame.
"Un silence horrifié s'abattit sur l'assistance. En trente-cing ans d'existence, le F.B.I. n'avait connu que deux traîtres, et encore l'un d'entre eux était un Noir."
Bref, l'heure est grave. Afin d'éclaircir cette semoule chelou, Malko (accompagné de ses gardes du corps Milton Brabeck et Chris Jones) est envoyé en Californie et Gérard de Villiers se permet son premier placement produit.  
Nous sommes à la page 45, Malko a besoin d'une voiture. Il s'en va en louer une chez Hertz (bruit de caisse enregistreuse) puis, tant qu'à faire, drague l'employée, une magnifique franco-sino-tahitienne à grosses loches et petite personnalité. La suite du programme est connue de tous : restaurant, discothèque et chambre d'hôtel. Puis, harassé par ses prouesses sexuelles, Malko s'endort comme un bienheureux.
"Il ferma les yeux avec une gros soupir de reconnaissance pour la maison Hertz."
(nouveau bruit de caisse enregistreuse)
Le reste du bouquin s'étire paisiblement. Malko passe son temps au plumard, les 20 % de la population de San-Francisco brûlent leur ville dans des séries d'émeutes assez peu spectaculaires, Gérard place l'habituelle publicité pour la Scandinavian Airline System (alias la S.A.S., "la seule compagnie qui va à la fois aux Etats-Unis et dans les pays derrière le rideau de fer."), un chat aux griffes imbibées de curare par un blanchisseur chinois se fait dézinguer par Milton et Chris (les gardes du corps) et deux soeurs jumelles démoniaques (car Chinoises) trucident la magnifique franco-sino-tahitienne à grosses loches et petite personnalité de chez Hertz, ce qui force ainsi Malko a sortir de son pieu et a reprendre son enquête.
Enquête qui se résume alors à tirer à vue sur tout blanchisseur et soeur jumelle de type asiatique arpentant le secteur. 
Inutile de dire que cette brillante stratégie porte rapidement ses fruits et permet à Malko de débarquer dans la base sécrète des méchants bridés.
Et là, c'est la grosse révélation du bouquin, l'astuce qui te fout sur le derche, le machin maousse qui te laisse baba.
La lobotomie communiste des 20 % d'habitants de San-Francisco ? C'était bien simple. Nos vilains Chinois avaient en fait infiltré une station locale de télévision et, ni vu ni connu, ils y diffusaient des films. Mais pas n'importe quels films. Pas du Jean-Luc Godard ou des bidules de cet acabit à te faire ronquer tout individu capitaliste normalement constitué. Non, non. Du certifié 100 pour 100 pur jus américain. Publicités, feuilletons, westerns... 
"Je ne vois pas ce que ça a de subversif" remarque une huile de la police.
Heureusement, Malko est là pour lui expliquer :
"[il] prit la première bobine et commença à l'examiner image par image, à la lueur du projecteur. Il n'eut pas à aller loin. Au bout de quarante centimètres environ, il trouva une image qui ne se raccordait pas aux autres. Il y avait une simple phrase qu'il lut à l'envers à haute voix :
Le communisme vaincra.
[...] Vingt-cinq images plus loin, le même slogan revenait, et ainsi de suite jusqu'à la fin de la bobine."
Faisons court. Les films sont alors retirés de la circulation et tout redevient normal à San-Francisco.
The End.
Quant à la question qui ouvrait ce billet, c'est toujours aussi duraille de trancher. 
Qui est le plus crétin dans l'histoire ?
Le lecteur, peut être.

RÉGRESSION À MAIN ARMÉE

L'HOLOCAUSTE CALIFORNIEN, DON PENDLETON
PÉRIL EN FLORIDE, DON PENDLETON
FUREUR À MIAMI, DON PENDLETON
GDV / L’EXÉCUTEUR # 45, 46 & 48, 1983/84

Pour le lecteur décérébré que je suis, c'est toujours un maousse plaisir que de s'envoyer en plein été une triple ration d'aventures viriles en provenance directe de l’Amérique reaganienne des années 80.
En fait, c'est un peu comme de s'ouvrir un pack de 33 export bien tièdes et bien secouées, un après midi ensoleillé, dans un parc au gazon constellé de déchets plastiques et de crottes fossilisées. Cette même sensation d'un bonheur bon marché, à la portée du premier gogo venu et pourtant si inaccessible au commun des mortels, cette bande de nazes qui, sous les conseils des numéros estivaux des revues littéraires, préfèrent investir dans ces putains de polars norvégiens et autres pavés prétentieux à 30 euros la ramette de 500 pages.
L’Exécuteur, lui, ne paye pas de mine. Ne coute pas lerche non plus. Ni à produire, ni à consommer. C'est du discount usiné à la chaine et qui affiche fièrement son systématisme dès la couverture.
Une poulette denudée au dessus d'un titre interchangeable, basé sur cette imparable équation du roman populaire qui combine un mot violent avec une indication géographique.
Résultat instantané sans trop se fouler : Massacre à New-York, Carnage Canadien, Destruction à Berlin, Atomisation Napolitaine ou encore Choucroute garnie chez Grand-Mère.
Le programme du bidule est aussi limpide que ce qu'évoque le sur-blaze du héros mis en scène. Lorsque l'on s'appelle L’Exécuteur, on n'est là ni pour cueillir des pâquerettes, ni pour conter fleurette... mais plutôt pour faire bouffer les pissenlits par la racine à ses ennemis.
Un secteur d'activité qui ne connait pas la crise.
Après 38 numéros passés à dézinguer du rital mafieux, Mack Bolan, dit L’Exécuteur, est racheté par les éditions Harlequin, via leur filiale Hunter, spécialisée dans la litterature virile, et chanstique de cible.
Fini les magouilleurs moustachus, place à l'extermination des terroristes de tout poil et toute obédience.
"En abandonnant sa guerre personnelle contre la Mafia, Bolan n'avait pas songé un instant à jouir enfin d'un repos bien mérité. Au contraire, il avait délaissé un ennemi pour mieux s'acharner sur un autre, plus insidieux, plus redoutable encore : le terrorisme.
Un monde où s'opposent les races, les religions, les idéologies, offre un terrain  idéal pour les fanatiques, paranoïaques, mégalomanes cherchant à semer la terreur parmi leurs frères humains. Et depuis trop longtemps, des bandes de ces nouveaux cannibales, agissant souvent sans idéologie ou politique cohérentes, tenaient le monde en alerte, laissant les pays libres impuissants devant la montée inexorable de la violence.
L'heure avait donc sonné pour Mack Bolan d'entrer dans l'arène..."
Mais revenons-en à la triple ration du jour. Je débute avec L'Holocauste Californien (en V.O. : Flesh Wounds).
Mack Bolan et sa petite amie, Rose d'Avril (ça fleure bon le Harlequin, ça !) y combattent une joyeuse bande de réactionnaires d'extrême-droite qui fument des joints tout en écoutant Pink Floyd.
Sacré cocktail.
Mais on est pas là pour finasser.
L'auteur, un certain Ray Obstfeld, enchaine les chapitres comme d'autres empilent les niveaux d'un shoot'em up retro. Il a la plume ultra-balourde (chez lui, les voitures freinent constamment des quatre roues !) mais s'exerce parfois (et avec un certain talent de scribouillard anémique) à la douce poésie du plomb brulant qui déchire implacablement la viande des corps honnis.
Ainsi, en page 40 :
"les balles dessinèrent un trait vertical parfait depuis le bas de son sternum jusqu'à la naissance de son cou, le thorax du gars s'ouvrit béant, comme une orchidée à l'instant de sa floraison."
Un peu plus tard, page 126, c'est un nouveau thorax qui, sous le coup d'une nouvelle rafale verticale, s'ouvre cette fois "comme une grenade bien mûre."
Quant au boss de fin, un vilain espion soviétique ayant projeté de bazarder une pluie de napalm sur un festival de country-rock, il a droit, page 201, à une balle de Beretta en plein dans la tronche. Résultat : sa gueule s'ouvre alors "comme un feu d'artifice de chair, d'os et de sang mêlés."
C'est beau.

