RÉGRESSION À MAIN ARMÉE

L'HOLOCAUSTE CALIFORNIEN, DON PENDLETON
PÉRIL EN FLORIDE, DON PENDLETON
FUREUR À MIAMI, DON PENDLETON
GDV / L’EXÉCUTEUR # 45, 46 & 48, 1983/84

Pour le lecteur décérébré que je suis, c'est toujours un maousse plaisir que de s'envoyer en plein été une triple ration d'aventures viriles en provenance directe de l’Amérique reaganienne des années 80.
En fait, c'est un peu comme de s'ouvrir un pack de 33 export bien tièdes et bien secouées, un après midi ensoleillé, dans un parc au gazon constellé de déchets plastiques et de crottes fossilisées. Cette même sensation d'un bonheur bon marché, à la portée du premier gogo venu et pourtant si inaccessible au commun des mortels, cette bande de nazes qui, sous les conseils des numéros estivaux des revues littéraires, préfèrent investir dans ces putains de polars norvégiens et autres pavés prétentieux à 30 euros la ramette de 500 pages.
L’Exécuteur, lui, ne paye pas de mine. Ne coute pas lerche non plus. Ni à produire, ni à consommer. C'est du discount usiné à la chaine et qui affiche fièrement son systématisme dès la couverture.
Une poulette denudée au dessus d'un titre interchangeable, basé sur cette imparable équation du roman populaire qui combine un mot violent avec une indication géographique.
Résultat instantané sans trop se fouler : Massacre à New-York, Carnage Canadien, Destruction à Berlin, Atomisation Napolitaine ou encore Choucroute garnie chez Grand-Mère.
Le programme du bidule est aussi limpide que ce qu'évoque le sur-blaze du héros mis en scène. Lorsque l'on s'appelle L’Exécuteur, on n'est là ni pour cueillir des pâquerettes, ni pour conter fleurette... mais plutôt pour faire bouffer les pissenlits par la racine à ses ennemis.
Un secteur d'activité qui ne connait pas la crise.
Après 38 numéros passés à dézinguer du rital mafieux, Mack Bolan, dit L’Exécuteur, est racheté par les éditions Harlequin, via leur filiale Hunter, spécialisée dans la litterature virile, et chanstique de cible.
Fini les magouilleurs moustachus, place à l'extermination des terroristes de tout poil et toute obédience.
"En abandonnant sa guerre personnelle contre la Mafia, Bolan n'avait pas songé un instant à jouir enfin d'un repos bien mérité. Au contraire, il avait délaissé un ennemi pour mieux s'acharner sur un autre, plus insidieux, plus redoutable encore : le terrorisme.
Un monde où s'opposent les races, les religions, les idéologies, offre un terrain  idéal pour les fanatiques, paranoïaques, mégalomanes cherchant à semer la terreur parmi leurs frères humains. Et depuis trop longtemps, des bandes de ces nouveaux cannibales, agissant souvent sans idéologie ou politique cohérentes, tenaient le monde en alerte, laissant les pays libres impuissants devant la montée inexorable de la violence.
L'heure avait donc sonné pour Mack Bolan d'entrer dans l'arène..."
Mais revenons-en à la triple ration du jour. Je débute avec L'Holocauste Californien (en V.O. : Flesh Wounds).
Mack Bolan et sa petite amie, Rose d'Avril (ça fleure bon le Harlequin, ça !) y combattent une joyeuse bande de réactionnaires d'extrême-droite qui fument des joints tout en écoutant Pink Floyd.
Sacré cocktail.
Mais on est pas là pour finasser.
L'auteur, un certain Ray Obstfeld, enchaine les chapitres comme d'autres empilent les niveaux d'un shoot'em up retro. Il a la plume ultra-balourde (chez lui, les voitures freinent constamment des quatre roues !) mais s'exerce parfois (et avec un certain talent de scribouillard anémique) à la douce poésie du plomb brulant qui déchire implacablement la viande des corps honnis.
Ainsi, en page 40 :
"les balles dessinèrent un trait vertical parfait depuis le bas de son sternum jusqu'à la naissance de son cou, le thorax du gars s'ouvrit béant, comme une orchidée à l'instant de sa floraison."
Un peu plus tard, page 126, c'est un nouveau thorax qui, sous le coup d'une nouvelle rafale verticale, s'ouvre cette fois "comme une grenade bien mûre."
Quant au boss de fin, un vilain espion soviétique ayant projeté de bazarder une pluie de napalm sur un festival de country-rock, il a droit, page 201, à une balle de Beretta en plein dans la tronche. Résultat : sa gueule s'ouvre alors "comme un feu d'artifice de chair, d'os et de sang mêlés."
C'est beau.

