FOUTRE DE FOUTRE !

À BELLES DENTS, K. R. JOHN
EDIFUPRESSE / COLLECTION VERONESE, 1960

Quelle joie ineffable, quel bonheur indicible que de fouiner dans les étals poussiéreux d'un bouquiniste et d'y dénicher la perle rare, celle que l'on recherchait sans le savoir.
Dans la masse de trucs douteux qui l'entourait (du cul, du cul, du cul), j'aurai facilement pu passer à côté mais sa couverture, avec cette pin-up en noir et blanc, au tracé un peu maladroit, m'évoquait quelque chose de précis. Un roman porno de 1963, titré Culbutes.
Afin d'en avoir le cœur net, j'ai ouvert le bouquin. Un page au hasard et...
"...Foutre Dieu, que c'est agréable de se trafiquer la motte quand il n'est pas de mâle dans les parages !"
...et j'étais fixé. Aucun doute possible. C'était bien lui.
Lui, le glorieux anonyme. Lui, le fou furieux licencieux.
Je lui connaissais déjà deux noms de plume, Regis Lary et Johnny Fagg, voici que j'en découvrais un troisième : K. R. John. 
Sous ses deux premiers alias, le verbe haut, la prose cochonne, il contait les exploits priapiques de Johnny Fagg, texan queutard, baroudeur bandeur, bon-vivant du vier. 
Sous ce nouveau pseudonyme, le voila qui, sans changer de registre, chanstique d'axe.  
Fini la pine, place à la chatte. 
Et d’étendre son champ lexical vers les moites horizons des vulves en rut : chagasse, motte, conin, conasse, tabernacle, tirelire, mirely et j'en passe.
Exit Johnny Fagg, donc.
Cette fois, c'est une femme qui tient les rennes du bouquin.
 
Elle s'appelle Margaret Moore et c'est un signe. 
Car elle en veut plus, toujours plus. À peine seize berges et déjà aussi délurée qu'une vieille professionnelle. 
Dans un précédent volume (quel titre ? quel pseudonyme ? quel éditeur ? aucune idée !), Margaret se payait du bon temps en France. 
Dans À Belles Dents, elle est de retour chez ses parents, en Angleterre, mais toute seulabre dans sa chambre de Southampton, la pauvre s'ennuie.
"Avec le corps que j'ai, avec ce beau conin, cette belle motte, ces seins fermes et cette croupe et ces cuisses, et ces fesses de houri, dire que je suis obligée de me trafiquer moi-même ! N'est-ce pas honteux ? Honteux pour tous ceux qui ne sont pas là ! Pour tous ceux qui n'ont pas défoncé ma porte pour me conquérir, qui n'ont pas escaladé mes murs pour me violer ! Ah ! si j'étais encore en France je suis bien certaine qu'en ce moment, à cette minute, j'eusse au moins trois gaillards bien mâtés en train de fourbir leurs épées !"
Heureusement, cet état de disette sexuelle ne dure pas. 
D'abord, elle se travaille le con sous la douche. Ensuite, elle passe à l'action. Curieuse, vicieuse, faite pour l'amour et guidée par l'esprit libertin du divin Marquis, elle entraine ses proches dans un délirant crescendo bambochard et dépravé.
C'est la ruée vers l'orgasme, pour citer un intertitre d'Entrez Vite... Vite, Je Mouille
C'est la foir'-fouille de la baise. 
Des hommes, des femmes, des animaux. Des mentules, des arquebuses, des gargoulettes. De l'inceste, des partouzes et du fouet. Un teckel lécheur nommé Jickie. 
Et pour enfoncer le clou du mauvais goût, un brin de pédophilie.  
Notre pornographe anonyme de se refuse rien, la grossièreté est son oriflamme.  
" Foutre ! que c'est bon de pouvoir encore foutre !
...s'écrit le père de Margaret en balançant la purée après avoir baisé sa fille et sa bonne.
 
Il y a du Brigandine avant l'heure, dans ce À Belles Dents, mais en plus décadent, en plus déconnant, en plus fougueux, en plus incongru. Ça sent l'écriture sans filet, perpétrée à la sauvette, à la sauvage, joyeusement bancale, sans structure ni retenue. 
Du graffiti de chiottes, mais du graffiti instruit. 
Ça manque d'ailleurs de pisse et de merde, pour un chiotte, mais les torrents non-dilués de sperme et de mouille qui giclent pages après pages rattrapent ce menu défaut.
Et si le final est bâclé, c'est voulu. Et si le tout ne vaut pas les aventures grivoises de Johnny Fagg, ce n'est pas grave. 
Car l'important, c'est que 192 pages durant, j'ai pris mon fade.
Et ça, ce n'est pas rien !

2 commentaires:

Franck Jammes a dit…

C'est plutôt bien écrit. Les slameurs n'en font pas autant... ^^

ROBO32.EXE a dit…

Je ne sais pas pourquoi, Zait', mais ton commentaire avait été placé par Blogger dans la corbeille "SPAM".
Mais pour y répondre :
C'est vrai.
Et c'est triste ;-)
Sinon, en une seule phrase, le bouquin peut se résumer à :
"Vernon Sullivan se faisant sodomiser par des porno-lettristes drogués à la littérature alimentaire."
...
Ça sonne pas comme un spam, ça ?