Tout aussi bas du front, Péril en Floride (Paramilitary Plot, signé Mike Newton) s'affirme dès ses premières lignes comme un super-hit de la littérature commando.
C'est bien simple, dans ce bouquin, il n'y a pas d'histoire. Ou plutôt : pas de scénario. Juste 220 pages de Mack Bolan qui fait tonner, au fin fond des Everglades, son Beretta, son Auto-mag et son M-16 modifié.
Blam blam blam ! Tchaka-tchak ! Badaboum !
Face à lui, un trio de méchants machiavéliques et leur armée de mercenaires patibulaires. Les affreux séquestrent un vieux scientifique et menacent de répandre sur Saint-Domingue un virus mutant issu du bacille de la peste. Heureusement, à la toute fin, ils sont réduits en bouillie par notre héros chevauchant gaillardement un hélico. Ra-ta-tat ! Tchaka-zooooum ! Méga-boum !
Le style rappelle particulièrement celui des premiers Don Pendleton, avec ces longs paragraphes emphatiques et ces phrases qui t'en foutent plein la vue, façon "une fois de plus, Mack Bolan avait rendez vous avec l'Enfer" ou encore : "Il avait rendez-vous avec des prédateurs infiniment plus dangereux que les grands fauves qui hantent la jungle. Il avait rendez-vous avec le mal, l'injustice, la violence..."
Que du bonheur !
Les amateurs des Exécuteurs # 10 (Châtiment aux Caraïbes) ou # 25 (Le Commando du Colorado) seront largement rassasié, question infiltrations, explosions et dézingage de masse.
Je termine rapidement avec Fureur à Miami (Blood Dues, toujours signé Mike Newton). Des trois, c'est le moins distrayant. Bolan s'y farci des truands cubains et des mafieux à moustache comme au bon vieux temps des années 70... et c'est justement là que le bat blesse. Ça ne vaut pas Typhon sur Miami (L’Exécuteur # 4, auquel ce volume fait souvent référence) et c'est parfois presque aussi mauvais qu'un épisode signé Gerard Cambri.
Surtout, ça manque de blam blam blam, de ra-ta-tat, de zoum-zoum-whaap, de takataka-brrraaap-a-bam et de fiouuuu-kraaaakaaatchoum-bim-boum, bref, ça manque de punch.
Et là, pour le coup, j'ai envie de dire : Aaaarg !

BADABOUM SURPRISE !

EFFACEZ LES BARRAGES, IGOR VALAK
LE CARIBOU # 84, 1964 ou 1965 (?)

Il est riche, il est beau, il est libre comme l'oiseau.
Qui ? Lui ! Lui, l'espion one-shot, l'agent free-lance. Ses dents sont blanches, ses yeux sont bleus, il n'a pas de nom mais échappe à l'anonymat grâce à deux petits détails : ces amis le prénomment Pierre et ses employeurs l'immatriculent K2.
Et c'est d'ailleurs exclusivement sous ce sigle rudimentaire – une lettre, un chiffre, score minable au scrabble – que l'auteur le désigne 180 pages durant.
Résultât : des ribambelles de K2 par-ci et de K2 par là. Jamais matricule d'espion ne fut autant sur-employé.
K2 qui fait du ski et K2 qui prend l'avion, K2 qui roule en jeep et K2 qui drague des filles, K2 qui bastonne des affreux et K2 qui mousse dans l'eau.
Ne rions pas. Ce dernier point est essentiel. Notre homme est un assidu de la fréquentation des salles de bain. Il passe des paragraphes entiers à se récurer la couenne à grands coups de savonnette avant de se l'assaisonner à l'eau de Cologne tout en se désaltérant d'un mignon petit thé citron.  Mais gaffe à la berloque ! C'est pas une gonzesse, le K2, non, c'est un espion hyper-hygiénique, une barbouze gravure de mode, «un étrange mélange de dureté et de raffinement.» Et l'auteur de conclure : 
« En lui on retrouvait toute la philosophie de l'Occident et de l'Orient confondus. »
Mais au diable le raffinement, passons à la dureté !
Car dans son genre, l'agent K2 est un expéditif et, lorsqu'il s’attèle à l'interrogatoire d'un suspect, le voilà qui donne dans le musclé. K2 frappe, K2 tord, K2 brise et K2 coupe, sans pitié, sans remords... et sans preuves !
« Vous m'accorderez que, si on attendait d'avoir des certitudes, les 8/10 de tous les salopards du monde seraient toujours en liberté. »
On lui accordera surtout qu'avec une intrigue aussi balisée que celle d'Effacez Les Barrages, sa seule et unique aventure, K2 avait assez peu de chance de se tromper de cible.
Suivez la flèche, les vilains font la queue-leu-leu pour goûter au jus de phalanges et de plomb brûlant que notre héros leur distille avec la générosité de l'agent secret en goguette punitive. 
Paf ! Bam ! Boum ! On nage dans les basses eaux du roman populaire écrit à la va-vite, 24 chapitres que l'on imaginerait parfaitement retranscrit au format du fotonovela.
Et pourtant, pourtant, en dépit du style ultra-rudimentaire de l'auteur, de ses accents grandiloquents, de cette manie qu'il a de qualifier les nord-Africains d'Asiatiques (???), en dépit aussi de l'esprit jouissivement bis de son scénario (les femmes sont toutes des nymphomanes à fortes poitrines, un méchant se voit qualifier d'«expert en hypocrisie sournoise,» la fusillade finale ressemble à une bataille de soldats en plastoc...), Effacez Les Barrages surprend en adoptant un ton pro-tiers-mondiste.
La flèche était un leurre et l'idéologie en noir et blanc goûte enfin à la couleur.
«– Les Africains qui attaquent l'Amérique... c'est une histoire de fous !» s'exclame un agent de la C.I.A. Histoire de fou ? Pas vraiment. 
Car, comme le déclare le (faux) méchant Arabe avec lequel K2 finit par s'allier :
« Je voulais donner une leçon aux puissances du monde. Leur faire comprendre qu'on ne jouera pas toujours impunément avec notre faiblesse. »
Morale rafraîchissante dans la mare ultra-réactionnaire du genre et qui fait de K2 l'hybride contre-nature du Judoka d'Ernie Clerk et du Toubib de Karol Bor