Tout aussi bas du front, Péril en Floride (Paramilitary Plot, signé Mike Newton) s'affirme dès ses premières lignes comme un super-hit de la littérature commando.
C'est bien simple, dans ce bouquin, il n'y a pas d'histoire. Ou plutôt : pas de scénario. Juste 220 pages de Mack Bolan qui fait tonner, au fin fond des Everglades, son Beretta, son Auto-mag et son M-16 modifié.
Blam blam blam ! Tchaka-tchak ! Badaboum !
Face à lui, un trio de méchants machiavéliques et leur armée de mercenaires patibulaires. Les affreux séquestrent un vieux scientifique et menacent de répandre sur Saint-Domingue un virus mutant issu du bacille de la peste. Heureusement, à la toute fin, ils sont réduits en bouillie par notre héros chevauchant gaillardement un hélico. Ra-ta-tat ! Tchaka-zooooum ! Méga-boum !
Le style rappelle particulièrement celui des premiers Don Pendleton, avec ces longs paragraphes emphatiques et ces phrases qui t'en foutent plein la vue, façon "une fois de plus, Mack Bolan avait rendez vous avec l'Enfer" ou encore : "Il avait rendez-vous avec des prédateurs infiniment plus dangereux que les grands fauves qui hantent la jungle. Il avait rendez-vous avec le mal, l'injustice, la violence..."
Que du bonheur !
Les amateurs des Exécuteurs # 10 (Châtiment aux Caraïbes) ou # 25 (Le Commando du Colorado) seront largement rassasié, question infiltrations, explosions et dézingage de masse.
Je termine rapidement avec Fureur à Miami (Blood Dues, toujours signé Mike Newton). Des trois, c'est le moins distrayant. Bolan s'y farci des truands cubains et des mafieux à moustache comme au bon vieux temps des années 70... et c'est justement là que le bat blesse. Ça ne vaut pas Typhon sur Miami (L’Exécuteur # 4, auquel ce volume fait souvent référence) et c'est parfois presque aussi mauvais qu'un épisode signé Gerard Cambri.
Surtout, ça manque de blam blam blam, de ra-ta-tat, de zoum-zoum-whaap, de takataka-brrraaap-a-bam et de fiouuuu-kraaaakaaatchoum-bim-boum, bref, ça manque de punch.
Et là, pour le coup, j'ai envie de dire : Aaaarg !

7 commentaires:

Kerys a dit…

Je l'avoue, qu'est-ce que j'aimerais en écrire !

Franck Jammes a dit…

Hélas !
Maintenant, faut faire du vampire acnéique...

ROBO32.EXE a dit…

... ou dans le thriller mystique avec un professeur d'université qui enquête sur des complots maçonniques en se basant sur l'étude d'une peinture de la renaissance.
Zzzzzzzzzzz...

Kerys : ça ne m'étonne pas ! ;-)
Et je crois que c'est la même chose pour Patrick Eris...

Carambar a dit…

Je me souviens avoir lu ce "Fureur à Miami", avec le n°1 du Mercenaire en cadeau... dans les années 80...

Pierre D a dit…

Sublime.

Franck Jammes a dit…

Est-ce que dans ta vaste bibliothèque, tu aurais des numéros de Confidence de 1959 et 1960 ? Un de mes amis recherche Les mémoires d'une voyante de Nevers-Severin (alias Jean-Louis Bouquet) publiées en feuilleton dans cette revue. Ainsi que les romans La Porte aux étoiles (1941) et Miss Hélène Diamant, détective, même auteur sous son vrai nom.

ROBO32.EXE a dit…

Salut Zaït' !
Desolé mais je n'ai rien de ce que tu demandes. Par contre, je te conseille d'essayer de voir ça avec les membres des forums BDFI (forums.bdfi.net) et À propos de Litt' Pop (litteraturepopulaire.winnerbb.net)... Il devrait bien s'y trouver un grand fana de Jean-Louis Bouquet en possession de ces raretés... et prêt à les partager ;-)