SEMAINE NOIRE # 1 : UN CLASSIQUE U.S. ET DEUX BIJOUX FRENCHIES


LE JAGUAR A TOKIO, GEORGE MAXWELL
1955, SOGEDIDE

Voila un truc degoté par hasard dans une brocate d'arrière pays. Le dixieme volume du Jaguar, une serie narrant les aventures d'une espionne dont je vous laisse deviner le nom et signées par un certain George Maxwell, faussement anglo-saxon malgrès des titres originaux (ici, Deadly Hate!) inventés de toutes pieces. D'ailleurs, la faute de frappe du titre français est d'origine. Par contre, le titre figurant en haut de chaque page interieure est écrit sans cette erreur - ce qui n'est pas le cas pour le texte de l'auteur, où on a droit à du tokio de partout.
A ne plus savoir où donner de la tête mais ce n'est pas très grave, ça donne un certain cachet à l'oeuvre. Et ça ne depareille pas non plus avec un style d'écriture de commande pas forcement bien fagoté mais
nerveux, rapide, brut de decauffrage et rempli à ras bord de phrases aux tournures plus qu'étranges voire pas du tout correctes par endroits. Une bonne chose : ça rajoute encore plus de punch à un roman qui n'en manquait déjà pas.
"La fille était juché devant le comptoir sur un haut tabouret. Elle était brune, les cheveux courts et plats, semblables à une épaisse couche de ripolin, ou un casque de laque. Elle avait croisée haut ses jambes. Un regard d'homme un peu sournois aurait rapidement conclu qu'elle nourrissait de noirs desseins !
Because, elle n'avait pas de slip."
Un début aussi parfait ne saurait mentir. D'ailleurs, les 50 premieres pages forment un véritable petit bijou d'intensité, égarant le lecteur dans un chassé-croisé improbable, ou plutôt : imprevisible.
La suite... eh bien, j'avourais que, n'ayant pas eu l'occasion jusqu'à present de lire les 9 precedents volumes de cette serie, j'ai eu quelques difficulter à saisir la majorité des enjeux. Resumons ce qui ne m'a pas (trop) paru abstrait : nous avons des japonais ambigüs et des chinois malfaisants au prises avec un
savant nazi traqué par des espions américains, eux même infiltrés par des espions allemands travaillant pour le compte d'un agent russe, et le jaguar dans un quadruple jeu de dupe, le tout pour un tresor de guerre à l'emplacement codé dans des toiles dont on ne saurait dire s'il sagit des originaux ou de copies effectuées par les japonais ambigüs d'un peu plus haut. Je resume grossierement mais tout se termine bien à la fin, avec beaucoup de cadavres. Bref, une lecture revigorante.
Pour info, l'illustration, encadré par l'habituel trou de serrure, est signée Alex Pinon, cover-artist attitré des ouvrages de Sogedide. J'en parlerais surement une autre fois.


COMME UNE FLEUR, RICHARD STARK,
(THE HUNTER) 1962, SERIE NOIRE

Le gros classique de la nouvelle vague des crime story, celle de la fin 50 / debut 60 où s'entrecroisent froidement dérision et violence dans des histoires amorales assénées avec autant de style qu'une droite telescopé en pleine gueule. Ici, Richard Stark, en fait pseudonyme viril (parceque totalement hard-boiled) de Donald Westlake, mettant en scène pour la premiere fois les aventures de celui qui deviendra bien vite son personnage emblematique : Parker, une brute épaisse sans prenom, denuée de toute compassion, revenu se venger de sa femme et de son ex-associé après un coup foireux et 6 mois de taule. S'ensuit une implacable traque dans le New York des marginaux, des gagne-petits froussards et des putes au grand coeur, des gangsters et de leur syndicat nationnal. Et Parker, reglant ses comptes minutieusement, dérouillant tout ce beau monde, comme une fleur.
"Les femmes le regardaient et frémissaient. Elles devinaient que c'était un salopard, que ses mains puissantes étaient faites pour gifler, qu'aucun sourire n'adoucissait son visage quand il regardait une fille. Elles devinaient et remerciaient Dieu du mari qu'il leur avait donné. Pourtant elles frémissaient. C'est qu'elles savaient comme il devait, la nuit, s'affaler sur elles : comme un arbre."
Pour la petite histoire, John Boorman adapta le bouquin au cinéma sous le titre Point Blank, avec Lee Marvin dans le role de Parker. Une des bases du Neo-Noir aux cotés du Samourai de Melville et de Branded To Kill de Seinju Suzuki. On a aussi eu droit à un affligeant remake, Payback, avec un Mel Gibson en mode comique du plus mauvais effet. Un director's cut serait sorti dernierement et en effacerait certaines tares. J'ai du mal à y croire...
Et pour plus d'informations sur tout ça :
http://www.violentworldofparker.com/main.htm


CES MESSIEURS DE LA FAMILLE, NOËL VEXIN,
1956, DITIS / LA CHOUETTE
"Elle planta ses yeux dans ceux de Valentin, et, sans un mot, commença à faire glisser sa jupe. Puis elle defit son corsage et apparut dans une étroite combinaison de satin noir, où son corps ondulant prenait une allure serpentueuse."
Fausse premiere publication de Noel Vexin (un bouquin en collaboration d'André Helena, son vrai nom, le precede de quelques numéros) dans la mythique collection de romans noir La Chouette chez Frederic Ditis, Ces Messieurs De La Famille est un petit polar envolé, sautillant (!!!) qui voit le jeune Valentin, avocat sans le sous, coureur de jupons inveteré et frimeur maladif, tenir en échec une sublime veuve noire au lesbianisme implicite et son gang de corbillards reconvertis en gangsters tendance bras cassés.
Pourtant derriere l'apparente légèreté de l'ensemble, quelques details sordides, évocations à peine masqués de la drogue chez les classes moyenes et des avortements clandestins, l'élèvent bien au dessus du simple divertissement bon marché callibré en 190 pages. Fortement recommandé, ne serait-ce que pour la sublime couverture de Giovanni Benvenuti (l'une des plus belle de la collection ?) et la premiere apparition de Valentin et Roberte, les heros attachants des romans de Vexin pour La Chouette.

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