LE LABORIEUX LABEUR DU CASSEUR DE CRÂNES

LUC FERRAN CHASSE EN ÉTHIOPIE, GIL DARCY
L'ARABESQUE / ESPIONNAGE # 515, 1968

Ça débute plutôt mal, ça sonne même assez maussade. Page 29, après s'être vu assigné son ordre de mission par son chef de service le colonel Morlieux, Luc Ferran reçoit de ce dernier le conseil suivant :

"Cantonnez-vous à la recherche de la bande magnétique. Évitez de vous heurter à l'adversaire."
Évitez de vous heurter à l'adversaire, qu'il lui bonni, le vieux singe. ÉVITEZ DE VOUS HEURTER À L'ADVERSAIRE !
Mézigue, pronto, ça lui coupe le cigare de l'excitation. Car si il lit de l'espionnage, bibi, c'est justement pour la carambole, la tamponette, le rififi, la chourinade, le badaboum, la ratatouille, bref, pour la bagarre.
Faut qu'ça cogne et qu'ça saigne, qu'ça s'dérouille à pleine beigne.

Après, que l'espion se doive aussi de mettre la pogne sur une bande magnétique ultra-confidentielle contenant des informations du même acabit, pourquoi pas. Ça fait, soyons honnêtes, parti des règles du jeu. Un agent secret court toujours après des documents secrets. Nature. Sauf de nos jours. De nos jours, c'est plutôt triste. Un clic droit de souris, une pièce jointe par courriel et l'affaire est dans le sac. Rien de secret, tout se perd. Triste époque. La bande magnétique (et le micro-film), ça, ça avait de la gueule, mon pote !
Et donc, Luc Ferran est envoyé en Éthiopie pour y dégauchir une putain de bande magnétique et l'autre con lui dit : pas de ram-dam !
Mais c'était mal connaitre le gonze qui se cachait alors sous le pseudonyme de l'auteur.
Car à l'époque, Gil Darcy, c'était Roger Vlatimo - un Catalan pas très finaud, un vrai tartineur de saindoux littéraire mais qui, question asticotage d'amabilités brutales, s'imposait comme un as dans la main blême de l'espionnage populaire. Vlatimo, au même titre qu'un Ernie Clerk, qu'un Alain Page (mais sans la distanciation maligne) ou qu'un H.T. Perkins (mais uniquement lorsque ce dernier tenait la forme olympique - chose ma foi assez rare), Vlatimo aimait le barouf, la casse sanglante, les coups d'éclats qui font mal et qui sonnent durs.
Sous son égide, Luc Ferran - qui jusqu'alors n'était finalement qu'une version moins ennuyeuse mais passablement gentillette de Francis Coplan ou d'Hubert Bonnisseur de la Bath - Luc Ferran devint une sorte de super-barbouze castagneuse, "une merveilleuse machine animale obéissant à une intelligence aiguë et à une volonté d'acier. Quand les circonstances le lui imposaient, il était capable de tours de force défiant l'imagination."
Du coup, les recommandations de son patron, Luc Ferran, il s'en tartine le papillon. Et en avant pour la danse du scalp !
Par exemple, chapitre 4, ce sera l'application à un gigantesque mastard d'une ribambelle d'atémis, tobi-kéris, jun-toukis et autres até-souhés foudroyants. Ou encore, chapitre 7, la confrontation mano-a-mano avec un éléphant dressé pour écrabouiller des thorax. Ça ne vaut certes pas le requin affamé de Luc Ferran Traque Le Virus (je m'en suis déjà plaint précédemment) mais ça suffit à produire son petit effet.
Et puis, il y a aussi Aïcha Zemmour, la méchante de l'épisode, qui joue aux réincarnations de la reine de Saba et dont le "corps tout entier était un appel permanent à la volupté." Luc Ferran se rend sous sa tente pour lui distribuer une paire de mornifles mais n'a pas le temps de lui tâter les roploplos : la belle est protégée par une tribu de "collectionneurs de testicules."
Notre héros prend donc la fuite sans demander son reste, il est comme cette société capitaliste dont il défend vaillamment les intérêts : il tient précieusement à ses bourses.

Par la suite, il reviendra tout de même lui faire une petite visite, armé jusqu'aux dents et accompagné de quelques mercenaires patibulaires ("certainement pas la crème de la population") afin d'expliquer son point de vue de mec viril à toute cette bande d'amateurs de roubignoles farcies qui se trimbalent avec un os de poulet coincé dans le tarin et une plume d'autruche vissé au valseur.
Mais tout cela nous éloigne copieusement de la bande magnétique, me dira-tu... Et là, je t'arrête illico mon pote, t'as faux sur toute la ligne !
Car fort de ses rencontres musclées avec la nénette, le mastard, l'éléphant et la tribu de réducteurs d'hommes, Luc Ferran la récupérera, cette foutue bande magnétique.
Il la récupérera à la toute dernière page du roman, dans le régime de casseroles en inox qu'un quincailler Grec entassait au fin fond de son échoppe poussiéreuse de Djibouti.

Quincailler Grec qui devait très certainement fournir en cocottes-minutes et marmites en fonte la tribu des affreux jojos castrateurs afin que ces derniers puissent mitonner les joyeuses de l'homme blanc à toutes les sauces...

La boucle est donc bouclée et, histoire de retomber élégamment sur nos pattes, je conclurai en t'affirmant que oui, c'est bien en remuant la vase, en dérouillant ses ennemis, en faisant du rifle et en foutant des peignées à tout va, en bref, c'est bien en se heurtant à l'adversaire que le héros rempli sa mission... et l'auteur son bouquin... et mézigue son billet.
Ou comme l'écrivent en abrégé les agrégés : CQFD !

LE JUDOKA CRISPÉ

LE JUDOKA ET LES SABRAS, ERNIE CLERK
FLEUVE NOIR ESPIONNAGE # 873, 1971

Le méchant de cet épisode, c'est un vrai de vrai, un vrai méchant. Il se nomme le Chacal et "il sait que le ciel est avec lui, contre ces femelles de français."
Le héros, lui, c'est un homme, un vrai de vrai, un vrai français. Marc Saint-Clair, dit le Judoka. "Un physique de jeune premier de western" et des aptitudes martiales hors du commun.
Oui, le Judoka, ce n'est pas Monsieur tout le monde, car...
"...tout le monde n'est pas champion toute catégorie de judo et ne passe pas sept à huit heures par jour à s'entrainer dans ce qu'il y a de plus viril et de plus dangereux en matière de sport."
6eme Dan de judo et free-lance de l'espionnage international, Marc Saint-Clair possède en outre un super bateau baptisée "Le Katana," porte avec classe et distinction ses "quatre-vingt treize kilos de muscles surentrainés" et sort avec un poulette de luxe prénommée Nathalie, un peu cruche sur les bords mais pas bêcheuse pour un sou.
Comme elle l'avoue elle-même en page 85 : "J'ai un fond d'Orientale en moi [...] j'adore être soumise à la volonté d'un homme, pour peu qu'il en vaille la peine, comme Marc."

Brave fille.
L'auteur, de son côté, semble être comme envouté, comme pénétré jusqu'au plus profond de son moi par la puissance ultra-signifiante que son héros dégage dès qu'il entre en scène. Le Judoka et les Sabras, dix-huitième et dernière aventure de Marc Saint-Clair, sonne comme une déclaration d'amour au Judoka, ce mec, ce gonze, cet homme, ce dieu.
"À cette époque de tignasses crasseuses et de laisser-aller, il donnait une impression de netteté raffinée. À cette époque de cas de conscience, de compliqués, il semblait un roc sur lequel les complications n'avaient plus qu'à glisser."
Bien entendu, pour justifier les émoluments enamourés que lui déverse à longueur de pages Ernie Clerk, le Judoka s'active, se démène, se défonce sans regarder à la dépense.
Il a la transpiration généreuse et l'on n'ira surement pas raconter que ses doigts de pieds se roulent des pouces sur la chaise longue du délassement.

Je récapitule : au cours des 230 pages de cette ultime mission, Marc Saint-Clair repêche en pleine mer un faux pilote juif, emballe une journaliste lubrique amatrice de sensations dures, casse des bras dans un rade à Arcans Nord'Af', fait une démonstration de judo dans un dojo de Marseille, s'entraine au tir rapide à coup de 38 spécial, drague une espionne du Mossad amatrice de parties fines, visite Israël en touriste VIP et dézingue à Beyrouth l'assassin de Ben Barka.
Le bouquin est copieusement rempli mais pas exactement de la tambouille attendue. Le Chacal, ce vrai méchant super méchant ? Il passe à la trappe dès le second chapitre. On espère le voir repointer du tarin dans un final retentissant et l'on en est pour ses frais.
Le Judoka Et Les Sabras est un bouquin d'action privé de direction, privé d'enjeux. Marc Saint-Clair étale ses biscotos comme un Atlas de province avec, à ses côtés, un Ernie Clerk transformé pour l'occasion en monsieur Loyal et qui, entre deux crises de flagornite aigüe pour son surhomme, se répandrait en commentaires socio-politiques sur le monde moderne et ses travers.
Un petit exemple ?
Eh bien, selon Ernie, si le système éducatif occidental est défaillant, c'est...

"...la faute aux hommes, ou tout au moins à ceux que l'on appelle encore, improprement, des hommes : ceux qui se promènent chevelure mise en plis et permanentée, ceux qui moulent leurs fesses dans des pantalons de tapisserie, ceux qui vont faire leurs cours l'échine basse, la concession à la bouche et l'angoisse aux tripes, prêts à toutes les insultes, à toutes les humiliations avant même de franchir la porte de leurs amphithéâtres. Évolution des temps ? Non, plutôt recommencement. Une consolation : la décadence n'est jamais définitive, il y a toujours des centurions pour relever le défi."
C'est drôle comme un bon morceau de Sardou (je pense à J'accuse, cet impérissable tube de death-disco) mais, à la longue, ça lasse.
Et c'est cela, le gros problème du Judoka. Dans le genre, ça pourrait être absolument génial et génialement parfait si l'auteur et son héros ne nous paraissaient pas si tendus, si crispés, si raides dans leurs frusques de papier.
C'est ça, le truc.
On aimerait bien, juste l'espace de quelques instants, qu'ils arrêtent de rouler des mécaniques.
Qu'ils relâchent la pression.
Qu'ils prennent le temps de s'abonner à Hara-Kiri, de se décapsuler une petite bière, de placer un morceau de rock planant sur la platine et d'aller faire un tour aux waters, avec une revue d'humour sexy pouet-pouet sous le bras.

Simplement histoire de se vidanger la mécanique interne des méninges.
Car ça n'a jamais fait de mal à personne.
Et puis,
...avouons.
Y a pas que le judo, dans la vie.

FUMES, C'EST DU MAURY !

VIANDE À L'ENCAN, DAN CURTISS
PROMODIFA / MYSTEROTIC # 1, 1974

Si tu fréquentes régulièrement ce blog, tu y as sans doute déjà lu à de multiples reprises le nom de Roger Maury, mon scribouillard foireux favori, le champion du 190 pages dinguement débile, magnifiquement machiste et sublimement stupide.
Il œuvra approximativement dans tous les genres possibles de la litt' pop' virile, du roman de guerre qui tache (WARSEX !) au sexpionnage qui colle (CRAC !), en passant par le fantastique bas de gamme et l'érotisme tiède.

Et sous le pseudonyme de Dan Curtiss, il s'essaya au polar brutal, façon Mike Hammer.
Son premier forfait dans le genre fut titré Du Plomb En Souvenir et enquillait sans vergogne tous les pires clichés que ce grand fou de Spillane avait pu inaugurer vingt et quelques années plus tôt dans sa première livraison des enquêtes de son detective marteau.

Sexe, violence, sadisme, racisme et misanthropie de bazar généralisée. Tout y passait, greatest-hits de conneries jouissives que l'auteur enfilait à la queue-leu-leu sur ce fil d'intrigue préchauffé qui veut que la vengeance soit un plat qui se prépare au micro-ondes et se déguste avec un soufflant chambré en obus d'artillerie.

Mais venons-en au roman qui nous intéresse aujourd'hui. Viande À L'Encan. C'est à la fois le troisième bouquin signé Dan Curtiss et le premier texte de Roger Maury à paraitre chez Promodifa, cet éditeur filou pour le compte duquel notre homme pondra une bonne quatre-vingtaine de volumes en moins de 4 ans, recyclant à tout-va ses vieux manuscrits, y rajoutant de-ci de-là du cul et du sang puis modifiant les titres et noms des protagonistes afin de parfaire la supercherie.
Pour le coup, Viande À L'Encan est un texte original. Rien à voir avec les Jo Brix ou les Jacky Fray. C'est du Maury première fournée.
Le héros s'y nomme comme l'auteur, Dan Curtiss, et c'est un detective privé. Il enquête sur le kidnapping d'une jeune fille et son aventure démarre sur les chapeaux de roue.

Première page, premier paragraphe, il n'a pas fait deux pas dans le corridor qu'un hurlement le fige sur place. C'est Jenny, sa secrétaire. Elle vient de boire le bouillon de onze heure et roule dans l'escalier principal. Il lui manque un œil et sa cervelle se repend sur le parquet.
Surtout "elle n'a pas de slip, et je sais ce que cela signifie," lance Dan, désormais super en rogne et le Bull Gun en pogne.

(Un Bull Gun, à ma connaissance, ça n'existe pas. Mais c'est pas grave. J'imagine que l'auteur pensait à un Taurus Tracker, ou peut être à un Smith & Wesson comme celui que cradingue Harry agite sous le nez des demi-sels qu'il coince dans sa série cinématographique, en grinçant entre ses dents son fameux make my day...)
Bref, Dan bondit, Dan s'élance et Dan rattrape le salaud qui vient de violer et tuer Jenny. Ce dernier confesse alors son crime, avec moult précisions sur comment il s'y est pris pour bien prendre son pied avec sa zigounette dans la gisquette. Pendant deux bonnes pages, Dan s'en rince donc les esgourdes, de ce monologue salingue, puis, une fois son fade intellectuel consommé, il se venge et plante le type avec un coupe-papier.
"La lame crève son sexe, le fait éclater dans un jaillissement de sang.
[...] Rapidement, je retire le stylet puis je laboure toutes les parties de son corps qui ont touché Jenny. Je lui tranche la langue. J'entaille son ventre. Je sectionne ses testicules... Quant à ses mains, ses horribles mains qui ont caressé le ventre de mon amie, j'en écrase chaque doigt à grands coups de talon."
La page 16 vient tout juste de sonner à l'horloge du clocher et déjà Mickey Spillane est dépassé.
VRROOOUUUM ! Dans le genre furibard et improbable, Maury a un circuit d'avance.
Nous sommes ici en présence d'un grand, d'un très grand malade.

Et ce n'est pas fini.

Page 17, la femme de feu-le violeur de Jenny débarque dans la pièce. Dan en est tout éberlué because elle porte "une paire de seins dont la proéminence m'abasourdit." Et de rajouter : "Jamais je n'ai vu un tel volume de chair..."
Quant à la môme en question, on pourrait croire qu'elle va s'émouvoir de la mort de son tendre époux (là, juste à tes pieds, mignonne !) mais non. Elle préfère sauter sur la bistouquette à notre héros en lui susurrant : "faites-moi l'amour, Dan."
Le Dan n'a pas besoin de se faire répéter deux fois la consigne. Il hisse le mat. Et Maury de se déchainer enfin dans une longue scène de cul, parfaite pour faire reluire toute la panoplie des expressions consacrées.
"Cogne, Dan ! Je t'en supplie, cogne !"
...hurle la gisquette en se faisant travailler la marmotte à grands coups de butoirs.
Et puis, une fois l'acte consommé, la voila qui se voit proposer par notre homme la place de secrétaire que Jenny a laissé vacante (pour cause de décès) quelques pages auparavant. Elle accepte. Elle s'appelle Esther. Nous sommes en page 28, le premier chapitre est bouclé, le roman lancé, le lecteur déjà essoufflé.


Heureusement pour ceuzes qui souffrirait du battant et de la binette, la suite se déroule à un rythme un peu moins échevelé.
Impossible de délirer constamment, il faut bien de temps à autre faire avancer l'intrigue. Maury alterne donc enquête et scénettes de gambettes en l'air. En grand professionnel de la saloperie littéraire format poche, il fait même concorder les deux.

Ainsi, page 31, Dan déniche le nom et l'adresse d'un complice des méchants kidnappeurs. Il va pour sonner à sa porte et c'est la maman du type en question qui ouvre.
Elle est encore bien conservée
, la MILF, équipée tout luxe, façade imposante, ananas saillants et puis, certains signes ne trompent pas.

"Je sais ce dont cette superbe femelle a besoin et je le lui dispense aussitôt."
BANCO ! 6 pages de cul dans la fouille. 2 tours de circuits supplémentaires dans le râtelier à Spillane. Puis l'enquête reprend. Dan déniche la planque d'un des méchants kidnappeurs et se décide de faire parler le salopard en violant sa nana.
"- Regarde bien, Corto. Je vais la sodomiser devant toi et tu en portera seul la responsabilité."
Corto, qui a lui aussi beaucoup lu de Mickey Spillane, rugit "J'aurai ta peau !" à notre héros tandis que la polka se fait galamment grimper, direction septième ciel via l'entrée des arsouilles.
La purée déchargée, les choses sérieuses reprennent. Dan apprend que les méchants kidnappeurs font aussi chanter une richissime duchesse. Il s'en va donc rencontrer la poule pour lui proposer ses services. En la voyant ("Imaginez ce qui se fait de mieux dans le genre et multipliez par dix"), il se décide aussi à lui proposer quelques va'z-et-viens pistoneurs dans les recoins intimes.
Pas de bol, ça rate (les standingues sociaux du mâle et de la femelle étant non-compatibles sur ce coup là) mais notre héros se rattrape sur la jeune sœur de la duchesse, une fille ouverte d'esprit (et de cuisses) à la question prolétarienne - surtout, une fille qui sait ce qu'elle veut :

"- Je veux que chacun de mes pores adhères aux tiens, que tu m'écrases contre toi, que tu m'éventres."
Quant à moi, je fous le turbo à mon résumé. (Sinon, on y est encore demain soir...)
Donc, la duchesse débarque alors que Dan termine sa petite affaire sur la gamine. En résulte une engueulade puis un catfight entre les deux nénettes, furies déchainées et hystériques, pages 114 à 117.
"Très suggestif, ce combat !" pense Dan tout en se rebraguettant, page 115. De son côté, Maury patauge un peu dans la semoule. Il torche trois nouvelles scenes de sexe comme d'autres se curent le nez. C'est appliqué mais laborieux.
Ainsi, pages 132 à 134, c'est une petite sodomie rapidement expédiée, pages 151 à 155, une levrette dinatoire et pages 157 à 158, un viol à la sauvette, commis par le vil Corto sur la personne de la fille kidnappée et que Dan interrompt juste avant la culmination du plaisir.

Pas très heureux de se voir ainsi privé de son bazardage de purée, Corto voit rouge et fonce sur notre héros.
PIF ! PAF ! POUM !
Car, il n'y a pas que du sexe et de la détection, dans Viande À L'Encan. Il y a aussi du baston, de la bagarre, du jeu de main jeu de vilain bien sanguinolent et sauvage. D'autant plus sanguinolent et sauvage que Dan Curtiss semble avoir une prédilection pour les coups portés en dessous de la ceinture.
Quelques exemples glanés au fil du texte :
"Je le cogne au bas-ventre d'un terrible coup de genoux." (page 43)
"Deux manchettes en travers de la gorge, un atémi sous le nez et, pour finir, mon genou dans son entre-cuisse." (page 62)
"Des deux mains, je saisis le bas-ventre de mon adversaire et je lui écrase les testicules." (page 90)
"Pour finir, j'ajuste la pointe de mon soulier en plein dans ses testicules." (page 162)
D'une certaine manière, et je trouve qu'il est très important de souligner cet aspect du roman, ici, tout tourne autour du service trois-pièces.
Son astiquage, son essorage, son entretien et ses petits malheurs.

Car dans Viande À L'Encan, si il y a le robinet à moustache du héros qui se vide de plaisir, il y a aussi ceux des méchants qui dérouillent de douleur. Grosso modo : il y a celui qui se fait cajoler par de belles gonzesses et ceux que l'auteur prend un malin plaisir à exploser.
C'est le yin et le yang des bijoux de famille, une certaine idée du karma appliqué aux parties sensibles, éros et dans ton os.

Mais reprenons et concluons. Ainsi, après avoir bien tanné comme du vieux cuir les roustons de ses adversaires 180 pages durant, Dan Curtiss peut enfin s'en aller. Plus que 10 pages à remplir et, comme (presque) toujours dans les romans Promodifesque de Roger Maury, il reste à notre héros une dernière formalité à effectuer, une dernière poulette à pratiquer - parce qu'elle lui résistait, parce qu'il se la gardait pour la fin, parce que voila, c'est comme ça, ça fait parti de la formule.
Dans Viande À L'Encan, cette nana-là, c'est la duchesse. Et de confier, alors qu'il plonge enfin son membre roide dans le cratère en feu de la bourgeoise :
"Pour moi, sa possession équivaut à me hausser jusqu'à une société vers laquelle il ne m'était pas encore permis de loucher."
C'est beau, c'est fort, c'est grand.
Dan Curtiss, casseur de burnes et working class hero du plumard.
Je répète. C'est beau, c'est fort, c'est grand.
Normal : c'est du Maury !

SON NOM ÉTAIT REMO...

"REMO WILLIAMS est l'arme secrète du président des États-Unis. Le reste du pays ignore jusqu'à son nom. Pour ceux qui l'apprennent, c'est déjà trop tard.
Il a reçu les secrets mortels d'un étrange Coréen. Il est devenu une machine à tuer. Sa mission : nettoyer le pays de tous ceux qui bravent impunément la loi.
Remo Williams frappe sans pitié.
Comme la foudre.
IMPLACABLEMENT."

L'HÉROÏNE DE LA MAFIA, SAPIR & MURPHY
PLON / L'IMPLACABLE # 4, 1977

Les amateurs de l'Implacable (The Destroyer en V.O.) ont souvent tendance à affirmer que leur série favorite démarra véritablement avec son troisième épisode, Puzzle Chinois.
C'est faux.
Car si Puzzle Chinois confirmait le mélange d'humour juif et de violence en pâte à cartoon que Richard Sapir et Warren Murphy n'avaient fait qu'effleurer dans les deux numéros précédents (respectivement : Implacablement Votre et Savoir C'est Mourir), le roman restait encore un peu terne dans ses idées et son écriture.
Chiun, le maitre Coréen qui jusqu'à présent n'avait fait que de la petite figuration (un chapitre dans le # 1, quelques vagues références dans le # 2), prenait enfin la place centrale qui lui revenait légitimement mais ne laissait pas entièrement éclater tout son potentiel comique.
Même chose pour Remo. Même chose aussi pour le reste du casting, chair à canon déjantée mais pas encore hystérique.

Tout était prêt pour le feu de joie (essence, TNT, nitroglycérine, pains de plastic), ne manquait plus que l'étincelle de folie.
Et l'étincelle, on la trouve dans l'épisode suivant.
L'Héroïne de la Mafia. L'Implacable # 4.
L'intrigue y est simple, dépouillée de toute prétention mais, pour la première fois, se voit ponctuée d'une myriade de détails, d'allusions et de délires idiots qui poussent le potentiomètre de l'excitation au delà des 1000 %.

Faisons les comptes. Se trouvent dans ce roman: quatre camions bourrés d'héroïne, un agent du FBI camouflé en vendeur de hot-dogs, des routiers congelés dans un sous-sol (magnifique chapitre 3 !), un homme de main stupide chérissant une vieille cadillac, une secrétaire nymphomane à gros roberts, un tueur velu comme le yéti de la tête aux pieds, des détecteurs de légumes pour retrouver la came et des hordes de mafieux à la Don Pendleton.
Listing non-exhaustif.
Tout cela mélangé, malaxé, maltraité dans les grandes largeurs et en petits morceaux par nos deux héros, Remo Williams et Chiun, soit Çiva l'Implacable et le maitre de Sinanju - ce dernier enfin équipé de son téléviseur et magnétoscope afin de mieux se gaver de ces feuilletons à l'eau de rose qu'il affectionne tant.
"Il poussait de petites exclamations désolées quand Mrs Claire Wentwoth découvrait que sa fille vivait avec le docteur Bruce Barton, qui ne pouvait quitter sa femme Jennifer parce qu'elle se mourait d'une leucémie, et bien que Loretta, sa fille, soit en réalité amoureuse de Vance Masterman qui, mais elle n'en savait rien, était son père alors qu'elle le croyait de mèche avec le professeur Singhar Ramkwat de l'ambassade du Pakistan qui avait volé les plans du traitement miracle contre la lymphocyte auquel Bart Henderson avait consacré sa vie avant de rencontrer Loretta dont il était amoureux."
On dirait le John Sladek de L'Effet Müller-Fokker, version paperback de grande consommation. C'est normal. Un roman l'Implacable réussi ressemble à du Sladek de grande consommation, soit la subtilité et le Locus Solus en moins, la brutalité réactionnaire et la misogynie en sus.
D'autant plus qu'on a enfin l'impression qu'avec cet épisode, Sapir et Murphy ont arrêté de se chercher, de courir après une version légère de Mack Bolan additionné à Doc Savage pour mieux taper dans tous les azimuts de la litterature virile.
Ils grillent l'ensemble de leurs cartouches sans réfléchir au résultat.
Ils ont raison. C'est une réussite.
Le récit se voit d'ailleurs mené à un rythme tellement furibard qu'il en ferait même passer l'épisode suivant, Docteur Séisme (pourtant doté d'une triplette de méchants plus haut en couleurs que l'intégralité d'une famille Mafieuse) pour une petite chose un peu tristounette, sans grande ampleur, sans grande valeur.

Mais il fallait bien en arriver à de tels excès pour lancer la machine.
Avec L'héroïne de la Mafia, ce sont les limites du genre dingo-burné au kilomètre qui sont définies, l'élastique étirée au maximum, au bord du claquage.
C'est surtout le moule dans lequel tous les épisodes de l'Implacable à venir se verront couler qui se trouve ici façonné et peaufiné par nos deux auteurs.
Created, the Destroyer.
Pour de bon.


Et puisque nous y sommes, voici les couv' des volumes # 1, 2, 3 et 5 de la série.
Ne pas les lire revient à ne pas se priver de grand chose. CQFD.

Implacablement Votre est longuet et laborieux, Savoir C'est Mourir est passable mais bien raté sur la fin, Puzzle Chinois est distrayant mais manque de punch et Docteur Séisme (le meilleur de ce quartet) met un peu trop de temps à démarrer, tourne en rond vers les deux tiers puis se rend compte qu'il est l'heure d'en terminer, alors il en termine sans avoir réellement bazardé la purée.
C'est con.

Par contre, je ne blague pas, lis le # 4, tu m'en dira des nouvelles.
Quant au prochain billet Müller-Fokker spécial Implacable, il concernera Mister Gordon's, le super-robot indestructible conçu par une scientifique alcoolique à gros lolos.
Une combinaison qui promet... et qui assure !

L'EXÉCUTEUR FRANÇAIS # 2 : FRANK DOPKINE

Un ancien auteur des éditions de la Brigandine reconverti en faux adaptateur de franchise burnée chez Gérard de Villiers, le profil n'est pas courant. En matière de populaire pour adulte, il s'agit presque d'un grand écart.
Mais l'effet est heureux.
Car si Frank Dopkine ne brilla jamais vraiment à la Brigandine, y assurant simplement un honnête rendement dans l'alimentaire pas dégueulasse du polar porno à second degré gauchisant, sa récente arrivée sur l'Exécuteur a par contre le don de revigorer une série trop longtemps maintenue sous la tutelle de Gérard Cambri, ce phagocyte outrancier et mal-fagoté du champs lexical pendletonnien.

Bien entendu, dans ce genre codifié à l'extrême, Dopkine ne renouvelle rien. À l'image de la police dans ce film de Luciano Ercoli, il a les mains liées. Les esprits simples peuvent souffler : le carcan est intact. Mack Bolan s'attaque encore et toujours à la mafia. 40 ans que ça dure, on ne change pas une équipe qui stagne.
Aux États Unis, l'éditeur (Gold Eagle / Hunter) avait eu la bonne idée de légèrement faire évoluer le schéma, direction le terrorisme international, correspondance Amérique du sud ou Afrique du nord.
En France, Gérard de Villiers préféra le rétrécir
, forçant nos auteurs nationaux à tricoter leur 220 pages mensuelles sur des tissus d'intrigues aux surfaces microscopiques.

Ainsi, depuis son lancement au début des années 80, la version française de l'Exécuteur est en animation suspendue et c'est à l'aune de ce niveau assez peu bandant qu'il faut apprécier le travail des nouveaux auteurs maison.

Vu sous cet angle, Frank Dopkine s'affirme donc comme un grand professionnel. Son triptyque " Massacre à Snohomish River / Du Plomb pour une Balance / Poker Mortel à Chicago " (Exécuteur # 263, 264, 266) en est d'ailleurs une assez jolie preuve. Le boulot est effectué avec soin, consciencieusement, et l'écriture se fait bien moins laborieuse que chez ses confrères. Surtout, si Dopkine met les formes, il n'en renie pas pour autant les traditionnelles expressions toutes faites, ces punch-lines en kit, marque de fabrique de la série.
"Au son de l'Automag, c'était une marche funèbre qui invariablement se jouait."
Rien ne dépasse. Ou plutôt : rien ne se perd, rien ne se fait. La tonalité est conservé, le divertissement assuré. Dopkine en profite alors pour s'attarder sur les décors et approfondir le contexte.
L'Amérique de ses romans l'Exécuteur est celle de l'ultra-consumérisme contemporain. On y roule en SUV, on y communique via i-phone et on y vit en quartiers résidentiels ultra-luxueux. L'effet, appuyé, assure aux textes un artifice de véracité.

Mais Dopkine ne se contente pas d'un gadget de modernité.
Dans
ses bouquins, avec la fin de la décennie 2000, c'est la crise financière et ses conséquences qui redéfinissent le terreau d'angoisse et de violence sur lequel l'Exécuteur va désormais affronter ses ennemis.
Analystes financiers, traders sans scrupules, spéculateurs retranchés derrière les écrans de leurs laptops, la mafia se diversifie et les rouages des magouilles se font plus complexes.
Mais c'est justement là où, paradoxalement, le bat blesse : l'intérêt majeur qui caractérise l'approche de Dopkine en constitue aussi le principal défaut et, à trop alambiquer le conflit, il en vient aussi à en diluer partiellement l'intérêt.
Subsiste alors l'impression d'un manquement. Car la force des 38 premiers romans de Don Pendleton résidait dans leur simplicité et leur outrance. C'était de la litterature comic-book, droit au but et sans fioritures : opérations commando, coups de mortier, blitz ravageurs.
Chez Dopkine, l'aspect cartoon guerrier passe à l'as. Fini le Shoot 'em up retranscrit en prose, fini les récits se résumant à l'histoire d'un mec qui appui sans discontinuer sur des gâchettes, fini ces coups d'éclats tellement constants qu'ils en deviennent routinier.
Et peut être n'est-ce pas plus mal. Car à l'arrivée, après 220 pages d'un bouquin aussi vite lu que vite oublié, force est d'avouer que même si cela manque un peu de muscle, l'auteur a parfaitement honoré le contrat-type du roman de gare pour hommes.
Surtout, après plus de vingt années d'une production faisandée, Frank Dopkine a enfin rendu Mack Bolan l'Exécuteur à nouveau lisible.
Et ça, ce n'est pas rien.

RAYON QUI TUE ET SEXE EN KIT

COSAQUE-STORY, PAUL KENYON
EPP / EROSCOPE # 5, 1975

Troisième aventure de la comtesse / espionne / top model / milliardaire Penny S. - Pénélope Saint John Orsini pour les initiés - Cosaque-Story se présentait sous des auspices qui ne m'excitaient que très mollement l'éponge à phosphore.
C'est bien simple, les récits se déroulant derrière le rideau de fer, ça a plus tendance à m'engourdir le palpitant qu'autre chose. Heureusement (et pour suivre l'habituel adage Spillanien) le premier paragraphe du premier chapitre sut parfaitement capter mon attention.
Il s'agit d'une description de Pénélope par le menu. Et ce n'est pas du menu enfant dont je te cause. On a des formes et du charnel. on a surtout des chevilles "longues et fines et d'une ligne si mélodique qu'on songeait à un poème mis en musique."
L'affaire est dans le sac. C'est balourd et engageant, ridicule et séduisant.
Pénélope, la fille aux gambettes en tracé sinusoïdal non saturé, fait l'amour avec un cinéaste Norvégien de bis auteurisant puis se trouve lancée sur la piste d'un mystérieux rayon laser qui bousille du satellite russe et ricain.
"Très probablement un laser à gaz dynamique" nous informe un spécialiste en la matière, page 111. "On injecte un mélange de bioxyde de carbone chauffé dans un tube à une vitesse supersonique pour obtenir une réaction très puissante par laser."
Ça fait peur. D'autant plus que l'inventeur de ce super faisceau annihilateur se nomme le Professeur Thing.
Le blaze en impose. L'apparence aussi.
Chinois et albinos, il représente le super-vilain typique des productions Lyle Kenyon Engel : un être monstrueux, imbu de sa personne, affligé de quelques encombrantes tares physiques et gonflé du désir maladif de tout détruire.

"Il était extraordinaire. Sa silhouette décharnée et filiforme, étirée jusqu'à la caricature, semblait surgi des phantasmes mystico-morbides d'un Gréco."
N'oublions pas l'essentiel : dans l'orbite creuse de son œil droit scintille un rubis rouge !
Death is a ruby light, dixit le titre original - ou comme le veut la formule anglo-saxonne : God is in the details. Chez Kenyon, le gâteau est toujours sauvé par sa cerise.

Pendant ce temps, la comtesse traverse la Russie. Fait équipe (dans tous les sens du terme) avec Alexei, un espion communiste. Rencontre de méchants autochtones qui la violent sauvagement sous une tente.
L'auteur se permet quelques phrases audacieuses (" son sexe était armé, braqué et prêt à faire feu ") et nous éclaire, de la page 120 à 122, sur le passé romantique et professionnel de notre héroïne.

Les fanas de la série apprécieront l'ensemble à sa juste valeur. Les autres passeront leur chemin mais d'eux, on s'en contre-barbouille grassement l'œilleton lunaire.
Car Cosaque-Story, ça ne vaut peut être pas Opération Extase, ça ne vaut peut être pas non plus Dépravez-Moi Ça mais ça reste très distrayant et ça rempli largement son contrat : emballer du 220 pages de récit pornospionnage premier degré, sans valeur ajouté et sans autres fioritures qu'un style ampoulé, du sexe en kit et quelques menues idées rigolotes.
Je l'écrivais plus haut : c'est balourd, c'est engageant, c'est ridicule et c'est séduisant.
Et si ça ne te suffit pas, désolé, mais je ne peux rien de plus pour toi...

UN SUPER-HEROS QUI FAIT "BOUM"

TERMINUS ELDORADO, MICHAËL BORGIA
LE GRAND CHAPERON NOIR, MICHAËL BORGIA
ROBERT LAFFONT / TNT # 6 & # 7, 1979

Série française produite dans les années 70 par Pierre Rey et Loup Durand sous le pseudonyme collectif de Michaël Borgia, TNT m'avait surpris avec Le Septième Cercle, un premier roman aussi délirant qu'halluciné - deux qualificatifs à prendre bien évidement avec les pincettes de cette litterature de genre qu'est le roman viril.
Délirant, halluciné,... mais viril.
Car TNT, ce n'est pas Le Lombilic des Limbes ou Les Chants de Maldoror. Ce n'est pas non plus Vice Versa ou Les Quatriemes Demeures.
C'est du roman de grande-surface, du roman d'homme frustre, du roman d'homme frustre qui laboure et qui calcine, qui débourre et atomise. Du roman d'homme frustre qui rentre de la mine mais goute néanmoins aux fins plaisirs de la chose littéraire. L'homme frustre qui veut de l'action, de la pénétration, de mystification mais sans non plus négliger la beauté de l'écriture et son échafaudage d'intrigues subtiles.

L'homme frustre éduqué, instruit et briqué, en quelque sorte.
Bref. Vient le week-end et le gars s'en va débourser sa menue monnaie. Il sait ce qu'il veut et ce qu'il veut, ce n'est pas du SAS ou du Brigade Mondaine. Ce qu'il veut, c'est du foie gras discount - celui qu'avec l'alcool aidant, tu ne distingues pas vraiment du foie gras de luxe.
Il veut de la qualité.
Et donc, du TNT.

TNT, c'est l'acronyme de Tony Nicholas Twin. Le héros en titre de cette série, c'est à dire notre héros du jour.
TNT, c'est un type super grand, ultra-balèze et très très déterminé. Un journaliste casse-cou transformé via explosion atomique sur un atoll perdu du pacifique en un individu aux capacités physiques exceptionnelles. Les 5 sens décuplés, façon personnage à la Stan Lee, et la proue raide comme le glaive d'un templier. je veux dire que, sexuellement parlant, notre homme est une force de la nature.
Il peut baiser des heures et des heures sans baisser le pavillon ni même verser la plus petite goute de sueur.

Mais surtout c'est un type doté d'un comportement aussi imprévisible qu'inquiétant.
Du genre qui s'exprime avec autant de verve qu'une borne kilométrique tout en t'observant de ses yeux d'un bleu banquise à l'éclat implacable.

Du genre que, juste en l'apercevant au loin, t'as déjà les grelots aux niveaux des genoux et la pomme d'adam qui imite l'ascenseur de la tour Montparnasse.
Du genre qu'à son approche, tu préfères passer ton chemin tandis que les balourds du coin se voient réduire leur couenne de plusieurs portions en une bidoche sanguinolente à faire la fortune d'un grossiste spécialisé en charcutaille malmenée.
Tu piges le topo.
Et donc TNT effectue des missions. Le plus souvent contre son grès. Lâché sur une piste internationale par Arnold Benedict, mécène mégalomaniaque, magnat despotique, bonne poire comique à la sublime pas très éloignée des protagonistes allumés tapissant les œuvres proto-auto-fictionnelles que Pierre Rey publiait dans la collection grand format Robert Laffont.

Ainsi, dans Terminus Eldorado, sixième volume de la série, TNT est envoyé en Amérique Latine pour y démanteler une mystérieuse Armée Noire, regroupement de mercenaires sanguinaires combattant les intérêts du marxisme-léninisme sous les ordres d'un certain Pizarre, "le Napoléon de la guerre subversive", et financée par un certain Torquemada, illuminé grande classe au passé nébuleux.
Chemin faisant, TNT sera confronté a une machine à enseigner la mort (décalque sans grand intérêt du jeu de l'oie constituant le final du Septième Cercle, sa première aventure) avant de découvrir l'Éldorado, cette contrée secrète aux habitants désinhibés comme de grands enfants hyper-sexués et aux fondations rocheuses faites d'or.
Et c'est bien cette dernière partie du roman qui retient toute l'attention, entre exactions virile et poésie bon marché, militaires qui mitraillent et sauvages qui copulent.

Quant au volume suivant, Le Grand Chaperon Noir, il voit TNT affronter le Cancer, un ennemi aussi impalpable que dangereux (disons : Baader-Meinoff sous transfusion de Docteur No), pour assurer la survie d'un enfant hémophile et dont les veines charrient le très rare sang de Bombay.
"De toutes les missions où il s'est jamais jeté, celle-ci est assurement la plus folle..."
C'est un peu survendre l'ouvrage - il faut bien avouer que, pour notre héros et ses auteurs, surpasser les enjeux dantesques de sa première aventure relève de la gageure - mais l'ensemble tient bien la route.
C'est aussi haut en couleur que distrayant. Il y a le royaume des morts et son Staline zombie, il y a le plus grand cirque du monde et sa parade viennoise, il y a enfin des dizaines d'agents secrets se dézinguant à qui mieux mieux dans leurs berlines pendant que TNT course des infirmiers homicidaires maniant le scalpel comme d'autres le surin.
On ne lésine pas sur les moyens.
C'est du grand spectacle avec comme personnage principal un super-héros sex-machine, un baroudeur commando au piston sur-actif.

Et c'est un peu cela TNT.
Une série bigger-than-life - je dirais même plus : bigger-than-gare. Car le roman de gare, dans toute cette infernale tambouille, le roman de gare se voit méchamment tourneboulé.

TNT, ce n'est pas du SAS, c'est de la dynamite !
C'est Paul Loup Sulitzer sodomisé par Serge Brussolo, c'est L'Implacable de Murphy et Sapir revu et corrigé à la française, c'est Doc Savage délirant en pleine crise pétrolière, entre background financier et défonce musclée, surréalisme bien digéré et frissons populaires largement assurés.

Et je m'en vais conclure là dessus.
Car j'imagine que si Joël Houssin avait ghost-writé un pseudo-Exécuteur fantastique pour le compte de Gérard de Villiers, nous ne serions sûrement pas tombé très loin de TNT.
Alléchant, n'est-il pas ?